vendredi 21 février 2025

Radio France, 2015-2025 : dix ans de sape méthodique…

La très grande force des managères (de moins de cinquante ans) est de trouver les subterfuges pour, à Radio France, faire passer la pilule du dégraissage, de la diminution des moyens et tenter des économies de bout de chandelle… Pour casser méthodiquement la chaîne de production (ici la production radiophonique) et de continuer à empiler sans relâche armée mexicaine de cadres sur armée mexicaine de cadres. Le public, lui, voit et entend ce qui sort de la vitrine (et ça lui suffit). La vitrine ? La belle et imposante Maison de la radio. Un grand magasin somptueux. Aux étages, dans les couloirs, les bureaux de ce grand magasin on serre fermement la vis, on réduit les équipes de réalisation, on invente de nouveaux métiers comme les shampoings deux en un (opérateur de son + réalisateur), on coupe de façon drastique dans les heures de programme et on rediffuse à tout va le jour-même. On détemporalise au maximum de façon à ce qu'à 4 heures du matin on imagine écouter un programme "de nuit" quand c'est une rediff' de l'après-midi. En dix ans les grandes manœuvres de la casse du service public radiophonique sont en boucle. Au risque de désespérer Billancourt, le personnel et un jour ou l'autre les auditeurs !
















Une vitrine pour le gouvernement et autres politiques
Les politiques de tous bords savent qu'ils ont table ouverte dans les matinales de la radio publique (et surtout sur France Inter). Ils ont trouvé, là, la meilleure chambre d'écho et conclu le deal du siècle. La radio y fait ses meilleures audiences, elle participe à la propagande et à la com' politique, en retour, les politiques (pas tous et pas le Rassemblement national) ont tout intérêt à ce que le service public radio continue d'exister ad vitam aeternam

Qui peut supporter chaque matin, ad nauseam, les propos rabâchés, les éléments de langage, les punchlines à deux balles en boucle. Ces matinales enrobées avec une p'tite chronique musique, un humoriste, un éditorial superfétatoire, une chronique éco tendance et un tambour-major qui enfile le tout comme d'autres enfilent les perles. Deux heures anxiogènes tous les matins du lundi au dimanche. Mais grâce à ça la radio et Radio france peuvent plastronner, France Inter est la première radio de France !

Une vitrine pour les auditeurs
Auditrices et auditeurs de la radio publique ont les yeux - et les oreilles surtout - de Chimène. Ils se prosternent devant les podcasts de Philippe Collin, les roucoulades de Léa Salamé, les Odyssées de Laure Grandbesançon, les postures de Guillaume Erner et sont pliés de rire à l'écoute des humoristes  (les drôles, comme les pas drôles du tout, voir les pathétiques chroniques). Tout ça ça fait du chiffre et c'est bon pour l'image de marque de Radio France. C'est bon pour calmer les assauts de la Cour des Comptes. C'est presque bon pour que Bercy ne taille pas encore plus dans le budget de Radio France. Cette mécanique du chiffre, imparable et perverse, en dit long de l'évolution de ce service public, contraint et forcé aux résultats "à tout prix", au prix même de privilégier la forme sur le fond !

Maison de la radio : en construction ou en démolition ?















Dans l'arrière boutique c'est une autre chanson
Son chef de rayon, Laurent Frisch (Directeur du numérique et de la stratégie de l'innovation) s'applique méthodiquement et scrupuleusement depuis dix ans à faire muter la radio en audio avec un hochet en or massif : le podcast. Meilleur faux-nez pour faire croire à la poursuite de la création radiophonique tout en, pour la radio de flux, : 
  • cassant la chaîne de fabrication (producteur, réalisateur, opérateur du son), 
  • clonant des moutons à cinq pattes (le technicien du son mutant petit à petit en Technicien Chargé de Réalisation -TCR), 
  • imposant aux animatrices de Fip de se mettre en ondes elle-mêmes (plus personne en régie très prochainement), 
  • bridant la créativité des équipes en région pour l'élaboration de podcasts ("Partir") sur le thème du tourisme et du patrimoine local,
  • suggérant des voix générées par une IA dans la future collection de podcasts "Partir", 

Un management "subtil"
Finies les années 90 et les brutalités assumées donnant lieu à des suicides. Les nouveaux managères (de moins de cinquante ans) s'emploient à faire passer la pilule des contraintes budgétaires suggérées par la Cour des Comptes et imposées par Bercy. Avec une méthode éprouvée et radicale : de la com', de la com' et de la com'. En 2015, pour ces nouveaux prophètes, la radio a vécu, il est temps de passer à autre chose. De plus agile (dixit Mathieu Gallet, Pdg de Radio France 2014-2018), de plus numérique, de plus audio (Sibyle Veil, Pédégère depuis 2018). En clair casser "la forteresse radiophonique" (1) et diminuer drastiquement la masse salariale.

