samedi 17 octobre 2026

Camarade… affiche-toi !

Je ne lis jamais les gazouillis écrits sur les pages web de France Culture, sauf pour les pages associées aux émissions en rediffusion dans "les Nuits". Exception ce matin puisque sur Bluesky, France Culture remet en avant l'"affichage" de mai 68. Je reste passionné par les créations graphiques et particulièrement celles issues de mouvements spontanés et populaires. Depuis un mois lycéennes et lycéens nous ont donné l'occasion (fautes d'orthographe comprises) de sourire, d'avoir la rage, d'être solidaires et souvent désespérés par l'ampleur et la brutalité des forces de l'ordre. Alors qu'aujourd'hui "Gilets jeunes" et "Gilets jaunes" se rejoignent c'est l'occasion de regarder la formidable créativité individuelle de la jeunesse à laquelle s'oppose la créativité de 68 "réservée" à l'"Atelier populaire" des Beaux-Arts de Paris. J'écris "réservée" car peu d'autres créations graphiques sont restées dans les mémoires ou dans les musées.












Chloé Leprince fait bien de rappeler en intro de son papier, l'exploitation éhontée de centres commerciaux (innommables) pour avoir détourné en 2005 trois affiches de mai 1968. Puis elle détaille l'histoire : " On dit “affiches de l’Ecole des Beaux-arts” parce que c’est là, au 13 quai Malaquais, à Paris, que se trouvait l’Atelier populaire. Mais c'est impropre et au moment même de mai 68, il était d’usage d’évoquer les affiches “de l’Atelier populaire de l’ex-Ecole des Beaux-arts”. En 1968, l’Ecole des beaux arts, qui formait encore alors l'intelligentsia de l’architecture en France, avait été occupée dès le 15 mai. Certains artistes en rupture ou d'anciens élèves reviennent sur place, investissent les lieux ; des assemblées générales font le plein. C’est à la faveur de cette occupation qu'émergera l’Atelier populaire, où est né, par exemple, le fameux poing levé."

Aujourd'hui la créativité de milliers de pancartes en carton dans toute la France est le fait spontané d'individus ou de petits groupes qui pensent leur mots, détournent les slogans habituels, enfoncent le clou des évidences, cassent les "belles paroles" des politiques ou des dirigeants de l'Éducation nationale, se moquent des institutions enkystées, fustigent le mépris des autorités. Ceci avec  beaucoup d'humour et de pertinence. Moins de dessins plus de desseins.

Octobre 2026










Leprince précise : "Ce sont des gens non organisés, des gens qui sentent le moment. Qui sont évidemment des jeunes révoltés, mais pas des professionnels, pas des gens encartés. Parce que c'est triste à dire, mais c'est inouï ce que les marxistes-léninistes et les trotskistes ont été dépourvus de toute imagination. Tous les slogans les plus extraordinaires, les affiches les plus inventives - et vraiment, elles l'ont été, alors évidemment le capitalisme et la publicité s'en sont servis et c'est normal, c'est la règle du jeu - viennent de jeunes gens qui sentent un peu les choses mais pas embarrassés par un poids théorique handicapant. Et puis, après, une perméabilité à la rue, aux usines, et un apport de l'extérieur. "

Si les affiches de 68 ont été "Tirées sur du mauvais papier, elles n’avaient pas été conçues pour durer et beaucoup pariaient sur l’immédiateté de la mémoire révolutionnaire" (Leprince). C'est la même chose aujourd'hui. On ne sait pas où finissent toutes ces pancartes inventives et rageuses. À part certainement celles et ceux qui les documentent en les photographiant. On est aujourd'hui dans l'affichage "mobile" plus que dans l'affichage collé au mur et c'est ce qui sans doute rend encore plus éphémères les milliers de messages et de bons mots qui volent au vent mais dont certains finiront bien par s'imprimer dans la mémoire collective.

Affiche de mai 68.
Atelier populaire à l'École des Beaux-Arts
©Getty



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