lundi 11 septembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Révolution culturelle chinoise (2/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


2. En Chine : une révolution culturelle sanglante
En France, en septembre 1967, les trois semaines de congés payés, effectives pour la plupart des salariés, sont déjà loin (1). Reprendre le travail c'est aussi se souvenir qu'un important conflit a eu lieu en février. "À Rhodiaceta, usines de textiles artificiels, la grève commence le 25 février, à Besançon (3 000 salariés). Elle s’étend à Lyon-Vaise, à péage de Roussillon. Elle va durer cinq semaines. L’occupation des locaux entraîne un fort mouvement de solidarité local, notamment avec un comité universitaire de soutien ; et national, impliquant des personnalités du monde de la culture. La mobilisation sur place des travailleurs permet le développement d’une véritable effervescence." (2)

En Chine dès 1966, Mao Zedong, Président du Parti Communiste Chinois (1943-1976) lance la "Révolution culturelle". Un point d'orgue est atteint à l'été 67. En France des étudiants quittent l'Union des Etudiants communistes pour, dès décembre 1966, créer l'UJC-ML (Union des jeunesses communistes-marxistes-léninistes) proche des thèses de la Révolution culturelle de Mao. Ils s'emploient avec zèle à diffuser le "Petit livre rouge". Des intellectuels français commencent eux aussi à être tentés par les "Ombres chinoises".

En 67, avec quelques représentations caricaturales : la veste bleue des prolétaires chinois et son col Mao, Jacques Dutronc et son "Et moi, et moi, et moi" commencent à infuser la société française (3). Godard est raccord avec "La chinoise". Vingt ans plus tard, en mai 1987, dans les Nuits Magnétiques, inventées et coordonnées par Alain Veinstein sur France Culture, Laure Adler, productrice, revient avec de nombreux invités sur cette Révolution-là.

En intégralité et exclusivité ici jusqu'au 30 septembre… Bruits du monde


(1) Depuis 1956, deux semaines depuis 1936,
(2) 1967-1968, des grèves ouvrières annonciatrices, Charles Paz, Mai 2008, ESSF,
(3) Il faudra attendre 1974 pour que Jean Yanne nous propose sa pochade cynique et cinématographique "Les Chinois à Paris". 

vendredi 8 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Les vacances d'été (1/42)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Les vacances de Monsieur Hulot, Jacques Tati 1953



1. Les vacances d'été : mythologie moderne
"Je me souviens" - pour reprendre le titre d'un livre de Georges Perec paru en 1978 - avoir lu que, dans les années 60, à la débauche du dernier jour de travail avant les vacances, les femmes d'ouvriers de chez Renault, venaient en voiture à la porte de l'usine attendre leur mari pour partir, qui vers l'Espagne, le sud de la France ou la Normandie (1). Dans la vidéo ci-dessous vous verrez que Lino Ventura, en 1959, égrène tous les mythes qui qualifient les vacances modernes des gens simples et, de fait, de quelques artistes (2).

En cet été 67, l'insouciance voudra sans doute que m'échappe la mort le 17 juillet de John Coltrane, saxophoniste qui enchantera mes oreilles quelques années plus tard (3). Pourtant dans la légèreté de l'été, les radios (RTL, Europe n°1, France Inter et RMC) s'en donnent à cœur joie pour matraquer sur leurs antennes les tubes yé-yé (4) du moment dans lesquels s'intercalent "Mellow yellow" de Donovan ou "Ma plus belle histoire d'amour" de Barbara. Le show-bizness nous impose d'avaler les chansons originales anglaises et nord-américaines traduites et adaptées pour ces mêmes yéyé ! Quand le suprême original nous échappe, à moins de courir les disquaires qui importent cette musique-là. "The Supremes" et leur chanteuse Diana Ross enchainent les succès fabriqués par la machine à tube de Motown "Holland&Dozier(5)