Ces nouveaux héros de la révolution (numérique) vont donc redoubler de zèle s'employant à créer un nouveau modèle audio sur les "ruines" de la radio. Du passé faisons table rase. Tout est bon pour, de façon sournoise et tragique, arriver à leurs fins. Depuis dix ans la mécanique redoutable tourne à plein régime et le personnel est invité lui aussi à muter en rejoignant les équipes du numérique. Bienvenue dans la jungle ! Tout pour le numérique rien que pour le numérique. Quelques petits rigolos et autres rigolotes se haussent du col en parlant de digital (2).












Création radiophonique vs IA
Jacques Santamaria, ancien Directeur de France Inter (1996-1999) et créateur des Ateliers de Création Radiophoniques Décentralisés (3) au milieu des années 80, rattachés aux locales de Radio France, qui ont produit des centaines de documentaires, pourrait tomber de l'armoire en apprenant que la Direction du Numérique (à Paris, forcément à Paris) pourrait "adjoindre des voix générées par une IA dans la future collection de podcasts "Partir". L'idée serait d'utiliser un robot pour compléter les propos de l’animateur afin de guider l’auditeur" (4). C'est un début et une triste fin pour l'intelligence humaine. C'est un test grandeur nature. Ce sera à qui le tour  après cet essai ?

Des auditrices et des auditeurs pour quoi faire ?
Pour auditer ! Se distraire, s'informer, se cultiver. Mais comment ne pas voir (ou entendre) ce qui se joue autour, se qui se joue derrière l'écran de fumée de la diffusion. Peut-on, doit-on juste être des consommateurs sonores ? Ne doit-on pas s'interroger de pratiques qui, tôt ou tard, en auront fini avec la fabrique de la radio, les équipes de réalisation ou quand il n'y aura plus personne derrière la vitre pour être accompagné-e et soutenu-e au micro ?

Kriss : “La réalisatrice [Michèle Bedos, ndlr] me regarde, elle a tout entre les mains, si elle se trompe, l'émission bégaie (...) Jusque là on a tout prévu ensemble. Maintenant, on joue chacune d'un côté de la vitre. Question de confiance.” (in "La sagesse d'une femme de radio", Jean-Claude Béhar Éditions, 2006)

Ajout du 25 février 2025
La conclusion du communiqué du SNJ Radio France sur l'IA : "La vérification, la rigueur dans l’analyse des informations, la mise en forme, la transmission à un public d’humains… doit rester une affaire d’humains, de femmes et d’hommes, pas de machines."

À suivre…

« L’un des services essentiels » : près de 2 000 élus cosignent une tribune sur l’audiovisuel public… 

(1) Comme il y a eu "La forteresse ouvrière" à la régie Renault, année 60 à 80,
(2) Comme le roi du "soft-power" à Radio France, Frédéric Martel,
(3) Aujourd'hui appelés "Studios de création", ils sont au nombre de 4 dans les régions, Grand Ouest, Grand Est, Sud-Ouest et
(4) Motion ICI, février 2025,

Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.

lundi 17 février 2025

Comment cuisiner ses racines : Renée Elkaim-Bollinger (De bouche à oreille)…

"Cuisiner ses racines c'est savourer une langue inconnue" voilà comment Renée Elkaim-Bollinger introduit (il y a dix-huit ans déjà) cet épisode "De bouche à oreille" (quel titre !)… Deuxième et dernière émission d'une série sur la recherche de ses racines à travers la cuisine, que "Les nuits de France Culture", produites par Albane Penaranda, nous a donné à réécouter le 11 février dernier. Quel régal ! Quelles saveurs que Viviane Chocas nous donne à goûter (1). Sur le bout de la langue comme sur le bout du… hongrois.

Galouchka










Alors, en pleine nuit, on se croirait à midi les dimanches d'autrefois. C'est la magie des "Nuits de France Culture" qui jouent en permanence avec notre mémoire et nous trimballent du passé au présent et retour. Retrouver Renée Elkaïm-Bollinger c'est se rappeler tous ces dimanches où avant de passer à table nous écoutions religieusement cette jolie demie-heure dédiée au palais. Une demie-heure ronde et joyeuse. Où l'on y entre et où sans avoir encore rien avalé on se lèche déjà les babines.

