mardi 19 janvier 2016

Radio-Archives : Brigitte Bardot (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

47/117
Brigitte Bardot (5 février 1970)

"Je lui ai demandé quel a été votre plus beau jour et elle m'a répondu sans sourciller : une nuit !" En 1970, Bardot parle sincèrement et simplement. Après le rire d'Adjani "hier" le rire de Bardot est touchant.
"L'ours et la poupée (film de Michel Deville, 1970) c'est un peu "Et Dieu créa la femme" des années 70".

"C'est de la faute de l'autre si je suis infidèle !" Bardot sûre d'elle-même surprend Chancel. Et Chancel de décrire "les couples qui vont à la messe à 11h, achètent des pâtisseries tout de suite après qui ne se quittent pas mais quand ils montent à Paris ont des garçonnières". Romanesque !

"Je n'ai pas le sens du devoir mais j'ai le sens de l'amour" Chancel "Et vous ne pensez pas qu'à 35 ans vous devriez essayer de l'avoir un tout petit peu ?" Bardot ne se démonte pas et demande à Chancel de lui expliquer ce que doit être pour lui le sens du devoir. Puis Bardot explique qu'elle ne fait pas les choses par devoir. Et aussitôt Chancel lui demande si elle "se considère comme une fille très bien". Et nous de se demander quel rapport entre devoir et fille bien ?

"Lorsqu'on s'appelle Brigitte Bardot est-ce qu'on pense quand même à la vieillesse ?" Bardot répond franchement et ne tombe pas dans le panneau de Chancel qui avec pirouette avait détourné le sujet vers un rôle au cinéma, quand Bardot parlait de sa vie réelle. 

"L'après-Bardot ça se prépare ?" "Qu'est-ce que c'est que ça l'après Bardot ? Qu'est ce que vous voulez me faire dire, ayez le courage de vos opinions !" Et Chancel de s'enfoncer dans l'abîme des comparaisons d'actrice, de la relation à l'argent, à la richesse, aux mariages, …

Chancel évoquant la censure au cinéma, et la nudité : "Encore tout le monde tout nu c'est pas grave, mais ça bouge !" (sic). Celle-là on la garde aussi ! Puis on passe à l'existentialisme "Vous rencontrez l'homme de vos pensées avec une formidable brune, qu'est-ce que vous faites" ? 

Bardot "Mes idées politiques ? Ça change tout le temps c'est comme l'heure !". Chancel "Vous êtes une bonne petite française ?" "Non, je suis une grande française !"

(1) Ben, je veux mon n'veu, à 35 ans quand on ne s'appelle pas Brigitte Bardot on ne pense qu'à ça !

lundi 18 janvier 2016

Radio-Archives : Isabelle Adjani (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

46/117
Isabelle Adjani (6 mars 1974)

Oh la voix, jeune et tendre, d'Isabelle Adjani en 1974 ! Elle a dix-huit ans et dès les premières secondes de l'entretien on sent ses convictions d'actrice ! À une question de Chancel elle répond "Je ne sais pas ce que c'est l'expérience. Ça ne m'intéresse pas tellement de le savoir…" 

"Vous avez l'impression de vivre un conte de fées ?". Adjani s'esclaffe joyeusement : "Alors là pas du tout !" Ces éclats de rire (pour avoir oublié Robert Hossein) sont d'un tel naturel, d'une telle fraîcheur et d'une telle spontanéité, qu'on ne résiste pas à sourire et à partager sa part d'insouciance.

Et Chancel, dans son rôle évoquant l'éventuel "carte de visite" d'Adjani, redonne l'occasion à celle-ci d'en rire et de s'en moquer. Visiblement les formules et les évidences glissent sur Adjani comme la pluie sur les plumes d'un canard… laqué. L'animateur ne manquant pas pas à moins de 10' du début de l'entretien d'évoquer… la célébrité, modèle dominant et définitif s'il en fût.

Ce sourire permanent, cette fraîcheur fait vraiment du bien. On est au début des années 70. C'était pas mieux avant, mais… ;-) "Mais vous savez que vous avez du charme et un certain génie…" "Du génie, ah là là, vous me faites rire !"

Chancel demande à Adjani ce "que pense une jeune fille de 18 ans ?". Une autre qu'elle, de fait. Et pourquoi Adjani saurait-elle ce que pense une jeune-fille de 18 ans ? Question terrible, question piège, question à laquelle quiconque ne peut répondre à moins de se prendre pour un oracle, non ?