Ce 23 juillet 67, à part l'incident diplomatique provoqué par De Gaulle avec son "Vive le Québec libre", la France s'est surtout focalisée sur la victoire de Roger Pingeon dans le Tour de France. Dans le journal de 19h30 de France Inter les journalistes sportifs commentent la victoire du Français. Le décès de l'anglais Simpson dans le Ventoux est déjà "loin". À Buenos Aires en mai est paru "Cent ans se solitude" de Gabriel Garcia Marquez (à paraître au Seuil le 1er novembre 1968). Pablo Neruda, poète chilien reconnaît que c'est le roman de langue espagnole le plus important depuis Don Quichotte.

En exclusivité et intégralité jusqu'au 30 septembre



(1) Martine SonnetAtelier 62, Bazas, Le Temps qu'il fait, coll. « Corps neuf », 2009,
(2) Dans ses "Mythologies" (1957) Roland Barthes évoque le Guide Bleu, bible touristique d'Hachette, et aussi le Tour de France,
(3)  "Alabama" et "Aicha" sélection de Thierry-Paul Benizeau,

(4) Le 6 juillet 1963, suite au concert gratuit à la Nation (Paris), Edgar Morin, sociologue publie un long article intitulé "Une nouvelle classe d'âge" dans lequel il invente le terme de "yéyé" à partir du "yeah" anglo-saxon martelé dans les chansons rock and roll. Essayez donc "Love is like a heat wawe" (Supremes),

(5) Label fondé à Detroit - "Motor town" - par Berry Gordy en janvier 1959.

Les vacances de Lino Ventura (1959), 


lundi 4 septembre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… "Vive le Québec libre" (1/43)

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Jusque fin juin 2018, chaque lundi je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


1. Il y a cinquante ans l'été courrait jusqu'en septembre…
La rentrée des classes cette année-là s'échelonne du 15 (un vendredi) au 18 septembre (un lundi). Les vacances scolaires avaient commencé le 24 juin… L'enfance et l'adolescence s'éparpillent en colo, en camps de jeunes et autres centres aérés. Les adultes qui peuvent s'offrir des vacances se répartissent en deux camps rédhibitoirement opposés : les juilletistes et les aoûtiens. Chacun persuadé d'appartenir à une caste bien identifiée. La classe populaire se pâme en juillet quand les classes moyennes et supérieures s'affirment en août. 

Avant les moissons et les vendanges, un "événement" conditionne et mobilise les Français. Le Tour de France, inventé en 1903, a un tel impact sociétal qu'Antoine Blondin, écrivain et chroniqueur sportif pour le quotidien L'Équipe, écrira "Le Général de Gaulle dirige la France onze mois sur douze, en juillet c'est Jacques Goddet" (1). En 1967, lors de sa cinquante-quatrième édition, le 13 juillet au cours de la treizième étape l'histoire retiendra la mort de l'anglais Tom Simpson due tant aux conditions d'ascension en montagne qu'à l'absorption d'amphétamines. La télévision retransmettra les images filmées en direct. Les "forçats de la route", par cet accident mortel, commenceront à faire éclater le mythe du héros pur et courageux.



Le 23 juillet, pour une dernière arrivée au Parc des Princes (Paris), c'est Roger Pingeon (France) qui endossera le maillot jaune de vainqueur. Donc, si l'on s'en tient à l'analyse de Blondin, De Gaulle aurait toute liberté pour se sentir en "vacances". Le Général a entamé depuis ce 23 juillet, un voyage officiel au Québec (2). Il visitera l'exposition universelle qui a ouvert ses portes le 27 avril à Montréal. Le 24 juillet, au balcon de l'Hôtel de Ville de Montréal, alors qu'aucun discours n'est prévu, de Gaulle conclut celui-ci d'un "Vive Montréal, Vive le Québec…, Vive le Québec libre…, Vive le Canada français et Vive la France". Ce "Vive le Québec libre" outre, qu'il choque et déstabilise Lester B. Pearson, Premier Ministre du Canada, inquiète la diplomatie internationale sur l'ingérence de de Gaulle dans un pays libre et souverain.

