jeudi 16 avril 2026

Audiences radio : grand bluff, tarte à la crème et vague… à l'âme !

La rengaine médiamétrique qui n'intéresse que les annonceurs et les directrices/directeurs de chaîne qui n'adorent rien tant que les podiums, lasse l'auditrice et l'auditeur qui ne vont pas changer leur pratique pour sauver le soldat Courbet sur RTL ou s'imposer de supporter le sirop de Nagui sur Inter. Seulement voilà la com' a beaucoup plus d'importance que les contenus. Madame Veil qui redoute et veut protéger Radio France de la polarisation n'en finit jamais de polariser sur les audiences et de donner ses satisfecit à ceux qui s'exposent dans la lumière et à laisser dans l'ombre celles et ceux qui font le job hors des podiums du Cirque-Pinder-ORTF













Voyons voir
En avril 1998, les audiences cumulées de la radio étaient à 82%. En avril 2026 à 67,2% soit 38,4 millions d'auditeurs. Perte presque 15% (environ 8 millions d'auditeurs). Une paille ! Et pourtant chacun de faire sa sauce de pourcentage sans jamais dire que non seulement la part de gâteau a diminué mais que les dit-pourcentages font apparaitre des résultats en deça des résultats de la précédente vague puisqu'il semble bien que l'écoute de la radio, inexorablement, baisse d'année en année. Quand l'audience cumulée de la radio sera à 1 million d'auditeurs, France Inter aura beau faire 12%, cela ne représentera plus que 120 000 auditrices et auditeurs.

Alors si au lieu de communiquer sur les audiences les dirigeants de la radio publique communiquaient sur les renoncements successifs pour maintenir une radio de flux de haut niveau et reconnaître que la plateformisation va plonger la radio dans un magma audio - dans lequel une chatte ne retrouvera plus jamais ses petits - et donc "TUER LA RADIO", ce serait un grand pas d'honnêteté intellectuelle et morale. Autant dire une belle utopie. On aura beau nommer et compter les fossoyeurs, le mal irrémédiable aura été fait. Sous la vague Mediametrie la radio aura fini par se noyer. 



lundi 13 avril 2026

France Inter radieuse… (en 1999) !

Ce pourrait être une anecdote. Ça n'en est pas une. Un de mes contacts à Radio France m'envoie samedi un message très court : "Inter : La radieuse (la radio heureuse)" se rappelant, entre autres, de l'époque, en 1999 au festival de Cannes. À partir de ce très bref souvenir, j'ai essayé de retrouver des indices pour confirmer comment en cette fin de siècle (et de millénaire) Inter "rayonne et brille d'un grand éclat" (définition de "radieux" par Le Robert). Plus encore Inter irradie tant elle se "propage en rayonnant d'un centre" (Le Robert toujours). Quelle époque !

logo de 1982 à 2001





Novembre 1998, Jean-Marie Cavada est nommé Pdg en remplacement de Michel Boyon (1995-1998). Au début du premier trimestre il nomme Jean-Luc Hees (Directeur d'Inter), Laure Adler (directrice de France Culture) (1) et Pierre Bouteiller (Directeur de France Musique) (2). Pour Inter, il mettra sa patte sur les programmes (inventés par Jacques Santamaria son prédécesseur) à la rentrée 1999.

Ceci étant posé, qu'est ce qui permet de nommer Inter "La radieuse" ? Une ambiance assurément. À l'époque Mediametrie (3) n'est pas encore "l'épée de Damoclès" qui agite l'audimat tous les trois mois. Auditrices et auditeurs écrivent sur du papier à lettre ou en cartes postales à la radio généraliste (les e-mails ne sont pas encore dans l'air du temps). Internet balbutie (4) et pas la queue d'un réseau social. Mais surtout Inter ne vise pas la RTLisation et encore moins de singer Europe 1.

Et les grilles (elles existent encore) ? Allez, je ne résiste pas à vous donner quelques noms qui ont fait l'histoire d'Inter : La revue de presse (Pascale Clark), 2000 ans d'histoire (Patrice Gélinet), Là-bas si j'y suis (Daniel Mermet), À toute allure (Gérard Lefort) (5), C'est Lenoir (Bernard Lenoir), Allo Macha (Macha Béranger), Sous les étoiles exactement (Serge Le Vaillant), du lundi au vendredi. De belles choses aussi en fin de semaine.

L'auditeur que j'étais (en alternance avec France Culture) sentait encore un "esprit de corps" et quelques beaux restes d'une famille où l'on pouvait "écouter la différence". Qui aurait pu imaginer que le "numérique" écraserait tout sur son passage, plateformiserait et relèguerait les chaînes à des logos dénaturés ?