Viviane Chocas joue avec la musique de la langue et ses "voyelles-paprika" comme ses consonnes "galouchka". Mais aussi qu'y a-t-il dans la langue, que cache-t-elle Avec ses accents graves au goût de noix, ou ses accents aigus à l'amertume du concombre ? Cette "fée" Viviane de sa belle voix nous transporte en cuisine et on se demande si on ne préfère pas l'écouter plutôt que de goûter, tant elle tourne si bien sa langue dans sa bouche. Sa langue française comme, fille d'émigrés hongrois, la hongroise qu'elle a apprise.

"Ça me prend en ventre, je mange rouge et, au-dessus du pubis, je sens mes veines, ma peau, mes muscles qui se resserrent en bourse. Mon vagin palpite, quelque chose se creuse, je mange rouge et je ne peux empêcher mes paupières de se fermer sur ces bouchées pesantes, quand les graisses s’étiolent en quelques tours de langue pour laisser ronronner la saveurs, du fruit, de la farine et du saindoux. Je mange rouge et ce sont les syllabes, les mots que je broie, je les tords, je les masse, je les mâche et je les macère, je les étouffe et je les libère, je mange rouge et je n’ai plus à parler à guetter les signes et les vocables, leur transparence. Je mange rouge et je ne suis plus qu’une langue orange, rappeuse, une langue fine, déliée, amoureuse, une langue chantante et doucereuse, une langue vivante et déjà tout mon palais se couvre de poudre rouge." (1)

(1) Quelques extraits de son livre "Bazar Magyar" (éd. Héloïse d' Ormesson, 2006) sont lus au cours de l'émission,

Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.

mardi 11 février 2025

Tourner le bouton… Tourner les talons !

Il vous arrive sûrement comme moi d'être déçu par une émission (son contenu, ses propos) et de passer à autre chose. J'aurais jamais cru qu'un jour je puisse être déçu de Fip. Non pas de la programmation musicale qui réserve encore de belles surprises mais par le ton de certaines animatrices dont je ne suis pas sûr qu'elles aient pris conscience du lieu d'où elles parlent.

Volontairement j'affiche ce logo
qui symbolise un Fip incarné











Et quand ce ton frise une certaine vulgarité (parole débridée) ou l'expédition par-dessus la jambe d'un message on a de quoi être abasourdi. On est ni sur Nova ni sur Fun. C'était pourtant le cas dimanche matin aux aurores. Quand le décalage du ton et du fond (la musique) est trop grand on lâche l'affaire. Est-ce que par hasard le contenu des messages (outre la super auto-promo) serait devenu accessoire, dérisoire et presque plus du tout utile ?

Faut-il rappeler que l'idée de Fip à sa genèse, en 1971, est de proposer une radio dévolue aux services (radio-guidage, culture, courtes infos) ? Et qu'il y a donc une attention (et une intention) à porter à ce qui se dit et sur la façon de le dire. Gaffe à trop se "moquer" du message une intelligence artificielle pourrait très vite, aussi bien, faire le job ! Quand l'intelligence personnelle de tant d'animatrices ont su capter l'attention de l'auditeur et surtout lui donner envie d'être réceptif pendant leur temps d'écoute à ce qui se dit.

Un message sur Fip ne peut être traité par-dessus la jambe pas plus qu'il ne peut être prononcé de façon vulgaire ou dans une forme triviale de conversation entre potes. Capter l'écoute c'est DONNER DU SENS. C'est incarner ce qu'on dit et ce qu'on a cherché à rendre vivant, drôle, réfléchi voire poétique. Car c'est l'ensemble de ces petits messages qui de 7h à 19h font leur petite musique de jour en symbiose avec le programme musical.

À bon écouteur, salut !

Dans le premier lien proposé s'expriment Dominique AndrieuxJane VillenetSimone HeraultIsabelle Dutilh Lafrance… Dans le second, on entendra Garretto et Codou et Elisabeth et Marie-Martine. Codou évoquant Agathe Mella, ex-directrice d'Inter et future de France Culture ! Vous aurez noté que cet été là 1971, France Inter basculera en France Inter Vacances avec les animatrices de Fip !!!! D'une pierre deux coups : France Inter va disposer d'une programmation originale et avec effet retard super promotion pour Fip 514 ! Précision ultime du 2è lien : c'est yann Paranthoën en cabine !