Les lundis de l'histoire, France Culture (en intégralité ici pendant 1 mois)



De Gaulle, donneur de leçons "des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes ou à l'autodétermination" (3) doit faire sourire jaune les autonomismes en germe au Pays Basque (nord), en Corse ou en Bretagne. Les Québécois exultent, les Canadiens se renfrognent et la chanson québécoise va exploser en France avec Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois.

Pourtant à moins de 1200 km du Québec, à Detroit (Michigan) éclatent dans la nuit du 23 juillet de très grosses émeutes raciales. Martin-Luther King, leader du Mouvement des droits civiques aux États-Unis, écrira le 1er août dans le New-York Times : "Dans le cas présent, les émeutes ne sont pas un phénomène mais un mélange imbriqué de tendances diverses" (4).

Détroit, juillet 1967

(1) Le Général de Gaulle président de la République française a été réélu en décembre 1965 au suffrage universel direct, au deuxième tour après avoir été mis en ballotage au 1er tour par M. François Mitterrand, candidat unique de la gauche. Jacques Goddet sera directeur du Tour de 1936 à 1987,
(2) Voyage aller en mer sur le croiseur "Colbert" pour lui éviter d'atterrir à Ottawa, capitale fédérale du Canada et par-là, montrer son engagement moral et politique pour "La belle province",

(3) Droit international,
(4) In Cairn, voir aussi l'article de Judith Perrignon dans le Monde Magazine du 25 août 2017 "Detroit, la mémoire à vif". Dans le film "Motown, la véritable histoire" (2002) on voit quelques images. Cette nuit-là les "Funk brothers" enregistraient pour Motown et certains d'entre eux témoignent.


Ajout du 7 septembre 2017
Céline Loriou, future historienne, me signale : "À partir de la rentrée 1967, les auditeurs français pouvaient écouter (France Culture, le lundi) une série sur la décolonisation, "Les Dossiers de l'histoire". L'émission avait été créée l'année précédente et couvrait l'histoire contemporaine de manière plus large avant de décider de se recentrer sur la décolonisation. Tous les pays sont passés à la loupe : Inde, Indochine, Maroc, Congo... Ah non pas tous, rien sur l'Algérie. Avec les événements de 1968, plusieurs émissions semblent avoir été annulées ou au moins reportées, difficile de savoir donc si une émission sur l'Algérie était prévue ou si elle a eu lieu."

jeudi 31 août 2017

Un petit vent frais… et un autre tempo

Damned ! Le 31 du mois d'a-oû(t) et voilà qu'il va falloir tourner la page de l'été. Depuis la Saint-Barthélémy (24 août) c'est l'automne en biodynamie. Ce matin, un petit vent frais et un ciel bleu confirment qu'une autre saison s'installe. Ce sera aussi le cas pour ce blog qui, entamant sa septième, va prendre un autre tempo. À partir du 4 septembre, chaque lundi, je vous conterai dans un long feuilleton (qui vous tiendra en haleine jusque fin juin 2018) les événements qui, depuis septembre 1967, ont précédé ceux qui feront exploser la société française de mars à juin 1968. Tout ça à l'appui d'archives Ina (Institut national de l'audiovisuel) en exclusivité et dans leur intégralité. Chaque vendredi, ce seront les moments forts de la culture qui, pour la même période, ont aussi à leur manière, bouleversé les Français.



Mais, d'ici lundi, un petit regard dans le rétro. Les compères Valero&Jousse qui, pour cette rentrée, vont faire une pause (espérons courte) avec leur excellent "Easy Tempo" (1), et qui, tout l'été, nous ont accompagné pour nos retours de plage. En juillet Jousse…



En août, Valero



Mais vous pouvez vous faire toute la collec' qui commençait là. Et puis, l'émission de rentrée d'Augustin Trapenard, à cause de Bobby (Kennedy), de sa famille et de Marc Dugain.



