Ce titre va bien avec le sujet précédent. Le silence est de rigueur. Mais passé ce temps de mémoire, Silence radio vaut la peine d'aller y tendre l'oreille. Là, des créations sonores et pour cette rentrée dix nouvelles pastilles multicolores. Alors si plusieurs fois par jour, dans le grand "maelstrom" des ondes, nous avions sur les chaînes de radio publiques ces ponctuations subtiles ou ces soupçons de sons, ce serait une merveilleuse et indispensable éducation de nos oreilles…
"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
dimanche 11 septembre 2011
11 septembre… 1973
Ma petite histoire est dérisoire et un peu minable ! J'avais 20 ans et je ne me pardonnerai jamais d'avoir attendu de recevoir le Nouvel Obs pour découvrir en couv' le coup d'État de Pinochet au Chili. Même si loin très loin des horreurs faites au peuple chilien et des souffrances qui allaient durablement miner leur vie, je ne pouvais "partager" qu'une souffrance morale. Préoccupé à "conter fleurette" et harassé par un travail débilitant, j'étais sorti du monde. Le retour a été un coup de poignard à la liberté, déchirant pour ma génération nos utopies et nous laissant en bouche, muette, un goût bien amer. Sans doute dépités de ne pouvoir rien faire quand, depuis trois ans nous guettions, joyeux, l'avènement d'une nouvelle société, que commençait à mettre démocratiquement en œuvre Salvatore Allende… jusqu'à y laisser sa vie.
Vous pourrez entendre un extrait du dernier discours du président Salvador Allende sur Radio Magallanes (1). Et avec les liens suivants vous remettre en mémoire cette infamie.
(1) le 11 septembre 1973 à partir de 9h10(2) je découvre (14 sept) cet article de la revue Regards
L'illustration est la reprise de l'affiche du film de Patrizio Guzman, 2005
Pourquoi j'écris sur la radio…
Mais pour en faire toute une histoire ! Au delà de ce que j'aime écouter j'essaye de montrer comment, de façon sensible, la radio s'incruste dans nos vies quotidiennes et comment elle laisse des traces, des "mythologies", des émotions. Comment elle s'associe à notre intimité. Comment s'en rapprochent nos souvenirs personnels sans trop bien savoir pourquoi. Comment les voix nous transportent et comment d'en connaître leur visage fait tomber le charme de l'inconnu. Au-delà des sujets, ce sont les passeurs les passeuses qui m'intéressent. Pas pour les connaître dans "la vie réelle" mais pour partager leurs passions, leurs convictions quelquefois, et les accompagner sur leurs "chemins de radio". Voilà c'est ça, ce sont des compagnons de route et quand la complicité s'est installée il s'agit de l'entretenir. Ils/elles sont dans le premier cercle et n'en sortent que par effraction. Un décès, une retraite, un licenciement ou un "transfert"…
Pour autant la gymnastique du football, que d'aucuns appellent le mercato, quand elle se met à polluer la radio ne produit pas forcément les effets attendus par les… entraîneurs.
Déplacez Demorand de Culture à Inter ne me fait pas tourner le "bouton" d'une chaîne pour l'autre et encore moins pour la périphérique bleue (1). C'est là que le podcast peut être utile. Je réécoute Lebrun dans sa Marche de l'histoire, car ni l'avant ni l'après ne m'intéresse. Quand je dis l'après c'est la part de cirque qui consiste en l'auto promo et autres annonces qui perturbent les sens (2). Et je ne parle même pas des "transferts" sur des chaînes où il s'agirait de supporter toutes les dix minutes de la réclame. Il y a sur les radios publiques une ambiance, une atmosphère, une couleur diront certains qui, en l'absence de pub (3) créent une relation particulière à l'oreille et à l'esprit. Pradel d'Europe 1 à RTL c'est pareil. Pradel d'Inter à Europe 1, rien à voir, même si la voix est toujours aussi captivante.
Cette façon d'écouter la radio est peut-être en voie de disparition et les grands communicants habitués à la "grande lessive" (4) ne veulent pas en tenir compte. "La radio de papa c'est fini" croient-ils savoir ! Écrire autour, malgré tout, c'est faire vivre une radio qui rend intelligent, fait prendre les chemins de traverse, jubiler, qui donne envie d'en parler autour de soi, d'y revenir jour après jour avec ou sans… rendez-vous, sauf (peut-être) celui du feuilleton radio, ici même.
