mercredi 31 décembre 2014

Chancel, j'y reviens…



























Quelque chose a disparu. Le temps de prendre le temps. Jacques Chancel est mort il y a huit jours et déjà le rouleau compresseur de l'actualité a tout écrasé. Au fur et à mesure que le temps a passé. Méthodiquement, froidement, trivialement. Si France Inter s'est mobilisé et a ouvert largement son antenne aux Radioscopies et aux témoignages, c'est très vite passé. Trop. Car le quotidien, le flux radiophonique quotidien est tellement présent que le passé y a très peu sa place. Pour ce que Chancel a apporté à la radio on aurait pu imaginer qu'une chaîne (web) dédiée aux grandes voix ou à l'histoire de la radio ait proposé une programmation exceptionnelle.

Ce flux qui mettrait en lumière l'histoire d'un homme, d'une émission et d'une époque du XXème siècle a à voir avec l'histoire immédiate. Et c'est à force de la tenir loin de notre quotidien qu'elle prend les marques du passé. Alors que la mémoire est encore très vive et qu'elle ne demande qu'à se nourrir d'histoires ancrées, solides qui tiennent un peu plus longtemps que l'actu vouée de plus en plus à l'éphémère.

Il faut donc produire quelques efforts pour inverser la tendance de la fuite en avant. Se faire sa radio en cherchant les archives ou (ré)écoutant sa collection de Radioscopies. La mort, la mémoire, les souvenirs ne sont pas que des événements à mettre en scène, à alimenter le buzz et les gazettes pipoles. Tout ne vaut pas tout et inversement. La distinction devrait trouver sa place sur une chaîne du service publique quitte à en créer une dédiée… (1).

Prenez aujourd'hui ou demain quelques mesures de la symphonie Chancel. Ça calme et ça relativise les ardeurs médiatiques à ne vivre que pour demain.

(1) Vieille rengaine de Radio Fañch
Demain le billet "spécial" à 10h…

Pierre Desgraupes


Reiser


Dhordain

mardi 30 décembre 2014

Codou, la fabrication d'un instituteur en pays Cévenol…

Codou, Mermet, Garretto, Senaux

Emmanuel Den (1) a eu la bonne idée de faire se promener dans ses Cévennes le producteur radiophonique Pierre Codou (2). Et un Cévenol qui raconte sa terre et son pays c'est quelque chose. En cette période d'entre deux, entre deux fêtes, entre deux souvenirs, entre deux complicités, il me fallait bien vous trouver un sucre d'orge. À sucer tout le matin et que ça vous garde le goût jusqu'au coucher. Succulent Codou qui dans les chemins de traverse de son enfance (ou ceux de ses pairs) a observé, repéré, détaillé ce qui faisait ses vagabondages. Il y a mis son verbe, sa poésie et son accent.

Et là pour ceux qui connaissent la mécanique de "L'Oreille" c'est drôle d'imaginer la verve d'un Codou et la réserve janséniste d'un Garretto (3). Drôle d'imaginer Codou intervenant auprès des animateurs de "L'Oreille" avec sa petite musique qui fleure bon la rocaille. Savoureux d'imaginer l'instituteur, pédagogue, attentionné et tellement curieux des autres.

Ce moment de radio est un peu unique, car la parole radiophonique de Codou est très rare. Ni lui ni Garretto ne se mettaient en scène. Leur réserve, leur discrétion les renforçaient dans leur jeu d'artisans ou d'orfèvres. Au fond de leur atelier ils élaboraient de petits bijoux et c'était les "autres" qui brillaient avec. C'était des artistes à l'état pur. Au firmament de la radio.

(1) Le partenaire de Kriss quand ils ont fait leurs débuts à l'Oreille en Coin (France Inter 1968-1990). Dit aussi Michel Gonzales quand il travaillait pour France Culture,
(2) Comparse fidèle de Jean Garretto. Inventeur avec ce dernier du laboratoire radio "L'oreille en coin",
(3) Voir le point de vue de José Artur ici, 

lundi 29 décembre 2014

vendredi 26 décembre 2014

Le roi Artur, son chien et sa radio…

Artur/Dutronc ©Pascucci, Bernard / INA, Janvier 1966


























J'ai rencontré José Artur à Paris, jeudi dernier, 18 décembre. À peine avais-je prononcé mon petit mot d'accueil que José embrayait pour 40' sans reprendre son souffle. Ces minutes si elles sont importantes, elles n'apparaîtront pas dans l'interview en écoute ci-dessous. Elles concernent l'activité théâtre et cinéma de José pré-époque radio. Bien que passionnantes et inattendues (sa rencontre décisive avec François Périer) j'ai préféré vous donner à entendre son histoire de la radio (1). Au cours de cet entretien il évoquera son collègue Chancel…

Je vous mets ci-dessous quelques petites balises des fois que vous ayez peur de vous perdre.

