"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
lundi 16 février 2026
La radio : les samedis et les dimanches au XXè siècle…
lundi 9 février 2026
La radio : comment ça marche ?
Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?
Eve Ruggieri ©AFP |
C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.
La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).
Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.
La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !
vendredi 6 février 2026
Radio France : Hyper Bazar Festival (et pas que le week-end)…
Ce que d'aucuns (les médias) appellent déjà le mercato radio, avant échéances électorales à Radio France, ou d'autres un jeu (pitoyable) de chaises musicales ressemble beaucoup plus au "Mécano de la Générale". Changer les directeurs de trois chaînes ce n'est plus un mercato mais plutôt l'effet domino suite au départ de la Directrice de France Inter, Adèle Van Reeth. Quant aux chaises musicales commençons par noter que la chaine musicale de Radio France, France Musique, ne fait pas partie du jeu, alors que…
mercredi 28 janvier 2026
France Culture : profils perdus… (pour la radio) !
C'est du miel. "Profils perdus" cette émission hebdomadaire de France Culture qui aurait démarré à la rentrée 1987 (j'emploie le conditionnel car je ne suis pas complètement sûr de la date, fin à la rentrée 96, avec différentes productrices et producteurs) me donne une belle occasion de m'intéresser à de nombreux profils perdus (par la chaîne) depuis 1999. 1999, pourquoi cette date ? Tout simplement parce que l'arrivée de Laure Adler comme Directrice de la chaîne va provoquer sa part de "pertes et profils" qui depuis lors deviendront presque une marque de fabrique, une méthode de management (sans ménagement), un renoncement aux fondamentaux de France Culture.
| Agathe Mella, première directrice de France Culture (1973-1975) |
lundi 26 janvier 2026
Un principe archivistique : fouiller… alors fouillons !
Il y aura sans doute des analyses climatiques qu'on pourra rapporter à l'histoire de France… Culture. Si nous sommes entrés depuis 1999 dans l'époque glaciaire, nous pouvons - à façon - revenir à l'âge des dinosaures, toutes les nuits sur la chaîne… Avant, on vivait tous ensemble les mêmes heures, les mêmes jours, les mêmes saisons. C'est fini, chacun vit dans son monde au risque d'être de plus en plus isolé dans sa petite sphère, puisse t-elle au moins avoir la largeur d'esprit du France Culture d'avant ?
| Fernand Braudel |
Avant, l'Histoire régnait en maître sur la chaîne et les Lundis de l'histoire (1966-2014) rivalisaient de savoir. Parmi les historiennes et historiens qui venaient partager leurs recherches, Fernand Braudel (1902-1985) a pu marquer le temps long d'une histoire toujours en mouvement à laquelle historiennes et historiens ont activement participé. Dans "Les grandes voix du XXème siècle" Albane Penaranda, productrice des Nuits, lui rend hommage et nous permet d'entendre comment historiens et intellectuels tentent de décrire le parcours d'un "savant" qui, toujours à sa place, ne passait pas son temps à écumer les médias mainstream en quête de légitimité morale.
Au mois d'août 1995, 4h55 d'émission. Un temps où, sous la direction de Jean-Marie-Borzeix (1941-2024) France Culture savait elle aussi installer le temps long…
vendredi 23 janvier 2026
RTL : future filiale de France Inter…
Les cerveaux quittent France Inter "le navire amiral" de Radio France. Enfin les cerveaux, disons plus simplement des personnes en charge de postes stratégiques… À la précédente rentrée de septembre, après que Jonathan Curiel ait effectué moins d'un an son stage rémunéré à France Inter de Directeur des programmes, il réintègre à la rentrée 2025 le groupe M6 pour diriger les trois radios du groupe, RTL, Fun Radio et RTL2. Ni France Inter ni Radio France ne sachant valoriser en interne les femmes et les hommes capables d'occuper ce poste, même si exception c'est Laurent Goumarre qui remplacera Curiel (1). Puis avant hier c'est au tour de Philippe Corbé, directeur de la rédaction de la chaîne, de quitter ce qui va finir par devenir un frêle esquif… Plus personne n'a de scrupule pour sortir du jeu en pleine saison, sans attendre l'arrivée à bon port.