(Je n'écris pas dans le New Yorker mais cette couv' est jolie et le nom de son auteur est révélé dans le premier commentaire)
(1) oui je sais je ne devrai plus appeler Europe 1 comme cela, tant la Sarre (là où réside l'émetteur d'Europe 1, en Allemagne) n'est plus dans la même "périphérie" qu'à la création de la station privée en 1955, mais c'est comme un gimmick et ça m'amuse. Bleu à cause des couleurs du logo, des locaux, des micros,
(2) je veux dire la promo, le flash d'info car après, "La tête au carré" de Mathieu Vidard vaut la peine d'y tendre l'oreille,
(3) sauf France Inter aux heures de plus grande écoute,
(4) des mots, des idées, des produits, des slogans, des voix, des femmes et des hommes de radio, de télé, de sport,…
samedi 10 septembre 2011
Mafalda… écoute la radio
Mafalda la célèbre héroïne de Quino n'a, ni la langue dans sa poche ni ne manque d'à-propos… Ceux-ci, souvent désopilants, laissent ses parents et ses copains absolument… dubitatifs ! Ce qui m'intéresse et devrait intéresser les lecteurs de ce blog c'est "comment Mafalda interpelle la radio pour comprendre et juger le monde" ?
Un exemple : dans les trois premières cases d'un "strip", Mafalda ne parle pas, elle a à l'oreille un écouteur branché sur son transistor. Elle est dépitée ! Dans la quatrième case elle dit : " Il devrait y avoir un jour de la semaine où les informations nous mentiraient un peu et nous donneraient rien que des bonnes nouvelles…".
Et celui-ci :
"Instable… Ne s'améliore pas… C'était notre bulletin météorologique. Je croyais que tu parlais du gouvernement… espèce d'alarmiste !" (traduction : Jacques Meunier/Glénat)
Mafalda écoute la radio et… j'écoute Mafalda !
(à suivre… chez Glénat, éditeur de Mafalda en français)
vendredi 9 septembre 2011
11 septembre… 1973
Modestement, dimanche à 18h, je publierai un billet pour Allende et pour le Chili, victimes de Pinochet…
La radio : de la télé sans image ?…

Dès l'avènement de la télé on a puisé dans le vivier des speakers et animateurs radio pour assurer l'animation des informations et des divertissements. La liste de ces caciques est un véritable florilège du gotha audiovisuel. Vous les retrouverez forcément dans les annales de la télé. Vinrent les années 70. La radio en perte d'"image" (1) fait appel aux "vedettes" (2) du petit écran. Fin de siècle aidant, les vases communicants (sic) entre les deux médias deviennent permanents et, les jeux de chaises musicales qui en découlent n'excitent bien sûr que les communicants eux-mêmes.
On se tape sur les cuisses en se rappelant la promo du Grand Journal de Canal+, si fière en son temps d'accueillir "Ali-Baddou-de-France-Culture" pour parler de livres (sic). La chaîne cryptée, "sans le vouloir", accentuait l'image plombée, figée, d'une radio "trop" élitiste qui faisait tout pour s'en émanciper, au risque d'écorner l'excellence qui fit ses heures de gloire ! Bon coup de prestige pour Canal, bon retour d'image pour France Culture (3). C'était parti ! Les amours incestueuses de la télé et de la radio allaient maintenant se voir en clair à la télé et, en retour parasiter la radio de tics télévisuels. Aux orties l'écriture et la grammaire radio justes bonnes sans doute pour les émissions d'archives… de nuit !