Ce billet a été écrit sans avoir recours à l'I.A.

lundi 10 février 2025

De l'identité des radios de service public…

J'ai une pensée pour Roland Dhordain (1924-2010). En 1962, le gouvernement le charge de la réforme de la radio au sein de la Radio Télévision Française (RTF). En novembre 1963, à quelques jours de l'inauguration de la Maison de la radio (Quai de Passy, Paris XVIè) par le Général de Gaulle, Il propose de nouveaux noms aux trois chaînes publiques de radio. Paris-Inter deviendra France-Inter (avec le trait d'union) et les deux autres chaînes France-Musique et France-Culture. Puis directeur de France Inter de 1963 à 1967. Ces trois noms, soixante-deux après, existent toujours. Pour les autres chaînes leur nom précédé de France a du plomb dans l'aile.


En 1971, la création de France Inter Paris, prendra très vite le nom de FIP.  En 1987, France Info. Puis en 2001 à la faveur du Plan Bleu les locales de Radio France disséminées sur tout le territoire prendront le préfixe France Bleu auquel s'ajoutera le nom local. L'exception viendra de la station nationale décentralisée à Toulouse créée en 1997, Le Mouv', (devenue depuis 2015 Mouv') Sans doute que France Mouv' n'était pas assez tendance pour la jeunesse qu'elle voulait capter.


 




Tout ça c'était avant le drame. Quelques esprits futés (et avec un tombereau d'arrières-pensées) décident dans une pré-fusion (?) des audiovisuels publics, d'assembler France Bleu et France 3 et d'appeler le nouveau duo ICI. France-ICI (Franc Sissi) ça collait pas trop. Pourtant juste avant l'arrivée de Mathieu Gallet, le nouveau Pdg de Radio France (2014-2018), Jean-Luc Hees (Pdg 2007-2014) avait réussi à harmoniser les 7 logos des 7 chaînes de Radio France. Mouv' puis France Info se pareront d'une identité visuelle qui ne rappelle en rien leur appartenance à Radio France. Faire et défaire !!!!!







Alors, dans cette débandade généralisée, je suggère que France Inter s'appelle LÀ. Slogan : Tout est LÀ ! France Culture Cult'. Quant à France Musique LaSol sonnerait assez bien ou pourquoi pas RéMi. Sympa Rémi, comme un copain ! France Info 1Fo. L'ensemble donnant : nos radios Cult', ICI, FIP & Rémi, Là, 1Fo… Y'a que pour Mouv' que ça fait tâche (voir logo). Puis comme ça, ça n'aurait plus aucun rapport avec Radio France dès fois que dans la fusion… la Société Radio France (qui n'est pas un Groupe) se renomme Audio France et que les noms ci-dessus deviennent des onglets sur la plateforme. Logique -(


Dhordain dont l'intelligence n'était pas artificielle avait eu la bonne intuition, avant même que Radio France n'existe, d'avoir trouvé des noms dont on pouvait penser qu'ils dureraient un siècle et plus… si affinités. C'était sans compter sur les débaptiseurs/rebaptiseurs au mépris de l'histoire et surtout au mépris de la mémoire collective.


Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.

mercredi 5 février 2025

Catherine Soullard : Portefeuille, s'il vous plaît !

Après tant d'années, c'est aussi important d'entendre l'amorce de la voix d'une productrice, d'un producteur, avant même de découvrir ce qu'ils vont nous raconter. On voudrait vraiment que cette amorce reste quelques minutes en suspension, pour mieux encore se préparer à passer un bon moment. En complicité. Comme si on était entre chien et loup, pas tout à fait intime, pas tout à fait étranger. Un moment sur le fil. Cette nuit c'était Catherine Soullard qui, dans une Nuit Magnétique de 1999, s'était mis en tête, et en mots, de scruter le contenu de portefeuilles. Quelle belle idée ! Portefeuille sensuel recelant l'intime d'une photo, d'un mot doux, d'une carte de visite, d'un billet d'un pays étranger, la plume d'un oiseau ou un coquillage. Catherine sait avec tact et subtilité faire parler ses invités de cet intime-là ! Comme les secrets qu'on découvre au fond d'un tiroir ou d'un nid.