Au revoir, à lundi…

(1) Jousse le samedi "Ciné tempo", Valero le dimanche "Repassez-moi le standard", France Musique… of course

mercredi 30 août 2017

Il vécut enfant et fit beaucoup d'heureux… par Sylvie Gasteau

Une voix, des livres, un homme. En quelques secondes, Sylvie Gasteau, donne le ton de son documentaire (1). Les mots lucides et bienveillants de Christian Pataud, une petit boite à musique qui joue l'International (Christian avait 10 ans en 1936) et le début suggérée d'une belle histoire… ou les tribulations de la "Méthode Pataud".


Christian Pataud





















"Dans une fente, un livre, j'en vois le dos, je m'écorche les ongles à essayer de le retirer. enfin, avec l'aide de la règle, en cassant un pupitre, j'y arrive. Je tiens le volume et je regarde le titre "Robinson Crusoë". Pataud voyage en sa bibliothèque, vogue même et nous refait quelques "Je me souviens" sensibles. "Rien que d'y penser je sens encore l'odeur de ce livre et c'est peut-être de là que m'est venu le goût de la lecture qui ne m'aura quitté".

Et le petit jeu sur la comptine "Trois tortues trottaient sur trois toits très étroits" nous renvoie aux origines de la lecture. Et de fil en aiguille le réel des souvenirs d'enfance croise la fiction romanesque et Pataud se souvenir de Pompon, taureau limousin préposé à la saillie. Sylvie Gasteau aime les gens simples et les histoires simples de vie. Et Pataud (re)vit spontanément ses souvenirs du Limousin des années trente, entremêlés de ses dialogues avec les enfants d'aujourd'hui sur la littérature… classique.

Quand on connaît Pataud on imagine bien sa tendresse pour les enfants comme la tendresse qu'il a pour sa propre enfance. Et Sylvie Gasteau est là, aux aguets de l'enfance, du pic et pêche (épeiche) martelant et du "Fantastique" Ray Ventura. Elle compose son ode à Pataud, le bon bougre, tendre, imprégné de ses bons maîtres d'école jusqu'à télescoper le tout avec le "Zéro de conduite" de Jean Vigo. Et Pataud de faire la leçon de choses aux enfants qui passent. Et avec conviction, tendresse et enthousiasme il fera son flashback sur "36". Un "36" vécu même s'il n'avait que 10 ans. La mémoire collective et l'histoire ont fait le reste.

Pour Pataud, tout est bon pour lire, même dans le maquis, à 17 ans, où il entreprit de lire… Marx et ses "doctrines économiques". Et, la guerre finie, lire et relire ce vers de René Char extrait de "L'âge cassant", "L'aubépine en fleur fut mon  premier alphabet". Pataud est un poète de Saint-Léonard-de-Noblat et même de l'universel. Pataud, presque cent ans, est livre au moins autant que bibliothèque. Envoyer du René Char c'est comme s'émerveiller d'Aragon. "Que sais-tu des plus simples choses les jours sont des soleils grimés…

Fantastiques : Pataud bon homme. Bon vivant. Libre et formidable passeur. Gasteau formidable passeuse. Libre et joyeuse. 

Le player de réécoute sera disponible, ici, quelques minutes après l'émission…

(1) Ce soir, France Culture, 23h, "Creation on air",

Tout un monde… de Radio France !