"Vous me parlez comme à une dame de 30 ans ça me fait peur !" Chancel reprend la même mécanique de toujours vouloir connaître le résultat avant de laisser s'accomplir la démarche… Et de formaliser les étapes d'une vie "normale" : "une vie de famille,… un mari, ne serait-ce que pour avoir une fille (sic) qui aura le même bonheur que vous !" Alors celle-là on l'inscrit au panthéon, hein  ? Tout en haut !



N.B. : On a beau dire que dans les Radioscopies ce sont souvent les réponses qui sont importantes, n'empêche ! Ici Chancel veut enfermer Adjani jeune-femme dans la femme qu'elle n'est pas encore et dans un modèle social établi, qui n'est pas forcément celui des rêves de l'actrice… Et tant pis si la statue du commandeur et le mythe Chancel en prennent un coup !

Bowie m'a tuer…

Les jeunes générations qui s'inquièteraient de la faute d'orthographe dans le titre, voudront bien lire l'explication ici (1).




Lundi dernier un peu après 8h, un cataclysme s'abattit sur les médias. Plus violemment qu'une météorite sur les Champs-Élysées, la plus belle avenue du monde paraît-il ? Bowie (David) venait de mourir à 69 ans. Passée la stupeur - personne ne voulant y croire, deux jours après la parution de son nouvel album - la machine médiatique s'affola, s'emballa, gerba et mis K.O. debout, l'auditeur, le téléspectateur, le lecteur qui n'eurent d'autres choix que d'avaler la pilule, ou de sortir du monde civilisé au moins 24h.

Exceptionnellement j'écoutais la matinale de France Inter, pour l'invité de 8h20, "Marcel Gauchet". Bien mal m'en a pris ! Il a fallu toute la civilité et la courtoisie de Gauchet pour ne pas s'écrier "Au-secours fuyons !". Tant le philosophe, malmené et interrompu, dût s'insérer dans les méandres des quelques minutes d'antenne disponibles entre les interventions intempestives d'X ou de Y pour témoigner sur la définitive icône Bowie.

De deux choses l'une, face à une telle situation, soit on prie M. Gauchet de revenir une autre fois, soit on l'interview et l'écoute. La très pathétique intervention de Christophe Conte (Les Inrockuptibles), assez désolé de s'"imposer" alors qu'il venait de réaliser un documentaire à la gloire de "l'artiste aux 100 visages", n'aurait-elle pu attendre une vingtaine de minutes pour être diffusée soit dans le journal de 9h, soit dans le "Boomerang" spécial diffusé à 9h10 ? Bien sûr que si, d'autant plus que le dit-Conte sera l'invité sur la même chaîne dans l'émission de 21h ! 

Prenant plus de recul France Info diffusera, le soir-même (17h/20h) depuis la boutique d'un disquaire londonien, 3h de témoignages et de musique. France Musique insèrera habilement dans ses programmes du Bowie un peu jazz, un peu classique et un peu pop…



Sous le prétexte, fallacieux, de ne rien laisser à la concurrence, les journalistes adorant se faire peur, s'agitent et rendent compte d'un événement planétaire comme s'ils étaient "seuls sur le coup" avec le "scoop du siècle". Cette course excitante du "sur le coup" défie toutes les lois de la mesure, du recul et de la distance nécessaires pour rendre compte d'un événement, si planétaire fut-il ! 

Le pompon de la commémo revint à France Culture, qui usant d'une formule inédite et un peu faible, invita, le lendemain matin, plusieurs de ses producteurs-maison à sanctifier Bowie. Le tout chahutant-chahuté dans une matinale, pour une fois culturelle, où il ne fût fait appel ni à Jack Lang - caution définitive de la culture revival -, ni même à je ne sais quel chanteur pré-pubère pour nous annoncer, sentencieux et timide, que sans Bowie il ne serait pas là aujourd'hui. 

