Les penseurs et “artisans” de cette mue opérée depuis 2014 ont eu l'intelligence (pas du tout artificielle) de faire passer, de façon graduelle, les bouleversements stratégiques de façon la plus indolore possible pour les auditrices et les auditeurs. L'idée de fond étant bien de passer de la radio de flux - et de programmes - à la plateformisation inéluctable rendue possible par le tout numérique, érigé comme seule alternative au développement du média centenaire. à partir de là "le royaume des geeks leur appartient". Ces mêmes geeks vont alors s'en donner à cœur joie pour rendre obsolètes les pratiques de diffusion et d'écoute etdanser nuit et jour la carioca sur le demi-dieu podcast.
Rappel historique
Au tout début des années 2000 ce fameux podcast (contraction de “iPod” et “broadcast”) est un support nouveau pour stocker et réécouter à façon le flux radio. On ne parle pas encore de podcast natif (mais ça ne va pas tarder). On vient de mettre le doigt et - l'oreille surtout - dans la boîte de Pandore. Le podcast est devenu l'alpha et l'omega de la création audio(phonique) sans scrupule pour lâcher la création radio(phonique). Sur chaque site des sept chaînes de Radio France le mot “émission” a disparu et puis, ces jours derniers, les grilles elles-mêmes ont été mises à l'arrière-plan. Le numérique a pris le pas sur la Direction des chaînes et au Directeur des programmes est “accouplé” un Directeur du Numérique, lui-même sour la Direction du puissant Directeur du numérique et de la stratégie de l'innovation, Laurent Frisch (1).
Podcast natif (au rayon "farces et attrapes")
Ce joli hochet a été agité dans tous les sens pour faire évoluer les pratiques et habitudes d'écoute et, fatalement, pour attraper l'auditeur volatile, il fallait bien tenter le Graal soit l'équivalent de la ruée vers l'or (pas moins). Promis juré ce podcast natif resterait hors grille de programmes quand, on l'a vu, il a servi à remplir les grilles d'été et/ou à combler certains “trous” dans la grille d'hiver au fur et à mesure des besoins. Plus personne ne parle plus de ce faux-nez qui aura un peu plus incité auditrices et auditeurs à "sortir des programmes" (tellement contraignants avec leur grille horaire). C'est gagné "on n'écoute plus la radio, on écoute des podcasts" (2).
Cerise sur le gâteau
Tout vient à point à qui sait attendre ! Ce doit être le mantra favori de Frisch ! Et ce qui était en arrière-plan (le podcast, en sous-marin furtif) va passer au premier plan. Je veux parler de la plateforme Radio France. Pour définitivement “enfoncer le clou", la société de radiodiffusion de radio publique va nommer un nouveau dirigeant (un cadre de plus dans l'armée mexicaine) à un poste stratégique (3). Sonnez hautbois : "Yann Chouquet rejoint la direction éditoriale pour une mission consacrée aux productions destinées à la plateforme Radio France“. Tout est dit. Circulez, y'a rien à voir ! Mais entendez bien que ce coup-ci l'objectif est clairement affiché de reléguer les programmes aux oubliettes. Ou c'est tout comme.
Et comme écrit sur ce blog depuis des années, la production numérique s'affranchira absolument des programmes et produira des podcasts Radio France. Le podcast sur le climat intègrera la Collection "Climats" dans laquelle il y aura des productions autrefois identifiées par leur chaîne d'attache, mais dont il ne sera plus indispensable de l'être. Le tout regroupé sous la marque unique Radio France. Et vogue la plate forme sous une seule bannière… étoilée !
Tour de passe-passe
L'affaire a été rondement menée, avec seulement “quelques heurts à la marge”. Aux personnels de s'adapter et de faire le dos rond en attendant l'inévitable casse sociale qui voyant disparaître les chaines verra, à côté de la production, disparaître tant de métiers jusque là dévolus à chaque chaîne. Madame Veil, Pédégère de Radio France, si sensible à la polarisation aura elle-même soutenu et promu le tout numérique plateformisé au détriment du flux, des chaînes, des programmes et des émissions. Son nom comme celui de Frisch restera attaché à la casse de la radio, même si aujourd'hui dans le paysage médiatique personne n'en parle se focalisant uniquement sur les merveilleux podcasts qui n'en finissent pas d'inventer… l'eau tiède. CQFD.
Ce qui était l'essence même de la radio, sa diffusion en flux, devient… superflue. La plateforme s'impose et ferme le ban. À bon auditeur salut !
(1) Le titre de ce n°2 de Radio France a évolué d'année en année au rythme de l'air du temps et des opportunités stratégiques pour mieux contrôler le développement à marche forcée du numérique. Il y a très peu de temps il était “Directeur du numérique et de l'éditorial", fonction qui imposait au Directeur de chaînes d'en passer par lui pour élaborer leurs programmes,
(2) En 1973, dans "Pas de panique" sur France Inter, Claude Villers inventait "Vous n'écoutez plus France Inter, c'est France Inter qui vous écoute" soit une auditrice ou un auditeur qui envoyait une cassette sur un sujet de son choix !
(3) À titre d'exemple les dernières nominations (et/ou confirmation de fonctions) à France Inter : un directeur de la stratégie et du développement, un directeur des antennes (y'a encore des antennes avec le numérique ?), un directeur des programmes jeunesse, directeur de la production, un directeur des programmes, un directeur de la rédaction, un directeur du numérique, une directrice de la communication,
Ce billet comme les deux-mille-six-cent-soixante-dix précédents n'a pas eu recours à l'Intelligence Artificielle. IA qui ne manquera pas de piller mon travail de rédaction.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire