lundi 16 février 2026

La radio : les samedis et les dimanches au XXè siècle…

Avant les algorithmes quelques dinosaures tentaient d'inventer, en fin de semaine (samedi et dimanche) une antenne différente sur les deux chaînes du service public, France Inter et France Culture. Puisque le temps de la vie quotidienne était différent pourquoi pas se mettre à ce rythme-là. Jacques Sallebert, journaliste et patron de la radio à l'ORTF (1) en est convaincu et il l'explique. Un autre convaincu, Jean-Marie-Borzeix, Directeur de France Culture qui, en 1984, invente avec François Maspero "Le bon plaisir"… 

Capture d'écran,
Désolé pour la noirceur !
Jean Amadou (chansonnier), Agnès Gribes
















Par ordre d'entrée en scène, on commencera donc par "L'Oreille en coin" qui, dès mars 1968  propose 13h d'émissions réparties entre le samedi après-midi et le dimanche. Vous dire que depuis ces temps immémoriaux personne n'a eu le culot, l'audace, le génie d'inventer une chose pareille qui mettait la radio en phase avec le rythme de la société devenue adepte du week-end. "L'Oreille" ne se contentait pas de coller les émissions les unes derrière les autres (le samedi et le dimanche après-midi), elles étaient judicieusement et subtilement enchaînées par des animatrices (Kriss, Agnès Gribes, Kathia David) qui avaient aussi leurs propres émissions dans le programme. O tempora, o maures.

Quant au "Bon plaisir" (1984-1999) il le fut jusqu'à ce que Laure Adler, Directrice de France Culture (1999-2006) ne passe le programme par perte et profits, trop culturel sans doute. Les quatre miettes qui en restent ont été charcutées (du programme initial de 3h ou 3h30 on est passé à 1h58). Mais écouter le "Bon plaisir" c'était le prendre chaque samedi après-midi en faisant tout pour ne rien faire d'autre et, calé dans son fauteuil, passer un formidable moment de radio. 

(1) Très difficile dans sa bio de trouver sa période de Direction, que je tenterai de situer de 1970 à 1974 (il remplace Roland Dhordain qui fut Directeur de 1968 à 1970),

lundi 9 février 2026

La radio : comment ça marche ?

Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?


Eve Ruggieri ©AFP









C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.

La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).

Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.

La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !

(1) Alors qu'avec les podcasts vous avez accès au résumé, à quelques détails révélateurs et toutes autres choses qui en disent beaucoup trop,
(2) Petite liste non exhaustive,

vendredi 6 février 2026

Radio France : Hyper Bazar Festival (et pas que le week-end)…

Ce que d'aucuns (les médias) appellent déjà le mercato radio, avant échéances électorales à Radio France, ou  d'autres un jeu  (pitoyable) de chaises musicales ressemble beaucoup plus au "Mécano de la Générale". Changer les directeurs de trois chaînes ce n'est plus un mercato mais plutôt l'effet domino suite au départ de la Directrice de France Inter, Adèle Van Reeth. Quant aux chaises musicales commençons par noter que la chaine musicale de Radio France, France Musique, ne fait pas partie du jeu, alors que…
















L'effet domino, part ouane
Ce serait le départ de Philippe Corbé (Directeur de l'information à France Inter) qui aurait provoqué celui de Van Reeth. Le staff de Radio France sait bien mal raconter les histoires. Les annonces du jeudi 5 février sont sûrement le résultat d'un processus engagé depuis le début de l'année pour ne pas dire de la fin de l'année dernière et, à priori, Corbé ne serait pas le seul déclencheur. Le malaise persistant à France Inter, la défiance du personnel vis à vis de la directrice, la valse des postes stratégiques (directeur de l'info, directeur des programmes, départ de Salamé, absence de Demorand + l'affaire Legrand-Cohen) peut s'apparenter assez facilement à l'expression "la coupe est pleine" et son corolaire "la messe est dite". On se demande toujours pourquoi la productrice d'une émission de philo sur France Culture aurait pu avoir les qualités requises pour être directrice d'une chaine généraliste de radio publique ? Hein pourquoi ? Au-delà de supputations hasardeuses, on doit dire que c'était un mauvais choix et que ce choix ayant été décidé par Madame Veil, Pédégère de Radio France, l'échec de Van Reeth est presque moins grave que l'échec patent de Veil.