Dans ce chaos improbable foutraque et improvisé, Erner (le matinalier) toucha à peine terre. On aura réussi à échapper, grâce lui soit rendue, à une de ses vannes bidons genre "Notre Bowie qui êtes aux cieux" ou pire s'adressant aux producteurs en studio "Donnez-nous (encore) notre Bowie quotidien". Dans ce salmigondis amateur, (Eric Schulthess, lecteur et auditeur de radio, risque de tomber de l'armoire) c'est Brice Coutiurier qui s'en est sorti le mieux. En réserve de compassion dégoulinante, le chroniqueur trouva un angle inédit : "Bowie, un mod dans les années 60" (2). Et c'est bien la première fois que je trouve Couturier pertinent. Loin de sa mécanique rituelle, réactionnaire et lassante de "professeur de maintien moral".
















Mercredi, le tsunami Bowie avait disparu des écrans (3). L'instant trauma digéré (ou vomi), où les médias, comme d'hab', étaient passés à autre chose. Persuadés du "devoir accompli", entonnant "The show must goes on", ritournelle dérisoire et fumeuse. L'instant c'est le bon mot ! Cet instant-là dura 24h, avec une petite queue de comète jusqu'à mardi. Le gavage ayant ici dépassé toutes les capacités humaines d'ingurgiter autant d'infos en si peu de temps, et surtout en si peu de respirations. Cette façon de faire de la radio au chausse-pied est consternante et un désastre pour la pensée.

On se reportera à la spéciale Bowie de Michka Assayas, dimanche 10 janvier ! Et ce n'est pas parce que Bowie "n'était pas encore mort" que son Very good trip n'en était pas moins un bel hommage. Assayas a commencé comme ça "Aujourd'hui on va visiter un monument historique !




Une de Libé du 12 janvier 2016

















On écoutera aussi le "Label pop" de Vincent Théval, hier sur France Musique. On peut parier (j'écris ce billet samedi) que le producteur saura mettre la mesure, l'angle original et un choix étonnant de morceaux qui risquent de beaucoup mieux rendre hommage à Bowie que toute la soupe servie en début de semaine dernière."Bowie a non seulement assimilé les avancées musicales de son époque ou l’influence de styles très différents, mais a aussi puisé ses idées ailleurs que dans la musique." (4)




(1) Inscription sur un mur suite au meurtre de Ghislaine Marchal en 1991. Cette faute d'orthographe a très vite été utilisée par André Rousselet (Pdg de Canal +), avec "Edouard m'a tuer", titre de sa tribune dans "Le Monde" (1994), pour stigmatiser sa rancune contre Edouard Balladur, premier ministre de cohabitation de François Mitterrand, 

(2) Le lecteur passionné par ce mouvement générationnel se reportera au site de la matinale du 11 janvier,
(3) On lira la chronique de Frank Nouchi, médiateur du Monde, dans le journal de samedi 16 janvier, titrée : "Pour Bowie, on fait combien ?",
(4) Sur la page de l'émission,

dimanche 17 janvier 2016

Brunch #20
















• La très très belle pop, un peu folk, itou
Vincent Théval le M.C. de nos dimanches soirs sur France Musique (20h30) avait en mars dernier diffusé "Still" du groupe d'Elena Tonra, Daughter. Aussitôt écouté, aussitôt acheté mais pour le reste de l'alboum (sic) j'avais oublié d'y retourner. Piqûre de rappel dimanche dernier avec un des titres du nouvel album paru le 15 janvier. Les amoureux de cette belle pop pourront aussi lire ici un long papier sur le groupe !




• Bad year pour les Goodyear
Vous regarderez la vidéo ci-dessous. Elle m'a interpellé car je me suis demandé si on pourrait entendre une telle parole sur une radio de service public ?



Mickael Wamen, ex-Goodyear - Le Grand Journal du 13 janvier 2016



• Le phare ouest… et les autres
Je vous parlerai dès que je l'aurais lu du beau livre évoqué ci-dessous ! Histoire(s) de phares de Marie-Haude Arzur, illustrations de Jean-Benoît Héron (Glénat).


• Restaurer… la restauration
Le Figaro, dans un article de vendredi dernier (1), dont on connaît l'humour décapant et raffiné, propose dans son article l'inter-titre suivant "Trouver de nouvelles recettes". Très fin pour un futur restau. Sauf que ce ne sont pas des mêmes recettes dont il s'agit, mais des finances de Radio France. Suggestion face à la crise de l'audiovisuel : à force de trouver de nouvelles recettes, Mathieu Gallet,pdg du groupe radiophonique, finira bien par ouvrir un restaurant… d'entreprise. (Rappel : en décembre, il a été décidé que le restaurant d'entreprise de Radio France sera fermé aux employés les soirs et les deux derniers jours de la semaine). Va comprendre Charles !