L'occasion avec ce titre de faire un clin d'œil à Marie-Hélène Fraïssé qui produisit de nombreuses émissions sur France Culture, sa dernière "Tout un monde" qui faisait la part belle aux "ailleurs" comme aurait dit Arthur Rimbaud… Aujourd'hui lors de la Conférence de Presse de "rentrée" de Radio France (1), suivie pour moi sur Dailymotion, Mathieu Gallet est venu annoncer une "nouvelle offre en ligne qui propose aux internautes une sélection des programmes de nos sept antennes. L’accès à nos contenus dans toute leur diversité est ainsi mis à la portée de tous, et permettra à chacun dans quelques mois de constituer sa radio sur mesure." Amen !


Capture d'écran















Heureux que, dès son introduction, Gallet nous annonce que "Radio France n'est pas encore en grève…" (2), agite son mot préféré de "média global" et veut "inventer la radio de demain" grâce à ces assistants vocaux (3) qui vont devenir l'alpha et l'omega des médias. "Je vois dans le développement des assistants vocaux une 3ème révolution : celle de la voix." Grâce à "la révolution de la voix" ? Vous avez bien lu "révolution de la voix", quand il est fait si peu de cas aujourd'hui de cette "voix". Quand nombre de personnes qui parlent au micro n'ont pas/plus de voix… de radio. Mais ce n'est plus la voix de radio dont on parle ici mais de la voix des assistants vocaux ! CQFD. On constatera aussi très vite, à voir cette conférence, que le syndrome "Césars/Oscars" a fini par infuser la grand-messe de la radio et que chacun s'emploie donc à citer, qui son collègue, son ancien directeur, sa partenaire et son raton-laveur mais là, il leur manque juste la poésie de Prévert.

S'ensuivra avec Laurence Bloch, directrice de France Inter, #friandises, #auto-célébration, #auto-congratulation, #auto-promotion (4). Bloch : "Le "7/9 l'essentiel de la chaîne". Tout est dit. Je ne serai donc plus l'auditeur essentiel d'Inter puisque je n'écoute pas ce 7/9. Antoine de Caunes présente sa nouvelle émission "Popopop" et annonce, sans rire, "la pop-culture c'est la contre culture". Au-delà de ce slogan facile on ne manquera pas de guetter tout ce qui, tous les jours, sera à "vendre" en cinéma, théâtre, éditions en tous genres, et musiques absolument pas pop, qui petit à petit risquent d'envahir l'émission (5).

Marc Voinchet directeur de France Musique synthétise "France Musique.fr, France Musique point barre". C'est un bon slogan surtout s'il n'augure pas d'un "France musique se barre". Car la plateforme qui sera inaugurée en décembre proposera une "offre" élargie à la vidéo. On le voit, comme l'a annoncé Mathieu Gallet, la radio mue au numérique, au tout numérique. Une façon discrète, adroite, "perfide" de basculer des ondes hertziennes aux "ondes numériques" et de changer la donne de la fabrique de la radio.

Derrière, "on" ne nous empêchera pas de penser que, petit à petit, se profilent une rationalisation binaire des moyens de production, des équipes, des savoir-faire et de l'"ADN" de la radio la "voix". Pas la "voix numérique" des assistants Google, Amazon et autres gadgets tendance. La voix qui a fait la radio, les animatrices/animateurs, les productrices/producteurs. Et je ne parle pas de… la "mue sociale".




Sandrine Treiner, directrice de France Culture, annonce "une étape significative. France Culture va devenir le coeur de l'offre audiovisuelle avec des partenaires comme les chaînes audiovisuelles publiques…" Tout est cité sauf le documentaire et l'histoire. Blabla fumeux d'Erner, et Treiner de lever le voile sur la "révolution France Culture" (c'est moi qui mets les guillemets) qui, après France Info, va être l'enjeu des rapprochements Radio France/FranceTélévision/Arte.

Pour Marie Richeux, qui va animer une nouvelle émission sur France Culture, "Un entretien d'une heure est une chose rare". Doit-on comprendre que Marie Richeux serait rare elle-même ? Comme d'habitude Richeux croit que la radio est née avec elle il y a une trentaine d'années. Faut-il que je liste ici ses prédécesseurs qui eux, depuis une cinquantaine d'années, ont accueilli et conversé avec d'autres voix connues et reconnues ? Par là, Richeux méprise ses auditeurs qui peuvent être un peu plus âgés qu'elle, cultivés, avoir de l'expérience et surtout de la mémoire.