(1) Sous la responsabilité de Jonathan Curiel, directeur général des radios M6, Antoine Blin rejoindra prochainement RTL en tant que directeur de l’antenne en charge de la stratégie éditoriale. Depuis fin 2024, Antoine Blin était directeur des programmes réseau ICI – musique et contenus chez Radio France. Il avait rejoint France Inter en 2019, d’abord en tant que délégué à l’antenne puis en tant que directeur des antennes et de la production (2021-2024).
lundi 19 janvier 2026
Radio-TV : nous sommes deux sœurs jumelles…
Ces sœurs jumelles-là ne semblent pas être nées sous le signe des gémeaux mais au fil du temps, leur gémellité va croissant. Pour s'en convaincre nous avons bien lu le projet de France TV que le Figaro détaille par le menu dans son article du 16 janvier (1). Misons tout sur le numérique et les réseaux sociaux et abandonnons définitivement progressivement le linéaire, voilà donc le credo de Delphine Ernotte, Pédégère de France Télévisions. La Direction du numérique de Radio France se frotte les mains. Déjà prête pour la bascule elle pourra toujours clamer qu'elle ne pouvait rester à la traîne de la TV ! Ben voyons Léon ! Comme si la radio devait appliquer un modèle définitif, prête depuis longtemps à faire table rase du passé. Mais qui parle de radio ?
lundi 12 janvier 2026
L'affaire Dominici/Giono/Welles…
Je suis assez étonné d'avoir "loupé" en 2017 le documentaire de Stéphane Bonnefoi et Jean-Philippe Navarre (30 avril 2017) "Giono et Welles dans l'affaire Dominici". Rediffusé en flux hier dimanche sur France Culture et quelques heures après dans "Les nuits" comme il est de coutume qu'"Une histoire particulière" soit rediffusée dans les nuits du dimanche au lundi !!!!!!!! Ou le charme des rediffusions de rediffusions.
| Gaston Dominici lors de son procès en 1954 ©AFP |
Welles touché par un "fait divers" comme Truman Capote avait pu être touché par le meurtre d'une famille de fermier au Kansas dont il avait tiré son roman de non-fiction "De sang froid".
lundi 5 janvier 2026
Archives, juste les archives…
Comment faire autrement ? Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture (1984-1997), en créant en janvier 1985 les Nuits de France Culture, imaginait un Himalaya de mémoire radiophonique à explorer (ou à gravir), tant chaque jour grossirait un stock inépuisable. Ce patrimoine inestimable est passionnant pour les années avant 2010. Après ce n'est plus tout à fait la même chose. Dans le ton, dans la voix, dans sa palette d'ouverture au monde. Le documentaire est riche et plusieurs émissions s'y adonnent. Alors c'est plutôt de ce côté-là que j'ai envie de vous parler radio.
| ©Getty - Chris Ware/Keystone/Hulton Archive |
vendredi 2 janvier 2026
Écrire pour le Nouvel an ou écrire pour la radio (du Nouvel An) ?
Le 31 décembre 1987 (oh Mathusalem !) Louis-Jean Calvet et Marc Legras consacraient une nuit à Léo Ferré. Et quelle nuit (1), Léo accueillant ses amis à la Maison de la radio (2). Joie, malgré mes enregistrements de l'émission sur Mini Disc (Sony) de pouvoir la réécouter en intégrale (3). Albane Penaranda, productrice des "Nuits de France Culture", pour cette nuit du passage de l'An, nous a proposé de réécouter "Un nouvel an en compagnie de Paolo Conte", une émission du 31 décembre 1998.
Paolo Conte en concert en 1994
En dix ans, cette nuit musicale a pris un sérieux coup de rabot (4). Jacques Erwan, cisèle ces deux heures (5) et à son micro, le créateur d'Azzuro est "comme à la maison". Ça parle d'abord de repas du Nouvel an, de vins de la région d'Asti) et sa chanson "Un gelato al limon" est dans le ton. "Une glace au citron, glace au citron, glace au citron, Couler au fond d'une ville Une glace au citron est du vrai citron, Aimez-vous?"
Paolo Conte est entrainant et nous donne envie de chanter, comme si c'était du français sauf que c'est du plus bel italien. "Diavolo rosso, dimentica la strada Vieni qui con noi a bere un'aranciata Contro luce tutto il tempo se ne va" (Diable rouge, oublie la route Viens ici avec nous boire une orangeade À contre-jour, tout le temps s'en va).
"L'italien que j'évoque dans mes chansons c'est un italien qui évoque la gêne de parler italien…" (vis à vis entre autres du dialecte piémontais)… Comme toujours cette langue nous (me) plonge dans une belle empathie et une proximité pour "être avec". On comprend bien comment Léo (Ferré) a pu "finir ses jours" en Italie. Et puis la langue et ses accents manquent sur France Culture… Je pense particulièrement à Francesca Isidori et ses très belles "Affinités électives" (6)
Allez, j'avais envie de vous faire partager ma passion pour l'Italie et pour Paolo Conte…