2'10" : Jean Chouquet
Se présente dans la loge de François Périer pour le rencontrer et s'adresse à son secrétaire José Artur. Où l'on verra que cette rencontre aussi a été décisive pour que José fasse de la radio, en commençant par être l'assistant de Chouquet,

4'15" : Jean Vincent-Bréchignac
Directeur de la radio (Paris Inter 1947-1954), privé de la collaboration de Robert Beauvais ("Dimanche dans un fauteuil"), acceptera de confier à Artur sans le connaitre et au pied-levé une émission "L"ingénue au pays du disque" en remplacement de Beauvais,

9' 10" : Dhordain (2) 
Avec Roland on s'est supporté dans les deux sens du terme,

10' 30" : le Pop-Club et le Bar-Noir,

14' 45" : Le Pop et les disques de Londres,

17' 50" : Lido-Musique

Le Pop a acquis sa renommée grâce aux disques anglais d'importation que cette maison célèbre des Champs-Élysées offrait au Pop en échange de citations opportunes et "discrètes"…

20' 45" : Jean-Marie Périer 
(le fils de François), photographe des "vedettes" du hit-parade,

23' : Jouvet (Louis), acteur de théâtre et de cinéma,
lui donne des conseils pour parler à la radio… "Passe-moi le sel",

26' 45" : dog
On entend bien le chien de José (qui est loin du micro),

28' 45" : retraite à 83 ans…

31' 04" : Jean Garretto (producteur)… protestant,

34' 10" : Pierre Wiehn (directeur d'Inter 1974-1981), un homme de radio,

35' 40" : Sallebert (journaliste et directeur de l'Ortf)
"Artur est débraillé",

36' 30" : la fille de Franco,

40' 27" : Gérard Sire (producteur à France Inter),

42' : les Ardugos (émission de Paris Inter),

43'40" : José écrase son chien (qui est sous le micro),

44' 25" : France Artur vs France Inter,

46' 13" : Chancel à l'Académie, 
Mais pas né en Indochine, l'ABC de la radio

54' 35" : Le dictionnaire de Jacques Monod,
`
57' : Le Lévitan de la radio (3) ,

58' : Chancel avait raison, c'est la référence absolue.

En conclusion José contextualise, contextualise même le contexte de celui dont il parle et s'il fait parler celui dont il parle il contextualise pour lui. Très vite l'intervieweur peut se perdre…



(1) À écouter de préférence au casque. Désolé si le son n'est pas optimum, mais une fois le "Zoom" posé sur la table nous n'avons plus bougé… José est juste au-dessus du micro. Il vous faudra baisser un peu le son quand je pose mes questions car c'est un peu plus fort. La vocation initiale de cet enregistrement est de le ranger dans ma "mémoire" radio. Profitez-en avec ses "faiblesses". Merci à Hervé Hist d'avoir "monté" le son,

(2) Auteur de la "réforme" qui donnera en 1963 les trois chaînes Inter,Culture, Musique et qui deviendra directeur de la radio au sein de l'Ortf,
(3) Un célèbre fabricant de meubles.

jeudi 25 décembre 2014

Bertrand Blier et Thierry Jousse en tenue de soirée…

Thierry Jousse









Thierry Jousse, producteur à France Musique, aime la musique et le cinéma. Il produit chaque semaine Cinéma Song (1). Pour les fêtes il nous propose deux séances avec Bertrand Blier. À l'occasion de mon passage à Paris je l'ai interviewé dans un bar de la Porte St Ouen (sans ingé-son). Je n'ai pas résisté à lui demander des nouvelles d'Easy Tempo…



(1) Chaque jeudi soir à 22h30,


Mermet met le feu au 125… ambiance torride assurée

Amanda Lear


















Je vous l'avais promis, voici l'intro du délire de Daniel Mermet qui, le 5 août 1979, est au studio 105 de la Maison de la Radio pour l"'Oreille en coin" du dimanche après-midi (1). J'ai publié ici la quasi totalité de sa création à partir d'une chanson d'Amanda Lear. Pour nous mettre dans la hot ambiance que suggère le personnage d'Amanda Lear, Mermet met en scène ceux qui derrière la vitre (en cabine) et à côté de lui (en studio) l'assistent pour son émission.