L'effet domino, part tou
Les conciliabules du staff auxquelles serait associé Vincent Meslet (le-prétendu-n°2- qui- ne- dit-mot-consent) aboutissent à un jeu pathétique qui ressemble beaucoup à une fin de règne ou a la bérézina poussée à son max. Dans cette ambiance "élection d'un nouveau pape", quelqu'un d'avisé sort du chapeau Céline Pigalle (Directrice d'ICI ET Directrice de l'information à Radio France). Vendu ! Qui alors pour diriger ICI ? Monsieur Yoyo, pardi, alias Laurent Guimier ! Celui-là qui un coup joue dans le privé (Europe 1), un coup dans le public (France Info radio), un coup dans le privé (CMA Média), un coup dans le public (Direction d'ICI). Girouette donc et opportunisme de carrière de haut vol.

Qui pourrait croire qu'en plein milieu de saison il s'agirait juste de remplacer Van Reeth. Les naïfs sûrement. Derrière ce jeu de dupes de chaises musicales et ce faux-nez magistral se joue une partition beaucoup plus musclée qui ressemble à s'y méprendre à une mise au pas sévère avant le grand soir de l'élection présidentielle d'avril 2027. On ajoutera à ça la tétanie provoquée par la Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public (Assemblée nationale) dont le rapporteur, M. Alloncle, semble bien décidé à mettre au pas (ou au trépas) l'audiovisuel public.

L'effet domino, part tri
Avant se jouait au théâtre "un fauteuil pour deux", à Radio France c'est "un pour deux fauteuils". Pigalle : Directrice d'Inter et de l'Information de la chaîne (puisqu'il n'y a plus de directeur, Corbé parti à France TV). Agnès Vahramian, Directrice de France Info radio va cumuler avec la direction de l'information de Radio France (1). Guimier reste comme deux ronds de flan, un seul fauteuil ou plutôt un strapontin, à moins que dans quelques temps une formidable fusion interne ne lui permette à lui aussi d'avoir "le cul entre deux chaises" ! En attendant le petit génie va peut-être inventer l'eau tiède en fusionnant France Info radio et France info TV cette dernière qu'il avait participé à créer à la demande du Prince (Hollande).

La farce que joue Veil à faire accroire qu'il s'agit de mettre en place un dispositif imparable pour la présidentielle ressemble plutôt à prévenir les effets collatéraux du bouleversement audiovisuel à venir (un tsunami qui sait ?). "Discrètement" réduire la voilure financière en commençant à effacer des postes de directeurs qui se superposent à d'autres postes de directeurs ou de responsables (effet soporifique face à l'armée mexicaine de cadres qui grenouille à Radio France).

À ce jeu des doubles fonctions, Delphine Ernotte-Cunci, Pédégère de France Télévisions pourrait se voir proposer la Direction de Radio France. Ballon d'essai avant la holding, elle-même avant la fusion, elle même juste avant … l'extinction. Les temps sont durs, très durs même. Insidieusement et ouvertement des brèches se sont ouvertes pour torpiller l'audiovisuel public. C'est un très mauvais signe pour la démocratie et plus encore un très mauvais présage pour la radio publique.

(1) Rappelons-le à tous les médias, Radio France n'est pas un groupe mais une Société.

mercredi 28 janvier 2026

France Culture : profils perdus… (pour la radio) !

C'est du miel. "Profils perdus" cette émission hebdomadaire de France Culture qui aurait démarré à la rentrée 1987 (j'emploie le conditionnel car je ne suis pas complètement sûr de la date, fin à la rentrée 96, avec différentes productrices et producteurs) me donne une belle occasion de m'intéresser à de nombreux profils perdus (par la chaîne) depuis 1999. 1999, pourquoi cette date ? Tout simplement parce que l'arrivée de Laure Adler comme Directrice de la chaîne va provoquer sa part de "pertes et profils" qui depuis lors deviendront presque une marque de fabrique, une méthode de management (sans ménagement), un renoncement aux fondamentaux de France Culture.

