jeudi 13 décembre 2012

Corrèze… en mémoire

C. Lecerf cousant (main gauche)












Il n'y a pas que les cloches qui résonnent dans les oreilles ou dans la mémoire. Un mot, des mots peuvent faire autant de bruit, voire créer la cadence des souvenirs au fil de la mémoire. J'avais moins de dix ans quand pour la première fois j'ai découvert la Corrèze sans autre horizon que celui du "clidou" (1) au fond du jardin de ma tante qui, une fois franchi, promettait des possibles insoupçonnés pour un jeune enfant… (2) 

Dans l'émouvant documentaire de Christine Lecerf et Jean-Claude Loiseau (2) il y un inventaire de petites choses dérisoires ou si importantes, mais tellement essentielles à la vie simple ou au bonheur quelque fois, c'est selon : L'origine, la Corrèze… "L'eau coule claire et limpide (ça s'entend), le goguillou, les foins coupés, "l'hiver ça existe pas, j'y vis pas, pour moi c'est l'été", être d'ailleurs, la Gege au café-restaurant-tabac-presse, Claude et Clémence dans leur ancienne mercerie, le sonneur de cloches, La Nicole, Yvonne, sur la route du Chambon, les robes blanches - chaussures blanches - socquettes blanches, avec la Mémé, la boîte à boutons, la vie de campagne, le pire dans un village c'est la rumeur, l'œil du village, les Bodou noirs, les pantoufles (Gévin), une blouse noire, grise ou bleu foncé, il n'y a plus rien, il y avait dix bistrots, l'hôtel-restaurant chez Petit c'est fermé, il y a le coiffeur qui reste et tient le coup, il y a la pharmacie qui souffre du manque de population, nous avions un théâtre, et depuis nous avons un désert, la Berthe et Milou, la Casinote, la Lisou (moi je pense à "La Prune"), la Françoise, Caruso, Augusta, Soraya, Renée, La Pâquerette (une vache), La Blonde (une autre vache), La Gaillarde (encore une), ramasser le foin, les grandes charrettes qu'on montait dans la grange, le Pierrot et la Marcelle je ne les ai jamais vu quitter leur ferme, Marmarloche faisait des décors somptueux sur sa voiture, je suis un dinosaure de la pêche parce que ça fait trente quatre ans que je suis président, la Mémé était toujours sur le perron pour vous dire au-revoir, vous êtes d'ici… mais je ne suis pas sûr que vous soyez d'ici, je suis une Laplaucoise mais pas de souche…"

Peut-être alors pourrait-on lire, comme ça en regardant le ciel si bleu, en suivant chaque mot avec son doigt : "Dès les premiers virages dans les gorges, on le sent, les bois de châtaigniers, la bruyère sur les talus, on sait que ça y est, ou presque… Et puis il y a la grande ligne droite à travers les champs, les maisons alignées, la place, on y est"… Laplau en Corrèze.

(1) Barrière de bois,
(2) "Ma" Corrèze à moins de 30km de Laplau,
(2) "Corrèze, l'origine", ce soir 23h, France Culture, Les Ateliers de la nuit.

mercredi 12 décembre 2012

Un vent Clément de… thésards



France Culture Plus est la toute jeune web radio des étudiants. Dont acte ! C'est pas que j'ai hésité à y aller fouiner mais quand même. Une thématique pose des limites, mais il est clair que je ne pouvais rester ignorer longtemps cette création de la France Culture. Je vous préviens je n'ai ni tout écouté, ni tout regardé, ni tout lu. J'ai picoré très modestement par rapport à mes propres repères. Et j'ai commencé par aller écouter la Radio Thésards de David Christoffel que j'écoute tous les matins sur France Musique, pour son ton, son approche de la musique et ses clins d'œil qui dérident l'austérité de certains de ses sujets. (Pourquoi chaque sujet de cette section n'est-il pas exportable sur un blog, comme c'est le cas pour les émissions de flux ?)

Sont publiés depuis la création de France Culture Plus cinq sujets très sérieux : D'accord, Le dégoût, L'enivrement, L'art belge et Le vent du Clément Barniaudy. Avec deux liens Soundcloud, Christoffel s'entretient avec Clément pendant un petit quart d'heure. Même si ces vents croisent plus au sud de ma Bretagne, j'ai trouvé la démarche de Barniaudy intéressante. Et en lien avec mon billet d'hier je dirai que la conversation permet de donner à un sujet très pointu une entrée plus facile que si Barniaudy avait du faire un monologue de présentation de sa thèse. Cette pastille trouverait bien sa place dans un programme de flux. En ponctuation d'une émission telle que "La fabrique de l'Histoire", "Continent science", … (1) avec dans certains cas la possibilité de raccourcir ou d'allonger le format. Qui va s'occuper dans cette web-radio de faire les "ponts" avec les émissions de radio ?