Par effets induits de paillettes, quelques pisses-froids, se foutant du tiers comme du quart de la radio et, faisant semblant de produire des émissions, - quand ils ne font que bavarder devant un micro -, s'ingénient à employer le langage télévisuel pour, sans doute, rameuter quelques téléphages ahuris de découvrir qu'à la radio il n'y a pas que de l'info ! Chaque jour alors on doit supporter à l'antenne : "plateaux" (4), "grand escalier", "live" et même "spectacle" ! Je ne parle pas des spectacles de "podium" et autres tournées de plage ultra sponsorisées, non, mais du spectacle dans les studios radio avec la geste de la télé ! Pitoyable ! Singeries dignes du grand Barnum.(5)
À Radio France, Joël Ronez (6), fraîchement "débauché" d'Arte, a la lourde responsabilité d'inventer et d'installer une "image radio" ! Radio pour laquelle il précise qu'"il ne s'agit pas de la filmer !". Va falloir être subtil et oublier toute la grammaire télévisuelle moderne qui sauterait immédiatement aux… yeux de l'auditeur qui, n'ayant jamais eu besoin d'image pour imaginer, ne supporterait pas qu'on lui en impose des toutes faites. Encore faudrait-il que cette radio-là l'auditeur ait envie de la "regarder" ? Si l'affaire se concrétise c'est à une véritable "révolution copernicienne" qu'il va falloir se préparer (7). "Attendons de voir"… c'est le cas de le dire et, profitons encore un peu de la radio… sans image.
(1) un paradoxe ! je devrai dire en perte de reconnaissance, non ?
(2) c'est le mot en usage et ça va forcément influencer le style, le cachet et l'ego de ces dites vedettes et bien les mélanger avec celles du show-biz,
(3) sans oublier Sciences-Po où le dit Baddou enseignait,
(3) sans oublier Sciences-Po où le dit Baddou enseignait,
(4) à la radio on dit studio
(5) "Le tribunal des flagrants délires" de Claude Villers sur France Inter était une émission en public et ce n'est pas la même chose. Le "public" qui n'est pas dans le studio assiste bien à une émission de radio. Que les intervenants "fassent le spectacle" cela n'a rien à voir avec une émission spectacle revendiquée comme telle,
(6) recruté par Jean-Luc Hees, Pdg de Radio France, pour diriger les"nouveaux médias"
(7) j'aime la formule.
jeudi 8 septembre 2011
Le journal parlé…
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| Vintage, n'est-il pas ? |
En juillet 1967, Jacqueline Baudrier journaliste (1), présente -à la télévision (2) - les Informations de France Inter qui vont prendre leurs quartiers d'été. Sur cette vidéo de l'Ina on découvre les "animateurs et animatrices" de la chaîne qui présentent les programmes d'été. Aux voix nous mettons des visages, des styles et des façons de dire, même si on se rend très vite compte que les femmes et les hommes de radio sont moins à l'aise devant une caméra de télévision que devant leurs micros.
Le reportage présente aussi les nouvelles capacités de l'émetteur d'Allouis (1100 KWatt) ce qui donnera l'ébauche d'un slogan "France Inter une radio qui fait le poids …". Le speaker du reportage, lyrique, annonce "Mais pour le profane un émetteur c'est aussi un nom et ce nom prestigieux c'est France Inter, 1829 m …". Cette vidéo nous permet de réentendre les jingles (3) et autres sonals de la station. Un jingle spécial pour Gérard Klein "voix des jeunes" et autres hits-parade qui, avant de devenir un animateur radio, accompli et tendre, se targuera d'avoir "fait les 4 grandes" (Inter, RTL, Europe1, RMC).
Annick Beauchamp - Madame Inter - présente la tournée d'été qui mènera son émission de Saint-Malo à Hossegor. Ce qu'avait évoqué un Mistigri cet été sur France Culture.
(1) entre autre Rédactrice en chef des journaux parlés (sic) de France Inter 1962-1968, avant de devenir le premier PDG de Radio France en 1975 et ce, jusqu'en 1981,
(2) Micros et caméras, sûrement sur la… 1ère chaîne
(2) Micros et caméras, sûrement sur la… 1ère chaîne
(3) Les Parisiennes, quatre chanteuses- danseuses, est un groupe vocal féminin créé en 1964 sur une idée de Claude Bolling, pianiste de jazz, chef d'orchestre et compositeur de la plupart de leurs chansons. Le plus connu des jingles étant peut-être dans nos mémoires : " Vingt-quatre heures sur vingt-quatre La vie serait bien dure Si l'on n'avait pas le Pop Club Avec José Artur ".
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