Agathe Mella,
première directrice de France Culture
(1973-1975)






















Au-delà de ses compétences et de ses intuitions radiophoniques, Madame Adler, nommée par le nouveau Pdg de Radio France, Jean-Marie Cavada, doit se plier aux injonctions d'un certain Arnaud Ténèze, ex-conseiller artistique de l'ORTF qui, pour le précédent Pdg, Michel Boyon, a rédigé un rapport sulfureux (1) qui renverse la table et voue aux gémonies la singularité de la chaîne culturelle. Moins d'émissions "élaborées", durée autour de l'heure juste, plus (+) de directs, moins de producteurs tournants et autres préconisations brutales pour désingulariser la "patte" de France Culture.

Alors les profils perdus il y en a une palanquée. Un inventaire à la Prévert sans la moindre trace d'un seul raton laveur (mais plutôt un raton dégraisseur) n'y suffirait pas. Que des producteurs-productrices quittent la chaîne, bien sûr c'est la vie normale (et la mort) d'une société et de ses acteurs, mais que les dirigeants successifs s'emploient à être plus sensibles aux chiffres d'audience qu'aux contenus des émissions, à enfermer la production dans les studios et de plus en plus à ignorer le "terrain", sur-affichant l'information comme l'alpha et l'oméga du média, se pliant aux désidératas du Directeur du numérique (2) en fabricant d'abord des podcasts et des Collections dans le but non-avoué de se plier à la tyrannie du clic.

Alors de ces "profils perdus", toujours vivants dans les Nuits de France Culture d'Albane Penaranda, on pourrait faire une Collection et, pourquoi pas, tentons le mot, une encyclopédie vivante de l'histoire de France Culture. Raconter sa fabrique mais aussi les personnalités qui ont participé à faire, de cette chaîne, pendant longtemps, une exception culturelle et médiatique. Il me faudrait des pages et des pages pour aligner des noms. Un genre de "A à Z".

Ça pourrait commencer par Arrighi (Marie-Dominique, productrice) pour aller jusqu'à Wolinski (Natacha, productrice). Et là, à l'appui de documents sonores, on pourrait produire des "pages et des pages" sur l'histoire de la radio. Une utopie ? Oui, vu le si peu d'intérêt pour les dirigeants de Radio France de mettre en valeur l'histoire même de la radio quand ils sont tous passés à l'audio et à la plateformisation, façon habile de mettre à plat (à terre ou à genoux) les ondes hertziennes, la modulation de fréquence et la temporalité même de la radio au jour le jour, voire même "du jour au lendemain"…

(1) "L'avenir de France Culture", Arnaud Ténèze, document interne, Radio France, 97 pages, 1997, 
(2) Laurent Frisch, Directeur du Numérique à Radio France,

lundi 26 janvier 2026

Un principe archivistique : fouiller… alors fouillons !

Il y aura sans doute des analyses climatiques qu'on pourra rapporter à l'histoire de France… Culture. Si nous sommes entrés depuis 1999 dans l'époque glaciaire, nous pouvons - à façon - revenir à l'âge des dinosaures, toutes les nuits sur la chaîne… Avant, on vivait tous ensemble les mêmes heures, les mêmes jours, les mêmes saisons. C'est fini, chacun vit dans son monde au risque d'être de plus en plus isolé dans sa petite sphère, puisse t-elle au moins avoir la largeur d'esprit du France Culture d'avant ?

Fernand Braudel










Avant, l'Histoire régnait en maître sur la chaîne et les Lundis de l'histoire (1966-2014) rivalisaient de savoir. Parmi les historiennes et historiens qui venaient partager leurs recherches, Fernand Braudel (1902-1985) a pu marquer le temps long d'une histoire toujours en mouvement à laquelle historiennes et historiens ont activement participé. Dans "Les grandes voix du XXème siècle"  Albane Penaranda, productrice des Nuits, lui rend hommage et nous permet d'entendre comment historiens et intellectuels tentent de décrire le parcours d'un "savant" qui, toujours à sa place, ne passait pas son temps à écumer les médias mainstream en quête de légitimité morale.

