mercredi 29 avril 2026

Comment peut-on aimer la radio ?

Michel Guerrin, rédac-chef au Monde titrait sa chronique de samedi dernier, 25 avril, "Comment peut-on aimer Céline Dion ?"… Coup de bol je ne me pose pas cette question existentielle. Par contre pour ce qui concerne la radio il est temps de se la poser.

















La radio est, aux origines, un objet encombrant qui a beau s'appeler T.S.F. (Téléphonie Sans Fil) on doit le raccorder à une prise de courant pour entendre le monde vibrer, on se colle devant (seul, en couple ou en famille) et on n'en décolle plus (1). Donc pas moyen d'écouter la radio ailleurs que dans la cuisine ou le salon. Puis au début des 60' viendra le transistor avec un de ses plus beaux emblèmes pour la génération du baby-boom, "Salut les copains" de Daniel Filipacchi sur Europe n°1, à l'heure du goûter.

En ces temps immémoriaux, les programmes sont essentiels, pensés, rythmés, élaborés en fonction de l'auditoire. Tout le monde, au travail, ne peut pas écouter la radio, au bureau, sur le chantier, dans sa voiture ou son camion. Toutes les femmes "au foyer" ne sont pas forcément à l'écoute. Ça crée un lien - spatio-temporel - très fort avec l'objet et son "contenu". Avec ses animatrices et animateurs, ses rendez-vous imparables, ses complicités et quelquefois en les intégrant dans sa famille : Zappy Max, Ménie Grégoire, Georges Lourier, Pierre Bellemare, Kriss, Gérard Sire, Gérard Klein, Franck Ténot,… (la liste est très très longue).

On peut organiser sa vie en fonction des émissions et être accro ! Mais les temps modernes veulent qu'on s'affranchisse du support matériel (radio fixe ou transistor) et dans un bond en avant technologique, voilà que le numérique (à la fin des années 90) va définitivement découpler l'objet et son contenu. L'ordinateur puis le smartphone vont envoyer aux gémonies le "fil à la patte" que nous avions avec le récepteur radiophonique. Et la contrainte d'"attendre" son programme favori. Le tout s'accompagnant très vite de la détemporalisation des émissions écoutables et réécoutables à n'importe quelles heures du jour et de la nuit. D'ailleurs pour être sûr que tout a changé, il suffira d'appeler les émissions des "podcasts" et surtout de faire en sorte que l'auditoire ne s'appuie plus sur un programme "figé" mais sur des collections infinies de thèmes plus clivant les uns que les autres. Dans un bel écrin appelé une plate forme.

Comment peut-on aimer la radio (ou ce qu'il en reste) ? C'est bien la question du moment et pas sûr qu'auditrices et auditeurs qui écoutent des podcasts aient l'impression d'écouter la radio. Arte radio qui n'a jamais fait de radio a commencé (pionnière, en 2002) à produire des sons et puis a fini par les appeler podcasts. Sans pour autant se débaptiser en "Arte podcast". Le mot radio garde encore une forme très identifiée de communication. Jusqu'à quand ?

(1) "Chaque début d’après-midi je m’assieds sur les genoux de ma grand-mère. Elle tend sa main vers une boîte d’acajou. Tourne un bouton de bakelite blanc strié. Au-dessus, lentement, une petite lumière, faiblarde et jaunasse, s’allume. Des voix s'approchent. Mamée se penche. Regard tendu sur cette boîte magique. 14h. Elle entre 42, rue Courte. Son feuilleton de Radio Luxembourg. J’ai quatre ans. Juste avant ma sieste, je la regarde écouter. Elle est dans la radio. J’aimerais que ces instants de fusion-diffusion ne s’arrêtent jamais." Fañch Langoët, "60 ans au poste. Journal d'un auditeur." L'Harmattan, 2023

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