mercredi 11 mai 2022

Pas la pleine de pleurer… ou de faire semblant (les faux nostalgiques de la radio de nuit)

C'est marrant les réflexes de Pavlov ! Suffit qu'un film évoque la radio pour que la radio publique sorte ses mouchoirs et se répande en lamenti plus appuyés les uns que les autres ! Genre "la radio de nuit nous appartient (sic) et c'est à nous de perpétuer le deuil". Particulièrement quand "c'est nous (France Inter) qui l'avons fusillée et envoyée aux oubliettes de l'histoire". Alors quand un film (1) fait dans la commémo, on se réunit autour d'un grand feu (de joie ?) et youkaïdi, youkaïda on passe toute la nuit à refaire l'histoire, à défaut d'avoir été capable de la poursuivre l'histoire (de la radio de nuit).











Ce mardi 10 mai, 1981 est très très loin, la radio de nuit aussi ! Bruno Duvic (Journal de 13h, France Inter) invite Jean Lebrun pour évoquer… la radio de nuit. Lebrun, fin historien, fait immédiatement référence au long travail de recherche de Marine Beccarelli sur le sujet (2). C'est bien pour Beccarelli, c'est bien pour l'histoire, c'est affligeant pour Inter qui pour de piètres économies a rompu avec l'ADN de France Inter, et le 24/24 inventé par Roland Dhordain en 1955 !

Si Lebrun évoque dans la retranscription de sa chronique sur la page dédiée (3) "Pas la peine de crier" (6h/7h) qui n'était pas une émission de nuit, il ne cite pas "Les passagers de la nuit" (4) qui elle, était bien une émission de nuit (23h/23h50) suivant la typologie qu'en a dressée Becarelli. La radio de nuit : 23h/5h.

La concurrence sévère de la télévision (et du magnétoscope) existait au moins depuis le début des années 80 et ce n'est pas cet état de fait qui a incité le directeur d'Inter en 2012, Philippe Val, à couper le cordon ombilical entre les noctambules et une radio qui proposait de vrais programmes de nuit, élaborés et en phase avec leur temporalité. Pour Val, une façon radicale et non-concertée de faire des économies (de bouts de chandelle) et de gommer l'idée même du 24/24 qui avait fait l'identité et les très belles heures de France Inter.

La radio publique, une fois encore, montre sa capacité aux ellipses et à se dédouaner, à bon compte, des actes qui ont participé à son affaiblissement et/ou à gommer sa singularité. Particulièrement quand on peut imaginer que le 24/24 avait été pensé comme un service… de la radio publique ! À notre tour, auditrices et auditeurs de nous lamenter !

(1) "Les passagers de la nuit", Mickaël Herz, 2022,(
(2) Prenez la peine de défiler dans la page de ce billet où j'évoque "Micros de nuit",
(3) Et pas au micro !
(4) France Culture, Thomas Baumgartner, 2009-2011,

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