Au mois d'août 1995, 4h55 d'émission. Un temps où, sous la direction de Jean-Marie-Borzeix (1941-2024) France Culture savait elle aussi installer le temps long…

vendredi 23 janvier 2026

RTL : future filiale de France Inter…

 Les cerveaux quittent France Inter "le navire amiral" de Radio France. Enfin les cerveaux, disons plus simplement des personnes en charge de postes stratégiques… À la précédente rentrée de septembre, après que Jonathan Curiel ait effectué moins d'un an son stage  rémunéré à France Inter de Directeur des programmes, il réintègre à la rentrée 2025 le groupe M6 pour diriger les trois radios du groupe, RTL, Fun Radio et RTL2. Ni France Inter ni Radio France ne sachant valoriser en interne les femmes et les hommes capables d'occuper ce poste, même si exception c'est Laurent Goumarre qui remplacera Curiel (1). Puis avant hier c'est au tour de Philippe Corbé, directeur de la rédaction de la chaîne, de quitter ce qui va finir par devenir un frêle esquif… Plus personne n'a de scrupule pour sortir du jeu en pleine saison, sans attendre l'arrivée à bon port.













Visiblement Mme Van Reeth, directrice de France Inter, a du mal à tenir ses troupes et à construire une équipe sur la durée. Cette chaîne de Radio France serait-elle le lieu où l'on vient se poser "en attendant mieux" ?  Ces mouvements de carrière commencent un peu à faire désordre. Si Corbé rejoint France TV,  il semble bien qu'RTL fasse son marché sur Inter et là on se dit comment se fait-il que Nagui n'ait pas lui même quitté le navire pour rejoindre la radio qui l'avait employé de 1987 à 2006. 19 ans quand même !

Seulement voilà à Radio France Nagui a un statut particulier de bénévole, et ce semble-t-il depuis 2014 où il a intégré les programmes de France Inter. Alors s'il est facile de débaucher les vedettes du service public de la radio, il est plus compliqué de débaucher un bénévole dont on peut imaginer qu'il souhaite garder son statut. Pourtant les audiences de RTL pourraient largement en profiter. Et Curiel qui sait si bien copier les programmes d'Inter n'aurait plus qu'à mettre Nagui à 11h et retirer 1h à Courbet qui, au bout de 25 ans, pourrait prétendre à diminuer la pression.

Nagui n'a jamais été dans le ton ou la couleur Inter. Ce serait l'occasion de réinventer une case qui aurait bien besoin d'être rafraîchie. Quel directeur des programmes oserait ça ? Laurent Goumarre ? Quelle directrice de chaîne ? Adèle Van Reeth avant qu'elle-même ne quitte le navire ? La tempête et les vagues n'ont pas fini d'agiter le bateau. Comme disait l'autre "Et vogue la galère !".

(1) Sous la responsabilité de Jonathan Curiel, directeur général des radios M6, Antoine Blin rejoindra prochainement RTL en tant que directeur de l’antenne en charge de la stratégie éditoriale. Depuis fin 2024, Antoine Blin était directeur des programmes réseau ICI – musique et contenus chez Radio France. Il avait rejoint France Inter en 2019, d’abord en tant que délégué à l’antenne puis en tant que directeur des antennes et de la production (2021-2024). 

lundi 19 janvier 2026

Radio-TV : nous sommes deux sœurs jumelles…

Ces sœurs jumelles-là ne semblent pas être nées sous le signe des gémeaux mais au fil du temps, leur gémellité va croissant. Pour s'en convaincre nous avons bien lu le projet de France TV que le Figaro détaille par le menu dans son article du 16 janvier (1). Misons tout sur le numérique et les réseaux sociaux et abandonnons définitivement progressivement le linéaire, voilà donc le credo de Delphine Ernotte, Pédégère de France Télévisions. La Direction du numérique de Radio France se frotte les mains. Déjà prête pour la bascule elle pourra toujours clamer qu'elle ne pouvait rester à la traîne de la TV ! Ben voyons Léon ! Comme si la radio devait appliquer un modèle définitif, prête depuis longtemps à faire table rase du passé. Mais qui parle de radio ?













Mue de France TV : morceaux choisis
Delphine Ernotte : "J’engagerai dès ce mois-ci la plus importante réorganisation du groupe depuis vingt ans… Celle qui mettra le numérique au cœur de nos activités. Elle fera du streaming et de notre présence sur les médias sociaux la part principale de notre activité." (1) . Et l'article enfonce le clou : "France Télévisions veut devenir un média nativement numérique et va se réorganiser autour d’un modèle "streaming first".