On le voit, ce qui vient d'être créé pour les étudiants pourrait trouver une extension/duplication sur la chaîne-mère (ça nous change de la reine du même nom), et ce que j'appelle régulièrement de mes vœux, la création/diffusion de "pastilles" légères tout au long de la journée pour casser le rythme trop formaté de l'heure juste. Pourquoi ce qu'il est possible de faire sur le web ne serait pas possible en flux (et/ou sur le futur site de France Culture, rénové) ? Cette idée d'aller chercher à sa guise, à son heure et à sa façon des informations sonores sur France Culture Plus pourrait aussi être induite par une démonstration permanente sur la chaîne avec des rendez-vous réguliers tout au long de la journée dans l'esprit par exemple des Dépêches-notes de France Musique. 

D'avoir inventé cette chaîne en partenariat avec des universités et les radio-campus très bien, mais va t-on assister à la multiplication de web-radios thématiques (une France Culture Monde serait prévu) ? Dans ce cas pourquoi France Culture ne se positionne t-elle pas pour initier une Radio-Archive accessible par le web en collaboration avec l'Ina et les bibliothèques sonores ?

Je reviendrai dans quelques semaines sur cette web radio dont j'ai encore besoin d'approfondir et de comprendre la pertinence de la "thématique" choisie et du "Plus". Merci aux responsables qui liront ce billet de ne pas hésiter à répondre en commentaire aux questions que je me pose.

(1) Sur France Culture, du lundi au vendredi.

mardi 11 décembre 2012

Le son… et après







Il y a plusieurs jours maintenant Syntone - grand timonier de l'art radiophonique - rappelait à ceux qui l'auraient oublié, que la bonne maison d'Arles, Phonurgia Nova, organisait sa sélection annuelle de créations sonores, in Panam' à la Gaïté Lyrique, les 8 et 9 décembre. Quelques jours après cette annonce, entretenant à merveille le suspens, le même nous apprenait qu'il ferait partie du jury. Quel honneur pour la bonne maison et pour ceux qui concouraient !

Dimanche, en fin de journée, le fameux juré nous annonçait les résultats, nous prévenant que les docs seraient en écoute ce lundi sur le site de Libération. Wait and listen ! Ce temps d'attente insupportable, je le mis à profit pour réfléchir à la réception du son par un autre support que la radio. Et comme disait Prévert "Je suis comme je suis je suis fait comme ça" car, si pour moi c'est une évidence d'écouter la radio, je ne vais pas "naturellement" écouter des sons et/ou des documentaires sonores hors radio. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il faut que je me force, mais j'ai toujours l'impression qu'à cette écoute-là il (me) "manque quelque chose". La radio met en scène, contextualise, introduit un document sonore et, la personne qui s'en charge, a une fonction très importante tant ce médiateur-là personnalise l'écoute (1). Si la complicité opère avec ce médiateur on a envie de se laisser guider par ses choix particulièrement parce que fidèle à un rendez-vous on se sera rendu disponible pour écouter (2).

Je peux facilement écouter sur CD ou MP3 un documentaire dont je sais qu'il a été diffusé en radio. Mais là encore j'aime bien pouvoir, quand c'est possible, entendre les conditions dans lesquels ce documentaire a été diffusé. Un exemple récent : le documentaire sur "La Roquette" peut tout a fait être réécouté en tant que tel, mais je trouverai dommage de "louper" l'introduction qu'Emmanuel Laurentin en a fait, particulièrement puisque ce jour-là il n'a pas manqué de citer - en une drôle de litanie - tous les personnages ayant participé au reportage. C'est un détail, c'est une anecdote mais c'est ma façon d'être écouteur de radio.

Ceci étant je ne vais pas manquer d'aller écouter les créations primées. Vous pourrez les trouver sur le site Phonurgia Nova qui vous renverra ensuite vers les sites de Libération, L'humanité et Syntone tous trois commentant l'affaire à leur façon. (Personnellement je ne lirai rien avant d'avoir écouté).