Pour Fip, Bérénice Ravache, nouvelle directrice, veut rassurer les auditeurs et les équipes en "Région" (Bordeaux, Nantes, Strasbourg). Elle souhaite "renforcer sa présence en Régions, aller à la rencontre de ses auditeurs. Fip crée la surprise, et incite à s'habituer à ne pas avoir d'habitudes". Pour les émissions de soirées, en place sur la grille depuis un an," il s'agira de tirer dans quelques temps des conséquences éditoriales s'il le faut." Ravache précise aussi "avoir beaucoup de projets numériques".

Laurent Guimier, nouveau directeur des antennes de Radio France, résume la "philosophie" des assistants vocaux : "abolir l'écran et le clavier, soit un nouveau continent qui s'ouvre. Tout ce qui est sons, contenus, nourrira les interfaces de ces assistants vocaux et, ce pourra aussi, être du podcast native. Ce qui induit tout ce qui, alors, ne passera pas forcément à la radio". Comprendre nous allons "vendre" et occuper le terrain de cette autre révolution numérique même si cela ne concerne pas la diffusion radiophonique habituelle (6).



Pour conclure, lamentablement, cette Conférence de Presse, n'ayons pas peur de dire que la radio n'a pas été très fair-play, avec son pied de nez balourd aux "chers disparus", comprendre ceux qui ont quitté le groupe (8). Sur une musique de Franz Waxman du film "A place in the sun" (George Stivens) qui a, entre autres, servi de générique à la cultissime émission, là on peut le dire, "Cinéma, Cinémas"  de Boujut, Andreu et Ventura (Antenne 2).



(1) Sise à la Maison de la Radio (Paris), on se demandait bien ce qu'on allait pouvoir apprendre, vu que les sept chaînes de la maison avaient depuis le 25 août communiqué en long, en large et en travers, sur les nouvelles grilles de programmes, les "nouvelles" émissions, et autres nouvelles figures qui à défaut d'avoir une voix étaient déjà reconnues par "le" public,

(2) Suite au gag lourdingue de Daniel Morin en introduction visuelle de cette conférence, 
(3) "Selon la dernière étude Ovum, la planète comptera plus d’assistants digitaux vocaux que d’êtres humains en 2021" in Viuz,
(4) Laurence Bloch parle geek avec hashtag dans son texte…

(5) Ce que la page de l'émission contredit virtuellement : "La pop culture sous toutes ses formes : séries télévisées, bds, blockbusters, polars… Son esprit et son talent vont tenir en haleine les auditeurs !"
(6) Ce qu'inaugure France Culture dès le mois de septembre. Des podcasts originaux qui ne seront pas issus des émissions diffusées en flux !
(7) Schlesinger, Cohen, Perreau, Jouan, Vandel…

(8) Quant à Mouv', elle "renforce également son offre digitale et vidéo en lançant Mouv’ TV". La boucle est bouclée !!!!

lundi 28 août 2017

La radio expérimentale avant Saint-Gallet…

Autrefois, parmi les idoles, il y en avait une à la radio : Saint-Granier. Que dis-je une idole ? Un pape. Si je ne l'ai jamais entendu, en fin de carrière, sur les antennes de France Inter, - il avait commencé sur Radio Cité avec le radio-crochet-, je m'en souviens bien dans l'émission de Jean-François Remonté (1). C'était au cours de cet été du début des années 90, grâce à un indicatif dans lequel on entendait "Bonsoir, mes chers auditeurs, bonsoir", avec un ton un peu dépassé mais dont Saint-Granier avait fait sa marque de fabrique. Je ne ferai pas injure à l'homme de radio en associant, pour un billet seulement, le mot "Saint" et le patronyme du Pdg de Radio France, Mathieu Gallet. "La minute de Saint Granier" avait le mérite de la brièveté. Nous aurions préféré, auditeurs comme nombre de professionnels, que Gallet se contentât de paraître une minute, plutôt que, ne sachant rien de la radio, il roucoulât, tant et tant pour faire diversion en vantant les charmes du progrès et des assistants numériques.