Caroline Sallé précise : "Delphine Ernotte avait déjà souligné qu’elle souhaitait donner la priorité à la plateforme France.tv et repenser l’organisation du groupe public autour de cette dernière." La messe est dite. Il ne reste plus àRadio France qu'à sortir du bois.

Radio France : plate forme… audio
Pour la société (et non le groupe) Radio France tout est prêt. Au dixième étage de la Maison de la radio (2), la Direction amirale du Numérique règne et surplombe ce qu'on appelait autrefois des "chaînes". "Chaînes" que moquait gentiment le journaliste Philippe Caloni car si on y ajoutait "Grilles" (de programmes) et "Cellules" (de montage) donnaient à l'affaire une ambiance… carcérale !!!!!!!!

La mue de Radio France engagée depuis 2014 est accomplie. Les chaînes, fameuses marques, à promouvoir et promues depuis les années 2010, ont fini par s'effacer au profit de Radio France et sa plateforme "radiofrance.fr". Ne reste pour l'identité des chaînes que la promotion surjouée des audiences et la mise en avant des leaders Inter, Culture, Info !

L'identité, la singularité, la différence de chaque chaîne n'existera plus qu'avec un pictogramme de couleur dans un grand fourre-tout de programmes de podcasts et de collections multiples et variés. Un peu comme devant la page d'accueil de Netflix ou de MyCanal. L'embarras du choix. Et surtout l'embarras ! CQFD !

(1) France Télévisions lance sa "plus importante réorganisation depuis vingt ans" par Caroline Sallé, Le Figaro,16 janvier 2026,
(2) Pour combien de temps encore "Maison de la radio", alors que l'audio est sur toutes les lèvres !

lundi 12 janvier 2026

L'affaire Dominici/Giono/Welles…

Je suis assez étonné d'avoir "loupé" en 2017 le documentaire de Stéphane Bonnefoi et Jean-Philippe Navarre (30 avril 2017) "Giono et Welles dans l'affaire Dominici". Rediffusé en flux hier dimanche sur France Culture et quelques heures après dans "Les nuits" comme il est de coutume qu'"Une histoire particulière" soit rediffusée dans les nuits du dimanche au lundi !!!!!!!!  Ou le charme des rediffusions de rediffusions.

Gaston Dominici lors de son procès en 1954 ©AFP












Bonnefoi est à son affaire. Je veux dire qu'il traite toujours avec humanité ses sujets (1). Et là si je puis m'exprimer ainsi "c'est du billard !" tant les personnalités de Gaston Dominici, de Jean Giono et d'orson Welles peuvent épouser la tension romanesque de l'assassinat en août 1952 de la famille Drummond sur les terres de Haute-Provence. Je n'ai pas vu le "film" de Welles mais Bonnefoi qui fait raconter les conditions du tournage nous incite à aller y voir de plus près.
Welles touché par un "fait divers" comme Truman Capote avait pu être touché par le meurtre d'une famille de fermier au Kansas dont il avait tiré son roman de non-fiction "De sang froid".

Giono quant à lui est à son affaire, lui le chantre de la fiction dans sa Provence inventée. Se colleter avec la réalité des secrets de la campagne incitera Giono à suivre le procès de bout en bout et à écrire "L'affaire Dominici" (2). Bonnefoi sait en un peu moins d'une heure mettre à plat tous les éléments du drame et donne envie de relire Giono, de revoir Gabin dans son interprétation de Dominici et surtout de courir après Welles pour en savoir "encore plus".

(1) Dans la colonne de droite de ce blog, dans la case "Vous cherchez quoi ?" en indiquant le prénom et nom du producteur, vous trouverez plusieurs articles le concernant.
(2) "Notes sur l'affaire Dominici", Jean Giono, Gallimard,

lundi 5 janvier 2026

Archives, juste les archives…

Comment faire autrement ? Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997), en créant en janvier 1985 les Nuits de France Culture, imaginait un Himalaya de mémoire radiophonique à explorer (ou à gravir), tant chaque jour grossirait un stock inépuisable. Ce patrimoine inestimable est passionnant pour les années avant 2010. Après ce n'est plus tout à fait la même chose. Dans le ton, dans la voix, dans sa palette d'ouverture au monde. Le documentaire est riche et plusieurs émissions s'y adonnent. Alors c'est plutôt de ce côté-là que j'ai envie de vous parler radio.