Kriss, avec sa gouaille, son humour et sa liberté de ton aurait sans doute pu dresser un portrait sensible de la chaîne où elle avait fait toute sa carrière…

(1) Laure Adler n'interviendra pas sur la grille (de Patrice Gélinet 1997-1999) dès sa nomination en février, mais constituera ses programmes dès la rentrée 99, 
(2) Bouteiller qui s'empressera d'ajouter un "s" à Musique,
(3) C'est de décembre 1986 que date l'entrée de Radio France dans l'Institut de sondages,
(4) Premier site le 1er mars 1995,
(5) Clin d'œil à Maryse Friboulet à la réalisation,

vendredi 10 avril 2026

Le transsibérien de Colette Fellous : voyage, voyage…

Le vendredi 9 janvier 2004, preniez-vous le train ? Ou vous êtes vous contenté de prendre les ondes ? Pendant soixante-dix-neuf minutes les ondes subtiles du carnet nomade de Colette Fellous. Vous avez oublié ? Mais vous n'oublierez jamais l'un ou l'autre de vos voyages sur les rails. Qu'il ait été extraordinaire ou tragique. Quant à Albane Penaranda, productrice des "Nuits" imaginait-elle que cette rediffusion de la nuit dernière puisse s'accompagner de la parution simultanée dans Le Monde (daté 10 avril 2026) d'un long reportage en deux volets "À bord du transsibérien" (1). Jean-Marie Borzeix, Directeur de France Culture (1984-1997) et inventeur des Nuits (1985) aurait aimé ce téléscopage subtil.

De Moscou à Vladivostok
















Colette Fellous, productrice à France Culture, comme à son habitude sait créer les conditions d'écoute pour mettre auditrices et auditeurs en phase avec son sujet. Cette nuit le train on l'a pris de la même façon que Blaise Cendrars qui peut-être lui-même ne l'aurait jamais vraiment pris pour un voyage en transsibérien (2) ? Colette Fellous invite donc pour ce voyage le poète, Claude Esteban (décédé il y a juste vingt ans), Klavdij Sluban, photographe, Patrick Bard, photojournaliste et romancier, Adam Biro, écrivain et éditeur et Jean-Baptiste Harang, écrivain. On se régale et surtout on s'évade du torride enfermement dans lequel nous propulse le monde.

Ceux-ci d'évoquer aussi les gares et leurs architectures de "cathédrales", qu'on appelait à l'origine des "embarcadères". On pourrait même dire leur faste, propices à créer les conditions d'un dépaysement immédiat avant même de prendre le train. Chacun de ses invités dit sa passion pour le rail, les paysages, les ambiances tout au long du parcours. Les immensités (9000km) et les impressions d'être dans un autre monde sans qu'il soit besoin d'aller sur la lune. Et puis surtout apprécier le temps long (six nuits et sept jours de voyage). Absolument.

Prendre le temps de passer d'un univers à l'autre, d'un fuseau horaire à l'autre (11 de Moscou à Vladivostok). Une mesure du temps qui aujourd'hui semble bien révolue et qui, pourtant, fait un bien fou en remettant les pendules à l'heure… des trains au long court.

(1) Léonid Stein, Le Monde, 10 avril 2026. En vingt-deux ans on est passé de la poésie à la terreur !
(2) "Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France", Blaise Cendrars, 1913,

lundi 6 avril 2026

Jo Privat : le laborieux du dépliant…

Évoquer le laborieux (du dépliant), un jour férié c'est raccord avec une certaine idée de la détente, d'une oisiveté sublimée, de la pêche au goujon ou à la truite, d'un farniente bien mérité. Merci Jo Privat et, ça rime, Albane Penaranda (productrice des Nuits de France Culture) d'avoir remis dans nos oreilles cette série des "Jeux de l'ouïe" (1). Jolies virgules, d'un temps où il y avait des programmes, libres d'informer et de distraire dans leurs grilles ciselées au cordeau d'arpenteurs magiciens du rythme (et de la raison)

















Donc Jo Privat, avec quelques collègues femmes et hommes, de Belleville à Ménilmontant nous entraîne à faire une pause dans la cacophonie ambiante de l'information à laquelle France Culture ne renonce pas à participer, quitte à ce que la culture en prenne un sacré coup dans les esgourdes ! L'accent et la gouaille de Privat fixe les clichés de Willy Ronis et de Robert Doisneau, les rimes de Prévert et de Boris Vian. Qu'il est bon d'entendre Privat conter qu'à ses débuts il était "un peu chétif du gousset" et que ses passages avec son accordéon dans un bordel de sa tante arrangeaient l'ordinaire.

Il appartiendra à chacun avec son promis ou sa promise de danser dans sa cuisine, dans sa cour ou son jardin. Et vu que le soleil va cogner il vaut mieux s'agiter à la fraîche. Tous ces airs d'accordéon me rappellent que l'antenne de France Culture s'ouvrait le matin avec "Valverde" de Marc Perrone pour "Culture Matin" le set de Jean Lebrun (1987-1999). Ce côté désuet de l'accordéon, avec une touche de prolétaire et de bal pop' et un clin d'œil à la France qui se lève pour aller au turbin. (2).

Savourez donc pour ce Pâques beau cinquante minutes de piano à bretelles et de gouaille attendrissante de Jo Privat.

Morceau ayant servi d'indicatif de "Culture matin" choisi par le réalisateur Georges Kiosseff

(1) France Culture, "Jeu de l'ouïe - Les dancings de la Libération : Jo Privat " 1ère diffusion, 16 au 20 septembre1996,
(2) On ne peut plus avoir le même plaisir aujourd'hui à ouvrir, matin, le poste. Particulièrement quand le producteur de la session, Guillaume Erner, s'affiche dans la der de Libération, le 4 avril dernier, pour roucouler "Que je travaille dans le Sentier a été une sorte d’anomalie» quand on aimerait voir écrit "Que je travaille à France Culture a été une sorte d’anomalie" !