Saint-Granier, @Unifrance films





















Imaginez un pâtissier, reconnu sur la place pour son tour de main, ses feuilletés et autres saveurs aux goûts subtils. La maison est centenaire. Mais voilà qu'au détour des années 10 (de deux mille, s'entend) un freluquet, à peine cultivé des choses essentielles de la pâtisserie, vient vanter les miracles de la machine mécanique, de la robotique, assistants essentiels des nouveaux-pâtissiers. Comme autrefois on faisait les nouveaux-philosophes, de bric et de broc. Las, le vieux pâtissier crédule marche dans la combine. La clientèle s'élargit. Maître-pâtissier, dont on a gardé le nom de prestige, a laissé la main à ce managère de moins de cinquante ans. Les enseignes et la "marque" poussent comme des champignons (hors-sol). Le goût, la façon, le style ont disparu et avec eux "la cerise sur le gâteau". Plus de cerise, moins de style, plus de goût. Quelques anciens clients avisés déchantent un peu, le dimanche, devant la vitrine, fredonnant tout bas, le temps… de ces cerises-là.

Je vous en parlais fin juillet, Mathieu Gallet a donc mis son dévolu sur les assistants numériques. Mais, devant la représentation nationale, il a eu beau gloser sur la chose, de cette chose il n'a rien dit si ce n'est qu'il n'y aurait plus d'autre alternative. De là viendrait le progrès ! Ce fameux progrès qui ne fait que progresser jusqu'à temps qu'il ne fasse… régresser. Mais nous n'en sommes pas là. Gallet a enfourché son nouveau cheval de bataille. Adieu veaux (écriture), vaches (son), cochons (montage), couvées (mixage)… le Pdg va course mener pour cette affaire-là et tant pis si c'en est fini de "la cerise sur la radio" .

Il n'y a pas si longtemps la radio expliquait… la radio et ses évolutions. 

  1. Roland Dhordain en 1969 (2),
  2. Yves Jaigu, directeur de France Culture (1975-1984), (3)
  3. Des techniciens-chercheurs pour la création d'un studio numérique en 1984, 
  4. Pierre Schaeffer en 1991 (voir player ci-dessous), 

Gallet, lui, n'a que faire des explications. Ces deux mots "magiques", assistant/numérique, doivent suffire pour emporter l'adhésion de la tutelle, des députés (qui votent les budgets), du personnel de Radio France et des auditeurs. Gallet n'est pas pédagogue, le mot est faible. Gallet est un pur produit numérique, le mot n'est pas trop fort. Ce pur produit, nommé par un CSA aveugle et béat, pourrait s'inspirer de ses prédécesseurs qui avaient à cœur de ne pas prendre les auditeurs pour des moutons et qui, comme Dhordain ou Schaeffer, avaient le souci de transmettre. Gallet dirige une entreprise de communication et n'est pas foutu de communiquer. Nous voilà bien et, ça fait déjà plus de trois ans que… ça dure. Dur !

Désolé mais le player à un bug semble-t-il !

L'évolution de la radio et ses perspectives en 1969 (Micros et caméras, ORTF)




(1) Réalisateur et producteur à Radio France, France Inter, été 1991, "Radio Mémoire",
(2) Directeur de la radio, époque ORTF, de juin 1968 à 1971,
(3) Le 13 janvier 1975, quelques jours après son entrée en fonction, dans une émission de France Culture, il dit sa vision pour la chaîne,