Oui quel plaisir de découvrir, devant un objet (obsolète, le smartphone aujourd'hui contient tellement de choses), son contenu surtout si l'on n'est pas propriétaire dudit objet. Et là Catherine Soullard est à son affaire. Particulièrement avec Jane Birkin qui n'en finit plus de vider son portefeuille qui ressemble plus à un sac tant il contient de choses précieuses et futiles. Tous les intervenants jouent le jeu et l'on s'immisce dans leur intimité et/ou leurs secrets. Soullard créé un moment précieux et délicat. On est un peu comme à la maison ou chez un ami. Le temps passe vite et on se surprend à la réécoute immédiate des fois qu'au fond d'un portefeuille il soit resté quelque chose d'inattendu.

Avec Cécile Barthélemy (journaliste et écrivain), Jane Birkin (actrice, chanteuse, scénariste et réalisatrice), Maurice Meuleau (historien et écrivain), Jean Reznikoff, Franck Venaille (écrivain) et André Vers (écrivain).

Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.

mardi 4 février 2025

France Culture : Paysages de l'aube… un temps de calme et de sagesse !

S'il n'y avait eu cette belle nuit étoilée des "40 ans des Nuits" de France Culture j'aurai publié ce billet hier. Car une fois de plus les Nuits magnétiques (du 16 au 19 octobre 1990) nous ont complètement scotché au poste tant les évocations de l'aube avaient de quoi satisfaire tous nos imaginaires. De la pointe du jour sur les bords d'un étang jusqu'à la théorie des aurores. Quatre nuits denses et pleines. Quatre nuits de création radiophonique. Quatre nuits de magie, de mystère et de fécondité intellectuelle. 

Canards dans la lumière dorée d'un matin brumeux de début avril 

à Exton Park, Pennsylvanie ©Getty - Vicki Jauron, Babylon 

and Beyond Photography











On y est sur les bords de l'étang. On scrute tout ce qu'il y a à voir et à deviner. Tout ce qu'on entend de la faune de passage et des commentaires avisés des conteurs de ce temps si particulier avant le lever du jour et, mieux encore, avant que les cloches ne sonnent l'Angélus. Sur la longue durée Jacques-Franck Degioanni et Véronique Brindeau, producteurs, nous transportent dans une autre réalité que celle qui encombrait et encombre nos journées urbaines ou rurales. Bruno Sourcis, réalisateur et Michel Creïs opérateur du son étaient de la partie. Et quelle partie.

Pour le deuxième épisode on se frotte au "Matin des villes". Il "nous fait découvrir Paris au réveil, entre routines laborieuses et instants suspendus. Écrivains, travailleurs de nuit et fêtards racontent l’aube, ce moment où pour nombre d'entre nous le jour efface les angoisses nocturnes. (source le site de FC). Les témoignages sont singuliers, précieux et, historiquement, situent la nuit urbaine de l'époque à des "années lumière" de celles d'aujourd'hui.

En suivant, le troisième épisode nous propose un voyage sonore à travers les aurores du monde. C'est tout aussi dépaysant et précieux. Cela fait déjà trois nuits que s'effacent doucement les furies du monde et l'information (et l'actualité) qui saturent les médias et, dont c'est devenu un mantra pour France Culture. Luc Ferrari Compositeur, Michel Fano Compositeur, Jean-Christophe Bailly Essayiste, écrivain et Dominique Jameux nous font partager leurs aurores.

Pour la théorie des aurores diffusé dans la nuit du quarantième anniversaire c'est l'explosion boréale. "Photographe, physicien, cinéaste, écrivain ou encore religieux racontent leurs expériences des aurores boréales, de l'aube, et leur place dans l'art, la science et la spiritualité." (source la page de FC). Avec, entre autres, Louis Dandrel, (ex-directeur de France Musique) et Gilbert Lascaux (chroniqueur au Panorama de France Culture).

Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.

lundi 3 février 2025

Les Nuits de France Culture ont 40 ans : quel programme !

C'était il y a deux jours, dans la nuit du 1er au 2 février, Les Nuits de France Culture fêtaient leur quarante ans. Sans tambour ni trompettes, Albane Penaranda, nous présentait l'histoire surprenante de la numérisation des archives de l'Ina et le programme de cette nuit élaboré par les détenus de la prison de Saint-Maur. Mais il est bon de rappeler qu'en janvier 1985, c'est sous l'impulsion de Jean-Marie Borzeix, Directeur de France Culture (1984-1997) que "Les Nuits" ont "vu le jour" !! À ces archives radiophoniques mises à l'antenne, Borzeix prévoit leur accessibilité démultipliée face à la matière première qui ne cessera de s’accumuler. «Jen suis convaincu, on découvrira bientôt un Himalaya sonore dont nous-mêmes ne soupçonnons pas lampleur ». (1)