©Getty - Chris Ware/Keystone/Hulton Archive












George Martin, ce héros !
Déjà prendre le nom de cinquième Beatles c'est la gloire. Méritée cette gloire tant le producteur a fait ou accompagné les quatre légendaires de Liverpool. Dans "Indigo" (1995), nos beaux dimanches, sur France Culture, Jean-Luc Leray et Patricia Prigent (Réalisation) tissent la toile du "réalisateur artistique", discret, efficace et surtout doté d'une oreille et de doigts en or.

"Free as a bird" ouvre l'émission, comme un clin d'œil aux cinq petits génies plus libres que l'air. Fais comme l'oiseau… Ce que fit George depuis le 6 juin 62 et pendant sept ans et demi. Et l'injonction qu'il s'imposa "Pensez symphonique" fut sans doute une des clefs du succès des ritournelles des quatre garçons dans le vent. Ne retenons que le quatuor à cordes de "Yesterday" pour comprendre l'alchimie du musicien classique Martin et les fous de chansons mélodiques qui - formule éculée - ont fini par créer des airs intemporels.

Avait t-on les oreilles bouchées dans les années 60 pour ne retenir des Beatles que des tubes pop et rock ? L'art de l'arrangeur qui arrange au point de "passer inaperçu"… Réécoutez Eleonor Rigby… pour voir ! Et retenons cette formule de George, placée au coin du bons sens, "Aujourd'hui on écoute avec les yeux !" CQFD.

Et pour faire un petit pas de côté, écoutez "Tin man" d'America produite par… George Martin. 

vendredi 2 janvier 2026

Écrire pour le Nouvel an ou écrire pour la radio (du Nouvel An) ?

Le 31 décembre 1987 (oh Mathusalem !) Louis-Jean Calvet et Marc Legras consacraient une nuit à Léo Ferré. Et quelle nuit (1), Léo accueillant ses amis à la Maison de la radio (2). Joie, malgré mes enregistrements de l'émission sur Mini Disc (Sony) de pouvoir la réécouter en intégrale (3). Albane Penaranda, productrice des "Nuits de France Culture", pour cette nuit du passage de l'An, nous a proposé de réécouter "Un nouvel an en compagnie de Paolo Conte", une émission du 31 décembre 1998.

Paolo Conte en concert en 1994









En dix ans, cette nuit musicale a pris un sérieux coup de rabot (4). Jacques Erwan, cisèle ces deux heures (5) et à son micro, le créateur d'Azzuro est "comme à la maison". Ça parle d'abord de repas du Nouvel an, de vins de la région d'Asti) et sa chanson "Un gelato al limon" est dans le ton. "Une glace au citron, glace au citron, glace au citron, Couler au fond d'une ville Une glace au citron est du vrai citron, Aimez-vous?"

Paolo Conte est entrainant et nous donne envie de chanter, comme si c'était du français sauf que c'est du plus bel italien. "Diavolo rosso, dimentica la strada Vieni qui con noi a bere un'aranciata Contro luce tutto il tempo se ne va" (Diable rouge, oublie la route Viens ici avec nous boire une orangeade À contre-jour, tout le temps s'en va).

"L'italien que j'évoque dans mes chansons c'est un italien qui évoque la gêne de parler italien…" (vis à vis entre autres du dialecte piémontais)… Comme toujours cette langue nous (me) plonge dans une belle empathie et une proximité pour "être avec". On comprend bien comment Léo (Ferré) a pu "finir ses jours" en Italie. Et puis la langue et ses accents manquent sur France Culture… Je pense particulièrement à Francesca Isidori et ses très belles "Affinités électives" (6)

Allez, j'avais envie de vous faire partager ma passion pour l'Italie et pour Paolo Conte…

(1) Réalisation Claude Guerre
(2) Jean-Michel Boris, Jean-Claude Casadesus, Jean-Pierre Chabrol, Jacques Attali, Francis Claude, Maxime Le Forestier, Anne-Marie Houdebine, Paco Ibanez, Sapho, Catherine Sauvage et Jean Vasca,
(3) Enfin presque, aux six heures, il manque 20' (perdues ou quelque part à l'Ina),

(4) Directeur de la chaîne, Patrice Gélinet (1997-1999), 
(5) Réalisation Patricia Prigent