lundi 15 juin 2026

Tentative de description d'un moment de radio… (avec la complicité de Georges Pérec)

C'est pas tout à fait pareil d'écrire le samedi matin (ce billet) qu'un autre jour de la semaine. Pourquoi ? Sans doute le calme ambiant et l'idée (paradoxale) que plusieurs d'entre nous sont au repos. C'est le moment idéal aussi pour réfléchir à une "formule" (qui a fait son temps), un principe "l'équipe de réalisation" usitée sur France Culture jusqu'à la fin des années Borzeix (1997). Plus encore qu'un moment de radio (nous y reviendrons) il s'agit peut-être d'évoquer ces équipes qui avec productrices et producteurs forment la chaîne de fabrication de la radio. Une chaîne dont, s'il venait à manquer un maillon, l'ensemble serait affaibli pour ne pas dire boiteux ou bancal. Et pourtant c'est ce à quoi s'emploient les détricoteurs de la radio publique.

Carrefour Mabillon

















Au prétexte de l'excellent exercice radiophonique de Georges Perec (1) à écouter pour revivre un instantané minuscule (et majuscule) d'un lieu parisien "Le carrefour Mabillon" (2), je me suis comme d'habitude intéressé à la désannonce qui, comme souvent m'entraîne dans des enchainements fabuleux. Ici à la réal Marie-Dominique Arrighi  avec qui, d'escaliers en escaliers je dévale les pentes de ma mémoire. Arrighi avec qui l'auteur (libraire, éditeur, traducteur, poète) François Maspero aimait beaucoup travailler. Au son, Michel Creïs qui a du sans doute faire quelques acrobaties de micros et de perche pour attraper tout ce qui bruissait sur ce Carrefour.

Creïs qui, parmi sa longue carrière à Radio France, avait aussi attrapé les cris du cochon avec Andrew Orr (3). Cette idée d'"équipe de réalisation" dit bien un esprit de corps, un esprit de faire ensemble, chacun à son métier, mais chacun avec l'autre. Genre de compagnonnage dans le labeur. Je n'ose parler de fraternité… Cet ensemble solide et efficace va, par des fossoyeurs patentés, se voir attaquer au point de tenter de faire des moutons à cinq pattes et de cloner l'opérateur du son et le ou la réalisatrice en TCR (Technicien Chargé de la Réalisation). Déjà nommer des fonctions par des acronymes dit beaucoup du management ! Mais "pire encore" le réalisateur ou la réalisatrice a disparu du programme musical de Fip.

Les mêmes procédés sur la longue durée pour, au chausse-pied, faire muter la radio et, petit à petit, la désincarner d'une fabrique humaine sensible. Les désannonces sont toujours porteuses de quelque chose qui va plus loin que les émissions elles-mêmes, qui racontent un parcours, une histoire qui se mêlent à l'histoire de la radio, en un tout qu'il s'agit aujourd'hui de réduire à des morceaux (les podcasts) qui s'empilent ou s'effacent les uns derrière les autres.

Et pour paraphraser Françoise Seloron avec son "cri du cochon", il va être plus que temps d'enregistrer "Le cri de la radio"…

(1) "Tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978", ""Mabillon, 19 mai 1978, il est dix heures moins vingt. Le temps est pluvieux. La circulation est plutôt fluide. La plupart des gens ont leur parapluie ouvert." C'est ainsi que Georges Perec commence à dérouler sa liste épurée des aventures ordinaires d'un des plus célèbres carrefours parisiens".

(2) Moi ce mot "Mabillon" m'évoque immédiatement la chanson de Ferré, "Gaby" du temps où le chanteur se produisait à l'Arlequin (Rue Montfaucon, Paris) genre à deux minutes du carrefour Mabillon… "Tu t'rappelles ? Ah… près du métro Mabillon"…
(3) "À chaque porc vient la Saint-Martin", Atelier de Création Radiophonique, France Culture, 15 avril 1979, Andrew Orr, Marie-Dominique Arrighi, Michel Creïs.

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