lundi 27 avril 2026

Audiovisuel public : ce n'est qu'un combat continuons le début…

Lâcher samedi matin à 8h15, le café noir et la lecture du journal, un soleil radieux et une mer si calme, c'est une astreinte consentie mais un peu anachronique. Au début, en juillet 2011, je pensais qu'écrire un blog ce serait rigolo, fun et dynamique. J'ai écrit dans cet état d'esprit puis j'ai du très vite constater que je ne pourrais pas m'en tenir à la critique laudative des émissions, des chaînes et du service public. Les radicalités engagées depuis 2014 m'imposaient de sortir du "soft" pour entrer dans le dur. Forcément qui aurait pu imaginer que je me rende par deux fois au procès de Mathieu Gallet ou que je passe des heures à lire le rapport Schwartz ou à visionner des heures de séance en commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale (ou celle de la Commission). Mon innocence de "fan de radio" allait en prendre un sacré coup dans la tronche. Il allait falloir sortir de la béatitude pour me plonger dans les coulisses de "la fabrique de la radio" et comprendre (ou ne pas comprendre) jusqu'à l'incompréhensible ! Alors que la publication du rapport Alloncle pourrait ou non être décidée par le Bureau de la Commission, ce lundi à 14h30, tout cela laisse assez pantois ! Mais autant l'annoncer illico, rédiger un tel billet n'a rien d'enthousiasmant !

1968










"On a redécouvert trop tard que l’audiovisuel public ne se réduisait pas à des chaînes ou à des radios." (1) Eh oui, quelle découverte ! Dans un très long article*, la Fondation Jean Jaurès décrit parfaitement la situation. Et bien sûr pas la situation que le rapporteur Charles Alloncle a si souvent tenté de torpiller plutôt que de s'imposer de comprendre comment et pourquoi l'audiovisuel public est indispensable à la démocratie. Et de réduire le débat aux chaînes, aux radios, aux personnalités a définitivement squeezé toute possibilité de dégager des perspectives dynamiques pour assurer l'audiovisuel public de poursuivre, renforcer, développer ses missions de service public. Ses attaques perpétuelles à charge, ses phobies, ses approximations et autres obsessions scabreuses vont durablement influencer (que le rapport soit publié ou non) citoyennes et citoyens qui risquent d'agiter encore longtemps le hochet sacré des "quatre milliards". Sans discernement, sans analyse, sans autre perspective que faire table rase du passé. Alors que rapporté au nombre d’habitants, le coût de l’audiovisuel public représente environ 4,75 euros par mois et par habitant (2).

Cette Commission "contribue à faire passer l’audiovisuel public du registre de la mission à celui du soupçon… il prépare les esprits. Il installe l’idée qu’un secteur devenu trop cher, trop protégé, trop idéologiquement marqué pourrait légitimement voir son périmètre réduit, son financement reconsidéré, sa structure profondément réorganisée".* Voilà le drame. Le mot n'est pas trop fort. De la même façon que Giscard (d'Estaing, Président de la République, 1974-1981) avait dispersé façon puzzle l'ORTF dès août 1974 (avec effet au 1er janvier 1975), un futur gouvernement à défaut de créer une holding (3) ou une fusion des audiovisuels publics pourrait commencer par "tailler dans le lard" plutôt que d'engager une large consultation citoyenne pour assurer et pérénniser l'audiovisuel public. Projet de société, projet politique que Macron n'aura pas réussi à mener après quatre tentatives et autant de tergiversations, et surtout des a-priori très défavorables à l'audiovisuel public (4).

"C’est pourquoi la bataille engagée dépasse très largement la séquence Alloncle. Ce qui se joue n’est pas seulement le sort d’une commission d’enquête, ni même l’avenir d’un groupe audiovisuel. C’est la manière dont une démocratie accepte ou non de considérer qu’il existe, en matière d’information et de culture, des biens qui ne peuvent être abandonnés aux seules logiques de marché. À ce niveau, la question n’est plus seulement organisationnelle ou budgétaire. Elle devient politique, au sens plein du terme."*

Années 80










Mais dans la cacophonie ambiante les programmes radio en ont pris un coup. Le service public radio ou tv ne peut pas reposer que sur l'information ! Petit à petit l'info surpasse tout. France TV se marie avec YouTube pour un partenariat stratégique autour de l'info en ânonnant un nouveau mantra "L’information, nouvelle ligne de front". Petit à petit les programmes ne risquent-ils pas de combler les espaces entre les séances d'information de plus en plus prégnantes ? On verra comment la grille de rentrée (2026-2027) de Céline Pigalle, journaliste, Directrice de France Inter, n'en fera pas trop pour l'année électorale à venir. 

Autrefois outre les journaux de 8h, 13h, 19h France Inter enquillait, 24/24 des programmes riches, distrayants, impertinents avec des flashs d'infos toutes les heures. Aujourd'hui Inter et Culture instillent de plus en plus d'infos (ou d'infotainment) dans les programmes. Ce glissement est un très mauvais signe pour la diversité culturelle. À y regarder de près la représentation nationale et le gouvernement pourraient aussi s'en inspirer pour réduire encore un peu plus les budgets alloués à Radio France, au risque que de façon déguisée, la radio publique se voit contrainte de diminuer la voilure et de poursuivre l'opération de "dégraissage" comme cela a été le cas pour Mouv' sorti des antennes hertziennes.

Ce n'est qu'un combat continuons le début (5). Mais ça va être dur, très dur !

Vous lirez avec intérêt le rapport de contre-enquête sur l’audiovisuel public de la Scam (Société civile des auteurs multimédia) et les 10 conclusions de ce contre-rapport.

(1) "Audiovisuel public : un autre (vrai) débat est possible", par David Medioni, Nathalie Sonnac, Emilie Agnoux, Fondation Jean Jaurès, 24 avril 2026. Tous les astérisques renvoient à cet article,
(2) Pour bénéficier de six chaînes de télévision, sept antennes nationales de radio, 44 stations locales, deux chaînes parlementaires, une chaîne binationale (Arte), l’INA, et un réseau international (RFI, France 24, MCD) diffusé dans 21 langues sur 5 continents. (Source SCAM)

(3) France Télévisions, Radio France, Ina, ou fusion intitulée "France Médias",
(4) "L’audiovisuel public, c’est une honte pour nos concitoyens, c’est une honte en termes de gouvernance, c’est une honte en ce que j’ai pu voir ces dernières semaines de l’attitude des dirigeants.", Aude Dassonville, Télérama, 5 décembre 2017,
(5) Coluche

2 commentaires:

  1. Fanch , vigie du service public

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    1. ;-) N'exagérons rien, nous sommes beaucoup à constater le désastre annoncé… Mais je vous l'accorde je reste en veille permanente ! Merci

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