Sur un rythme disco connu (2) on ouvre son micro à Daniel Mermet : "Pierre Codou [producteur] dans sa robe en strass serre de très près Jean Garretto [producteur], déjà Hélène [Pommier] enlève sa gaine, Edouard [Camprasse] et Serge [Libert] à la sono mettent des paillettes dans le magnéto, les lasers tournent dans le studio, déjà Agnès [Gribes] n'a plus de maillot… Ça y est les mecs je suis disco… " (3)

Alors elle est pas belle la vie ?


Vous pouvez retrouver la fiction que j'avais écrite 
il y a trois ans sur le "Studio 125"…




(1) Mettez le nom de cette émission dans la case "recherche" ci-contre et vous saurez tout. France Inter, le samedi après-midi et le dimanche toute la journée, 13h d'"une radio dans la radio" de 1968-1990,
(2) "Let's All Chant", Michaël Zager Band,
(3) Codou et Garretto créateurs de l'émission, Hélène Pommier chargée de réalisation, Edouard Camprasse ingé-son, Serge Libert opérateur-son. Agnès Gribes fait ce jour-là les liaisons entre toutes les séquences de l'après-midi. Elle fait partie de l'équipe de l'"Oreille en coin" et produit à ce titre des émissions originales.

mercredi 24 décembre 2014

Alphonse : il était une voix…

Alphonse Arzel




















Au hasard des "Nuits de France Culture", un "Pays d'Ici" l'émission inventée par Jean-Marie Borzeix et coordonnée par Laurence Bloch (1). Un Pays d'Ici à Ploudalmezeau, nord-finistère. Mon fief et une bonne partie de ma propre histoire. Ce 17 février 1993, dans le cadre de mon activité professionnelle, je cours la campagne comme d'hab'. Et je ne suis pas à Ploudal (2). Les 4 jours de ce "Pays d'ici" m'échapperont. Écouter l'épisode 2 est donc important. Coïncidence, au pot de départ de Gilles Davidas la semaine dernière à la Maison de la radio, j'ai croisé Sylvie Andreu qui a produit cette série du Pays d'Ici.

J'écoute à la faveur d'un petit matin de solstice dont le jour tarde à se lever. Je guette les mots, les voix, les ambiances que je vais reconnaître. Et voilà qu'Alphonse Arzel (3), sénateur-maire de Ploudalmezeau, prend la parole. Le choc est terrible. Alphonse est décédé cette année. J'ai travaillé douze ans avec lui et j'ai même été son chauffeur quand nous allions ensemble en réunion dans l'un ou l'autre des départements bretons. Quand je dis "travaillé avec lui" je veux dire que lui en tant qu'élu siégeait dans les associations pour lesquelles je travaillais et nous étions souvent en lien.

À écouter ce reportage au pays de l'"Amoco Cadiz"… Mais voilà que j'interromps ma rédaction car l'annonce vient de tomber "Jacques Chancel est mort". Ça fait beaucoup d'émotion. Trop !… Et je passerai toute ma journée (d'hier) à raconter Chancel. Quand on aime…

… Le sujet de l'Amoco OK, ça va ici on est bien au jus, si je puis dire. Mais la voix d'Alphonse c'est quelque chose. Là voilà l'émotion. La voilà la vie. Le voilà son regard pétillant, sa gouaille, sa faconde et sa simplicité bonhomme de paysan du Bas-Léon (3). Fier d'être catholique, fier d'être centriste et bretonnant. Je me souviens d'une fois, où rentrant du sud Bretagne, on passe par Pontivy. On s'arrête dans le plus improbable des bistrots, et là, le seuil à peine franchi, deux gaillard du centre Bretagne l'apostrophent. "Alors Alphonse comment qu'c'est ?". Et lui de serrer des mains, de plaisanter et de raconter la dernière histoire politique courant au Sénat.

Alphonse était un personnage, je ne l'aimais ni pour ses opinions politiques, ni pour ses "qualités" de paysan. Je l'aimais car il était un personnage authentique, madré et populaire. Je souris encore quand après m'avoir entendu raconter un peu solennellement l'histoire d'une organisation locale, il m'avait dit "Tu aurais fait un bon recteur" (4). Je l'ai pris pour un compliment, lui le fabuleux conteur en breton comme en français.

Salut Alphonse, fier et heureux d'avoir croisé ton chemin d'homme aux convictions solides et à l'humanité chaleureuse. A c'hentañ gwell.

(1) Aujourd'hui directrice de France Inter, 
(2) J'habite à l'époque à 500 m de la mairie où se déroule l'émission,
(3) Dans sa commune, il était du "Menez" à Lestrehone,
(4) Le curé de la paroisse en langage de Basse-Bretagne catholique,