Un feuilleton d'été en 24 épisodes, du mardi au vendredi
par Gérard Coudert
24. Et maintenant ?
Au terme de ce "feuilleton" sur les radios régionales du service public, on aimerait conclure… On aimerait aussi ne pas avoir à conclure, préférant espérer pour l'avenir l'émergence d'une vraie dynamique régionale où l'on ne se contenterait pas de multiplier les stations locales du service public. Quoique, à bien y regarder, avec les 44 locales actuelles de France Bleu, on soit encore loin du compte et des objectifs envisagés dans le passé (1)…
Ne soyons pas injustes : le réseau des locales publiques a le mérite d'exister ; mais l'on se prend à souhaiter parfois qu'il retrouve un peu du brillant, de l'originalité et de l'éclectisme qu'il connût à ses débuts, tant au cours des années 30 que lors des années 80. Qu'il retrouve aussi de cette audace qui lui permettait naguère d'offrir documentaires élaborés et fictions : c'était la mission des Ateliers de Création Radiophoniques Décentralisés (2). Consacrées à la production et à l'expression des auteurs, musiciens, comédiens et artistes régionaux, ces structures étaient devenues peu à peu le deuxième
pôle de création de Radio France, après France Culture. Leur anémie actuelle ne manque pas d'inquiéter.
On s'interroge ! Depuis une quinzaine d'années, ce réseau pensé pour refléter la diversité culturelle et géographique de la France, tend obstinément à produire une seule et même radio au programme articulé sur une grille de plus en plus uniforme. Muni d'un récepteur RDS (3) calé sur la fréquence de France Bleu, le voyageur ne se rend même plus compte qu'il passe du Berry en Limousin ou de Picardie en Normandie… Plus fort encore : avec un rien de malchance il entendra plusieurs fois en quelques heures les mêmes musiques et les mêmes chroniques. On devrait se méfier : les sirènes de la recentralisation sont aussi séduisantes que celle de la privatisation pour certains de nos gouvernants ; il suffirait de peu pour que sous couvert d'économie et de redéploiement des moyens, on se retrouve un beau matin avec un programme "décentralisé" unique, émaillé de quelques décrochages pour l'information locale !
Impossible diront certains ! Pourtant, la fermeture récente des micro-locales (4) de Tulle, du Havre, d'Evreux, de la Roche-sur-Yon, de Toulon, ou la situation incertaine des FIP régionaux, ont de quoi faire réfléchir. L'histoire de la radiodiffusion française dont nous avons tenté de nourrir ces chroniques, est là pour nous rappeler l'inconstance du politique… "Ainsi avait-on vu, pendant le tiers de siècle qui courut de la Libération à 1982, les radios régionales et locales, auparavant si vivantes, disparaître pour la plupart ou se rabougrir."(5)
Mais à Grenoble alors ? A Grenoble où nous établissions notre point de vue ? Le poste de la Radiodiffusion des Alpes est aujourd'hui France Bleu Isère où pour se souvenir du passé on expose encore la cloche des origines en racontant au visiteur une belle histoire…
La bibliographie est ici.
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Si vous avez manqué le début…
(1) Claude Lemoine à FR3 évoquait 70 stations en 1978 ; en 1980 on parlait d'une radio par département…
(2) Créés en 1985 par Jean-Noël Jeanneney et Didier Béraud, au nombre de 4, à Bordeaux, Nice, Strasbourg et Nantes,
(3) Radio Data System qui permet notamment l'écoute en continu d'une station (ou d'un réseau) quel que soit le lieu où l'on se trouve,
(4) Petites stations rattachées à une "locale mère" avec une équipe réduite assurant un court programme en décrochage,
(5) Jean-Noël Jeanneney, Echec à Panurge. Paris : Seuil, 1986. Page 15.
© Gérard Coudert/Radio Fañch