"Le Rêve" (1883) de Pierre Puvis de Chavannes.
Collection du Musée d'Orsay - via Wikimedia Commons


Albane Penaranda : "Cette nuit d’archives est une nuit particulière puisqu’elle marque le 40e anniversaire des Nuits de France-Culture, à la fin du mois de janvier 1985. [Soit] la naissance d’une nouvelle mission dont Jacques Fayet était le producteur, une émission de nuit où étaient rediffusées des émissions de la semaine en cours, et également des émissions anciennes qui donneront aux auditeurs, l’occasion de voyager dans une mémoire radiophonique. Comme chacun, le sait, la formule des Nuits de France Culture a part la suite évolué jusqu’à ne plus programmer et présenter que des émissions anciennes, voire très anciennes. Des archives donc à la conservation et à la restauration desquelles veille l'Ina, d’indispensable partenaire des Nuits.…

Quarante ans après [Les Nuits] sont toujours là. Pour ce quarantième anniversaire, nous dérogeons aux règles habituelles de production de nos programmes en mettant en lumière un aspect inconnu de leur fabrication. Enregistrées initialement sur des supports menacés d’obsolescence, les archives radiophoniques les plus anciennes ont dû être numérisés pour permettre de prolonger leur existence et pour sauver du même coup de l’oubli, la gigantesque mémoire radiophonique conservée par l'Ina.

Des milliers d'heures d’enregistrement de notre histoire ont ainsi été préservées. Or on l’ignore le plus souvent, depuis 1992, dans le cadre du plan national de sauvegarde mis en place par l'Ina, c’est à la centrale de Saint-Maur par des détenus qu'a été numérisé une grande part de ces archives. Plus précisément au sein du "Studio du temps", une structure créée par le compositeur, Nicolas Frize, avec le soutien des ministères de la culture et de la justice. 

Aujourd’hui, la numérisation des fonds de L'Ina est quasiment achevée et sa coopération avec le "Studio du temps" prend fin en 2025. Derrière les murs de la centrale de Saint-Maur, les portes du "Studio du temps" vont se refermer. Aussi nous avons pensé que l’expérience menée par Nicolas Frize méritait d’être saluée. Durant 34 ans, elle aura permis à des prisonniers de se voir proposer une formation aux métiers du son et, une filière d’emploi, avec la numérisation des archives sonores. Le programme de cette nuit, ces opérateurs du "Studio du temps" eux-mêmes en ont choisi le thème, la nuit." (Albane Penaranda)

Aurores boréales vertes et violettes
à Mefjord en Norvège en 2023. ©Getty - Westend61


La citation est longue mais indispensable pour comprendre l'histoire même des "Nuits". Joli voyage temporel qui pour ces quarante ans nous mènera à travers des témoignages sur des pratiques nocturnes par Franck Venaille (Nuit, night, notte, nacht). "De l'invention des monstres" par Marion Thiba. La vie et les mœurs des oiseaux nocturnes,"Les oiseaux nyctalopes" par Isabelle Rabineau. "La magie des éclipses", extrait d'un "Staccato" d'Antoine Spire. Un "Paris à l'envers ou le Paris des noctambules" (Le Vif du Sujet) par Alexandre Heraud. Et "Paysages de l'aube" (Nuits magnétiques) par Véronique Brindeau, Jacques-Franck Degioanni.

Quelle nuit ! À n'en pas fermer l'œil (et à dormir tout un dimanche). Un immense merci à Albane Penaranda, à Nicolas Frize et à ces détenus de la Centrale de Saint-Maur : Triple A, Frédéric, Adrien, Jean-Charles, José, Olivier et Ibrahim. Quelle expérience cela a du être pour eux qui ont pu quelques instants développer autrement leur imaginaire. Quelle formidable idée a eu Nicolas Frize ! Il faudrait sûrement trouver une suite à ce "Studio du temps" pour que la mémoire radiophonique se diffuse au-delà des Nuits de France Culture.

Depuis 1985, les quatre producteurs des Nuits ont été : Jacques Fayet (1985-1998), Geneviève Ladouès (1998-2001), Philippe Garbit (2001-2021), Albane Penaranda (2001-)

(1) "Radio exception", Jean-Marie Borzeix, Le Débat, Juin 1985,

Ce billet a été rédigé sans avoir recours à l'I.A.