lundi 2 avril 2018

2 avril 1974 : 21h58, Claude Villers au micro de "Pas de panique"…

En ce qui me concerne depuis ce 2 avril-là je suis plus sensible au deux qu'au premier. Voilà l'affaire. Comme il le fait depuis septembre 1973, Claude Villers anime chaque soir "Pas de panique" une émission de deux heures sur France Inter, (20h/22h) du lundi au vendredi. Au mois d'août 73 alors qu'il prend ses vacances en Normandie, la bouchère du village au cours de sa tournée itinérante l'informe qu'il doit rappeler de toute urgence son directeur, Pierre Wiehn, à la Maison de la radio. Pour de vraies vacances Villers vit sans téléphone. Villers file à la Poste et appelle Wiehn. Ce dernier l'informe qu'il compte sur lui pour illico rentrer à Paris et préparer pour la rentrée une quotidienne avec comme comparse Patrice Blanc-Francard. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées -Villers aime la bonne chair - et repos mérité (1).



Ce mardi 2 avril 1974, l'émission a tenu ses promesses et le feuilleton "Le petit peintre viennois" (2) toujours aussi désopilant a continué à tenir en haleine les auditeurs fidèles à un Villers qui a créé un style à la radio et dont la voix sera une des images de marque de la chaîne… au temps de sa splendeur. En ce qui me concerne, ce soir-là, malgré ma fidélité à Claude Villers j'avais mieux à faire…

En studio, Villers rassemble ses notes, et en pleine désannonce on vient lui apporter une dépêche AFP "Le Président de la République, Georges Pompidou est mort…" Panique en studio, Villers sait que dans quelques secondes après sa désannonce va être diffusé un message de "La ligue contre le cancer" (3). Il n'a pas d'autre solution que de faire des signes précis à sa réalisatrice Monique Desbarbat qui, peut-être juste à ce moment-là, la tête tournée quelques secondes, laissera filer l'annonce (4). Le journal de 22h va alors, pour évoquer Georges Pompidou, enfiler les perles…

"Enfiler les perles" ? En ces temps héroïques, le soir à la Maison de la radio administrée comme… une administration, appelée méchamment "la radio d'État", (sise à Paris, XVIème) de nombreuses portes sont fermées. Pierre Lattes, l'animateur qui fait suite à Villers dans les programmes avec "Boogie" une émission de musique, court à grandes enjambées chez lui pour chercher des disques de musique classique pour remplacer sa programmation pop ! 

Mais les journalistes sont mal, les éléments de bio et ou de nécro de Pompidou sont dans le coffre du rédac'chef et le coffre est fermé à clef. On appelle Pierre Wiehn le directeur de la chaîne chez lui, pas joignable. On appelle le directeur de la radio au sein de l'ORTF, Jacques sallebert, pas joignable. Pas plus que le rédac'chef. Les journalistes s'impatientent et veulent s'en prendre au coffre. Un vigile s'interpose. L'ambiance est très tendue. Pendant ce temps Europe n°1 et RTL font le job.

Le rédac'chef finira par rentrer chez lui et rappliquer aussitôt à Inter. La nuit est bien avancée. Les journalistes vont pouvoir travailler le sujet. Il semble qu'après ce ratage il y ait eu une "jurisprudence" Pompidou. Dès lors (jusqu'avant l'arrivée du numérique), il y a toujours en régie une valise avec des disques classiques au cas où… (5)

Merci aux apprentis journalistes, journalistes et autres blogueurs qui relateraient cet épisode mémorable de bien vouloir citer leur source !

Olivier Nanteau, Claude Villers, Monique Desbarbat,
Au temps de "Pas de panique" 1975, @Radio France























(1) Blanc-Francard me confiera que la saison même pas commencée ils avaient tellement bossé pour la première émission qu'ils étaient épuisés…
(2) Un certain Adolf H.
(3) Le Président vient de mourrir d'un cancer qui le ronge depuis trois ans…

(4) De la main droite et de l'index il simule en un geste circulaire la rotation d'une bande magnétique auquel il ajoute toujours de l'index le signe "non". Ah ! ah ! vous vous dîtes "trop fort le Fañch il devait y être pour être si précis…" ben non Claude Villers m'a raconté cet "événement" mais j'avais oublié de lui demander pourquoi il n'avait pu utiliser le "micro d'ordre" (présent en studio qui permet de communiquer avec la régie, avec aussi en régie un micro d'ordre pour communiquer avec celui ou celle au micro) qui lui aurait permis d'interrompre le lancement du message. Grâce à mes petits camarades (Guy Senaux et Gilles Davidas) j'ai donc obtenu la bonne réponse à mon interrogation… absolument existentielle à ma connaissance de la radio et de sa fabrique…

(5) Quant à la discothèque rien n'aura changé à la mort de Claude François (11 mars 1978, un samedi) et pour celle d'Elvis (16 août 1977, un mardi). Pour ce dernier ce sont quelques auditeurs qui, à l'appel de Macha Béranger à l'antenne ("Allo Macha") sont venus apporter leurs 33 tours, permettant ainsi à Frantz Priollet (animateur) et Gilles Davidas (réalisateur) d'illustrer leur émission de nuitEn l'état actuel de mes sources je ne peux préciser le nom de leur émission d'été mais je porterai l'information… sourcée début juillet !

1 commentaire:

  1. Je suis né 2 jours après ce jour là. Merci Fanch de nous relater ces évènements. La conférence avec wiehn, blanc francard et villers eSt inoubliable.

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