jeudi 23 juin 2016

Schaeffer : ce géant !

P. Schaeffer



















À la radio, ou sur ce blog, il y a des jours particuliers ! Le même jour, je relate la sordide posture d'un paltoquet et, quelques heures plus tard, un documentaire qui, en quelques presque 60', revisite l'histoire de Pierre Schaeffer, le formidable créateur du "Studio d'essai" et du "Service de la recherche de l'ORTF" qu'un Giscard a jeté aux orties par perte et profits (1).

Dans leur documentaire, diffusé ce soir à 23h à France Culture, Stéphane Bonnefoi et Alexandre Bazin, nous donnent à entendre Schaeffer dire "Nous avions envie de faire une radio qui soit intelligente, qui soit dans la ligne de la culture, de la tradition française. Comme nous étions radio d'État… le combat de cette jeune équipe pour faire une radio française digne de ce nom [par opposition aux radios privées, ndlr] était un combat extrêmement idéologique !"

Schaeffer revient sur la genèse de la radio des PTT (Postes, Télécommunications, Téléphone) et, constate en 1935, les dix ans de retard pris par ce média balbutiant. Il est touchant d'entendre le mot "bricolage" par opposition aux radios du groupe Radio France qui, aujourd'hui, ne bricolent absolument plus rien. L'ordre et la mécanique de création sont institués, policés, enfermés "derrière" des grilles, dont la similitude avec le régime carcéral faisait sourire (jaune) Philippe Caloni.


Pierre Henry



















"Ce micro à l'entrée et ce haut-parleur à la sortie, c'était le raccord entre l'univers de la technique et l'univers des programmes, l'univers de l'homme avec sa voix, sa musique et ses pensées et l'univers de la transmission électronique." (2) Oh oh et voilà que surgit une analogie entre "cinéma" et "dinéma". Dinéma : dynamique ! La dynamique pouvant transformer la perception. 

Schaeffer : "la radio est le langage des choses et est le lieu où les choses nous parlent". Ces définitions, observées et vécues, formalisent ce qui aujourd'hui ne se pense plus. Mais plus du tout (3). La radio, l'art radiophonique, se sont banalisés, galvaudés au point de ne plus se distinguer de la masse vulgaire du "talk", celui qui a envahi et pollue les antennes ! "On a essayé de développer un art radiophonique. En voulant développer la mise en ondes, [Schaeffer] a fait un "studio d'essai" avant la lettre et on a travaillé au micro, un ton radiophonique, un ton naturel qui est celui maintenant de la radio… On a travaillé l'ABC de la radio."

"Le micro c'est le gros-plan sur le cœur". La formule est de Jacques Copeau, homme de théâtre. Elle a fait florès. Et "l'on voit bien" ceux qui, au micro, peuvent revendiquer en être et ceux qui ne sont que des bateleurs de foire (d'empoigne). Karine le Bail :"Au Club d'essai ou au Service de la recherche, Schaeffer a voulu renouveler les genres et les formats radiophoniques. De donner à tous ces corps de métier la façon dont ils pensent le métier pour faire évoluer leur propre métier. Cette dimension d'expérimentation était géniale. On sort du flux, on sort de la productivité de l'antenne, on crée un espace à côté, on a le droit de se tromper, on expérimente. C'est là qu'on peut renouveler les choses. Ce n'est certainement pas dans la contrainte du flux quotidien d'une production radiophonique !" (4)


Pierre Schaeffer


















Le documentaire de Bonnefoi et Bazin a le mérite du miroir. Et quand on s'écoute dedans on prend toute la mesure du gouffre qui nous sépare de cette création-là, cette invention-là, cet enthousiasme là, qu'un Schaeffer avait porté au plus haut. On tombe alors de l'armoire et on aura bien du mal à s'en relever !

Ça devrait pouvoir s'arranger !




(1) En 1974, la loi qui entérine la fin de l'ORTF, crée 7 sociétés distinctes de l'audiovisuel public. Le "Service de Recherches" est enterré… 
(2) Cette pensée - simple et de bon sens - devrait être dictée à tous ceux qui, aujourd'hui, arrivent au micro, la bouche en cœur, persuadés de savoir (faire) par le simple fait qu'ils croient savoir parler. Quant à penser ce serait un long débat…
(3) "On va faire venir machin, il est suffisamment connu pour faire de l'audience". Et sa version rézo zozio, quand la directrice de France Culture se félicite de l'audience de la chaine sur… Facebook !!!!!

(4) Je repense aux "Radio debout" (Place de la République, à Paris) qui étaient absolument dans cette dynamique-là !

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