Voilà mes chers auditeurs, je vous ai fait part de ma pratique personnelle qui ne demande qu'à évoluer. C'est la raison pour laquelle je suis à l'écoute du grand Timonier cité, de Jacques Depierreux (commentateur assidu de ce blog), d'Arte radio et, dès que j'en aurai le temps, de France Culture Plus et, entre autre, l'objet qu'anime David Christoffel avec ses "Thésards"… Mais dites-moi vous, vous les écoutez comment les "sons" hors radio ?
(à suivre)

(1) Lire ici,
(2) Ce fût mon cas avec Alain Veinstein et ses "Nuits Magnétiques" et autres "Surpris par la nuit" comme avec Thomas Baumgartner pour ses "Passagers de la nuit", pour ne citer que deux producteurs de France Culture.

lundi 10 décembre 2012

Florilège…




Pour tenter de réaliser ce blog quotidien j'ai mis au point la petite mécanique du blogueur… Celle-ci ne peut fonctionner que si, en retour, j'ai quelques commentaires et visites stimulantes (1). Toutefois je m'interroge chaque jour en me demandant pourquoi tel ou tel billet est plus ou moins lu ? Qu'est-ce qui peut bien donner envie de lire ? Le titre ? Le sujet ? Pourquoi un sujet "original" accroche moins ou pourquoi tout d'un coup Claude Villers tient la corde ? Je rêve quelquefois que quelques lecteurs reprennent le blog à ses origines et "avalent" la bagatelle de cinq cent trente sept billets. Mais bon "Ya pas que la radio dans la vie !"…

Alors mes chers auditeurs je vous ai mis de côté quelques petites choses un peu passées "inaperçues". Ça puis ça et encore ça ! Et puis, s'il vous reste un peu de temps, ceci et pour finir cela. J'en profite pour remercier tout ceux qui fidèlement me lisent chaque jour ou de temps en temps. Vive la radio !

(1) Vraiment sympa par exemple de lire sur Twitter :"Tellement captivantes, les digressions radiophoniques de Fanch, qu'on en oublie d'écouter la radio..." (Euh, mon objectif c'est quand même de donner envie d'écouter la radio ;-))

dimanche 9 décembre 2012

Simonetta…












Simonetta est sur la grève, au couchant, la mer d'huile est étale. Elle se baisse, prend dans sa main une poignée de sable sec et la lance au plus haut qu'elle peut. Les éclats de mica brillent, scintillent et retombent lentement devant elle. Ce sont des mots, des gestes, des lieux, des prénoms qu'elle a lancés sur sa feuille blanche et, que d'un doigt habile, elle va disposer, page après page, pour en faire un roman. Voilà l'univers de Simonetta Greggio qui, pour écrire, superpose des trames, en décale quelques-unes, en rajoute ou, d'un geste sec et définitif, en écarte d'autres…

Depuis le 5 octobre, à l'invitation d'Alain Veinstein, j'ai pris la direction de cette grève et n'ai pu m'empêcher de faire durer le voyage…  Il a remué - des années 70 aux années 2000 - tellement de situations vécues, de sentiments effleurés, de lieux "symboliques" qu'il fut tout "simplement" magique. Simonetta Greggio a si bien tout "installé" qu'à la fois on s'y perd comme on s'y retrouve toujours. Inlassablement avec quelque chose qui palpite (trop) fort au fond de soi. Comme si le cœur (de l'histoire) prenait tant de place qu'il en battait trop la chamade.

Simonetta Greggio sait si bien nous faire circuler dans les plis de son récit qu'on finirait par aimer les labyrinthes. Ses plis les plus indicibles comme les plus criants ou les plus désolants. Derrière quelques-uns par pudeur elle se cache. Dans d'autres, espiègle, joueuse et amoureuse elle s'affiche. Tellement présente, même si ce roman n'est pas autobiographique.

Elle tisse ses histoires parallèles en ayant l'air de nous dire amusée "Pas si simple". Mais de ces histoires-là je ne veux rien révéler. Rien. J'aurais pu lire son roman en un seul dimanche. J'ai préféré finir ce matin en douceur. À pas de loup même… En freinant le plus possible. Et, pieds nus, dans le sable de grève j'ai écrit : "L'homme jouit du bonheur qu'il ressent, et la femme de celui qu'elle procure" (1). Cela s'applique comme un gant à Simonetta Greggio. Refermé le livre il faut un certain temps pour revenir à la vie… Comme quoi la radio et le livre peuvent être bouleversants ! (2)

(1) Cité par Simonetta Greggio in "L'homme qui aimait ma femme" (Stock). Citation extraite des Liaisons dangereuses (Pierre Choderlos de Laclos). 
(2) Écouter ici aussi !

