De plus en plus les émissions de radio tiennent l'antenne avec des subterfuges. Des subterfuges de fond et des subterfuges de formes. La communication s'arrangeant pour envelopper tout ça dans un boulgi-goulba phénoménal. Avant d'évoquer le fond j'aimerai m'attarder sur la forme. La première forme en radio c'est la voix qui longtemps a été sanctifiée avec ce constat "elle/il a une voix de radio". Critère d'excellence aujourd'hui disparu aux oubliettes de l'Ina. "On" recrute des têtes de gondole et la voix n'est jamais une condition d'embauche. Jamais plus. Et même si la radio n'est pas encore totalement saturée d'images, ce qui compte c'est justement l'image que donne telle ou tel à la radio. Les recrutements médiatiques ont pris le pas sur les recrutements en phase avec l'essence même de la radio : les voix. Et mieux les voix multiples, singulières, typées. Depuis vingt-cinq ans (et peut-être même un peu plus) les recruteurs, lire les dirigeants, ont passé par pertes et profits cette valeur cardinale. Eux-mêmes arrivés là on ne sait pas comment ou plutôt si, on sait que ce sont surtout les effets de mode, de tendance qui ont fait se plier les décideurs à l'air du temps. Et principe universel "les temps changent" comme le chantait Bob Dylan.
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| Le Titanic… |
Les temps changent au point de changer jusqu'au fond de ce qui constitue la radio du XXIè siècle. Pour ce qui concerne la radio publique, le fond est d'abord subverti par les titres donnés aux émissions. Comme en TV ou au cinéma il faut capter l'attention de l'auditrice et de l'auditeur et donc le plus souvent possible raccourcir le temps d'antenne sur un même sujet et/ou sur une même séquence. Les matinales de France Inter ou de France Culture en sont des exemples criants. Pour garder les auditeurs … "en ligne" on a parsemé ces longues sessions de chronicroquettes à foison. Sautant - sans transition et quelquefois sans jingle - d'un conseil conso à un édito péremptoire, d'une Revue de Presse bâclée (sur Inter) à un avis tendancieux sur une tendance (futile forcément futile) du moment. Moment raccourci au quart d'heure et moins si affinités.
Mais pour pousser encore plus loin l'art du subterfuge, la farce a consisté à raccourcir toutes les séquences et, pour donner le change, les intituler avec un adjectif qui exprime le contraire du raccourci. Le champion du monde de ce raccourci est l'adjectif grand/grande qui inonde tellement de séquences de la matinale d'Inter qu'on se demande bien jusqu'où ira cette croissance en taille (1). On frisera peut-être alors les géantes/géants, les super géantes/géants ou les maxi géantes/géants qui pourront très vite être rassemblées sous le vocable XXL, déjà en usage sur France Culture (euh France, pas Franche) (2). Heureusement, quelque part, ailleurs, il reste "Mon petit France Inter" pour les petites auditrices et les petits auditeurs.
Autre subterfuge de saison, le mot Revue (de presse) qui sert d'écran de fumée quand, la dite revue, est un tout petit échantillonnage de la presse qui paraît en France chaque jour, chaque semaine, chaque mois ou chaque trimestre. Une revue… de presse se doit d'être large, de différencier le quotidien régional du quotidien national, de l'hebdo pipole de l'hebdo engagé politiquement. D'un passé radiophonique glorieux qui sanctifiait la R.P. faisons table rase. Et sombrons dans le pire que la radio ait pu produire : la revue de Presse de Marc Voinchet sur France Inter (3). Qui gâche le fond comme la forme. Un accident industriel digne de celui qui a vu, autrefois, remplacer Bouvard aux "Grosses têtes" (RTL) par Christophe Dechavane. Ce dernier finissant KO debout, seulement quatre mois après ses débuts fin 2000.
Ce fond et cette forme se télescopent mal sur Fip si les animatrices se contentent de dire l'heure ou de chercher autre chose à dire que l'auto-promo, les partenariats et annonces désincarnées. Celles qui se creusent, sortent des sentiers battus, rejouent l'école buissonnière, nous font changer d'ère (quand les airs du programme musical sont si variés), font de la forme un fond solide, écoutable et stimulant pour nos neurones. Ici sur Fip, la voix est peut-être encore un peu plus importante que sur les autres chaînes. Pourtant quelques recrutements récents ne vont pas dans ce sens.
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Si à ce tableau catastrophique on ajoute le recrutement "hasardeux" de Charles Sapin, Directeur adjoint de "Valeurs actuelles", pour l'édito politique du dimanche matin sur France Inter, on entend bien que Radio France et France Inter, en torpillant la forme vont finir par toucher le fond ! Iceberg droit devant !
(1) Dans la Grande matinale il y a "le grand entretien" (24'), "le grand reportage" (4'), " le grand portrait" (22')… Pour France Inter 4' valent 24' ou 22'… c'est mathématique ! La chroniqueuse du mardi a échappé à l'adjectif pour sa chronique "Dans la [grande] bouche de Sophia Aram". Dès la fin de la Revue de Presse de 6h15, celle de 8H45 (6') est distinguée comme "Grand format".
(2) Si l'on a pris soin d'ajouter XXL ce n'est pas par hasard. C'est, en creux, affirmer que c'est tout petit, que ce n'est qu'une fois/semaine, le vendredi midi quand, autrefois à cette heure-là, le "Panorama" c'était tous les jours. La supercherie est cousue de fil blanc. Mais ça passe crème. Crème comme l'indigence des titres en anglais le "Book club" ou "Soft power" de Richeux et Martel (les Roux et Combaluzier de la radio)
(3) Hier matin dans celle de 6h 15, il traduit l'acronyme AOP par "Appellation d'Origine Contrôlée" !!!! On aurait tendance à dire qu'il ferait mieux, lui-même, de se contrôler !
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