(1) "Un restaurant ouvrira au cœur de Radio France", Enguérand Renault,

• Viendez dans ma bande… FM

À dimanche prochain…

vendredi 15 janvier 2016

Radio-Archives : Serge Reggiani - Radioscopie

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

45/117
Serge Reggiani (9 avril 1980)

Sans doute avec un brin d'humour, indécelable à l'écoute, "le beau Serge" annonce que "Radioscopie est une psychanalyse !". Et Reggiani de revenir sur l'abandon définitif, de Jacques Brel, de la scène. 

Le chanteur, l'acteur Reggiani se confie avec délicatesse et conviction, ne jouant jamais les "arrivés" et encore moins les arrivistes. Il s'interroge sur ses 57 ans et ce qu'il a encore envie de vivre. Sans certitude mais avec désir. 

"J'ai envie de me remettre totalement en question… Je voudrai essayer de ne plus être un comédien du tout, vous voyez à quel point c'est prétentieux. Ne plus jouer la comédie, c'est à dire être. Être dans un personnage quitte à en mourir. Oublier ce qu'on appelle le métier de comédien".

Et l'on découvrira, enchanté, son propre point de vue, sincère et lucide, sur le chanteur Reggiani. Et de raconter, comme une belle traîne, "L'italien".

jeudi 14 janvier 2016

Radio-Archives : Thierry le Luron (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

44/117
Thierry le Luron (26 février 1972)

Intéressant d'entendre juste avant ses 20 ans un Thierry le Luron, lucide, et pas encore complètement dans son jeu de rôle permanent. Succulent d'entendre dire que pour "remplacer" Jean Nohain (1) pour une émission il lui est proposé de présenter son imitation de Jacques Chaban Delmas (2).

Où l'on découvre que c'est Patrick Font (3) qui écrit les textes de Thierry le Luron ! Chancel "Vous rencontrez vos victimes ?" Le Luron "Oui… (et sur un des sketchs cités par Chancel) Le public aime bien un peu de férocité, si on ne lui en donne pas il n'est pas content". Et surtout "On imite bien les gens qu'on aime bien !"

On appréciera la bonne idée de Chancel, pour quelques questions, d'avoir fait répondre Le Luron avec à chaque fois une voix différente. L'imitation de Jaboune (Nohain) ravira ceux qui l'ont encore dans l'oreille. Et, pour clore l'émission, avec la voix de Chaban "Finalement, mon cher Chancel, vous arrivez toujours à nous faire dire ce que vous voulez qu'on dise".

(1) Un monstre de radio puis de télévision, cette émission fêtait les 70 ans du "bateleur",
(2) Premier ministre de Georges Pompidou (1969-1972), résistant et maire de Bordeaux,
(3) Comique, ex-acolyte de Philippe Val période amuseur, mari de Minou Drouet (les lecteurs passionnés pourront lire sur cette femme un des chapitres des "Mythologies" de Roland Barthes)

mercredi 13 janvier 2016

Radio-Archives : Johnny Halliday (Radioscopie)

J'ai voulu jouer le jeu de la collection et, jour après jour, chroniquer une des cent-dix-sept Radioscopie proposées dans le coffret de l'Ina. J'écoute à 17h dans les conditions du flux et vais ainsi vous tenir en haleine jusqu'au mois de mai 2016…

43/117
Johnny Halliday (22 septembre 1970)

L'idole des jeunes est en retard et Chancel de dresser la liste des retardataires (depuis que Radioscopie existe, soit 500 émissions) : Michel Audiard, Edwige Feuillère, Johnny Servoz-Gavin, Yves Saint-Martin. Pour le retard Chancel dit avoir "bien vu le cinéma" et passe du Vivaldi en attendant !

C'est chic on se croirait dans l'ascenseur de l'ORTF ! L'émission commence donc à 17h17 ! Chancel :"Je n'irai pas jusqu'à dire que je suis de la graine de fan ! Loin de moi ces poussées orageuses… Très sincèrement j'ai envie de vous comprendre !" Et vous découvrirez qu'en fin d'entretien Chancel se sert de l'astrologie pour essayer de comprendre les relations Hallyday/Vartan.