Un dimanche de papier…








C'est dimanche, vous avez le choix : écouter en boucle Charles Trenet "Les enfants s'ennuient le dimanche", Juliette Greco "Je hais les dimanches" ou, savourer à la lumière d'un soir d'hiver le n°4 de France Culture Papiers (novembre 2012) et opportunément commencer par la page 162. "Fichu dimanche" (1) qui reprend quelques témoignages vécus. J'aime bien celui de Corine Miret. "J'ai retrouvé, c'est vrai, ces derniers temps, le goût des dimanches où on ne fait rien : se promener comme tous les gens ou rester à la maison. Ça me rappelle les dimanches en province et ce n'est pas désagréable, je vous assure ! Avoir conscience que le temps passe, c'est à dire ne pas être absorbé par l'ordinateur : marcher, rester allongé au lit et observer la lumière changer. Suivre ses pensées, les laisser venir."

Alors ce dimanche, pour suivre mes pensées, je suis entré dans ces Papiers par la transversale de Marie-Hélène Fraïssé, productrice de "Tout un monde" (2). Celle-ci nous raconte son voyage en Alaska qui donne lieu, tout ce mois de décembre, à la diffusion sur la chaîne de quatre épisodes de son aventure. Marie-Hélène Fraïssé en profite pour joindre à son propos l'interview de Rick Halford, "ex sénateur républicain de l'Alaska (ex membre à part entière du lobby minier et pétrolier de cet Ètat), qui entame un combat contre un projet minier au nom de la protection des saumons sauvages". Bonne pêche Marie-Hélène ! Mais en toile de fond de ses documentaires la recherche incessante de la productrice autour des Amérindiens.

La revue est toujours aussi belle et agréable à lire. C'est une revue idéale pour le dimanche, pour tout fermer autour et se laisser guider par les mots et les images du papier(3).

Lire aussi le papier ci-dessus "Simonetta"…

(1) Un documentaire d'Amaury Chardeau et Christine Diger ! Bigre mais de quelle époque ? À venir, en diffusion sur la chaîne ou déjà diffusé ? Je me renseigne…
(2) France Culture, le mardi 15-16h,
(3) En se gardant bien, en fin de journée, d'ouvrir la radio avec l'insupportable émission "Les retours du dimanche" (France Culture) dont rien que le titre donne un cafard monstre et dont le contenu nous rappelle que l'actualité est beaucoup trop omniprésente sur la chaîne.

samedi 8 décembre 2012

Florange en rage…





Une fois n'est pas coutume ! Mes chers auditeurs, contre toute attente, j'ai écouté hier matin la matinale de France Inter, enfin je n'ai pas écouté toute la matinale, j'ai écouté les deux sessions d'invités. Avant hier, j'apprenais qu'une radio publique serait en direct de Florange vendredi matin. J'étais persuadé que ce serait France Culture - la chaîne d'information - qui y installerait ses "24 heures". Pensez "une révolution en devenir" + "un personnage mondial Lakshmi Mittal" + "de l'art : des cathédrales de hauts-fourneaux" + "des hommes marqués au fer qui témoignent"… Tous les ingrédients pour déplacer la chaîne sur ce "coup" là ! 

Et ben non, c'est France Inter qui, plus humblement, a déplacé son 7/9 à Florange. J'écris humblement car Patrick Cohen a su la "jouer" sans emphase, sans surjouer de son statut de journaliste-star. D'ailleurs Édouard Martindélégué CFDT d'Arcelor-Mittal à Florange, lui a donné du "Monsieur", quand Cohen n'a pas été assez précis sur les entreprises de la vallée de la Fensch. J'ai cherché d'autres documents audio et n'en ai pas trouvé. (Faites signe si vous savez où en trouver).

"Lorraine Cœur d'Acier" nous manque. C'est rien d'entendre les infos (quelles qu'elles soient) qui s'effacent les unes derrière les autres et qui s'oublient. Ce qu'il faudrait c'est entendre la vie qui va autour. Une vie qui ne bat pas au rythme des médias mais se tourmente, s'angoisse ou se désespère et, pour qui, la fin de l'année aura un goût si amer qu'il sera en complet décalage avec les artifices de Noël.

Il est bien fini le temps des Abbé Pierre, Pierre Bellemare (1), et autres grands mouvements de solidarité nationale initiés par la radio. Il nous faudrait une B.D. de l'urgence par Baru (2). Il nous faudrait entendre la parole ouvrière étouffée par la pression permanente du consumérisme outrancier, par la surexposition du divertissement perpétuel, par la sur-valorisation de l'individu et sa mise en scène continuelle au mépris du collectif.

Au moins Lavilliers incitait à visiter "la plage aux De Wendel…". Et ce 27 décembre Edouard Martin écrit à François Hollande.

(1) "Vous êtes formidable" sur Europe 1,
(2) J'ai pas le cœur à mettre en image l'affiche du festival du film italien de Villerupt en 2009 avec des hauts-fourneaux en arrière plan,

• 11 avril 2013, le reportage de Marion L'Hour ici, et le reportage de France Bleu Lorraine Nord