"Un hameau perdu dans la montagne en Haute-Provence". Le décor est posé et comme le disait Jean Carrière (1938-2005) à propos de Giono, la première phrase d'un livre peut tout changer à la vie et de citer "Que ma joie demeure"… "C'était une nuit extraordinaire" qui aura bouleversé sa vie et provoqué de formidables entretiens avec l'auteur né à Manosque. Ici pour cette création théâtrale, adaptée pour la création radiophonique, "Le bout de la route", on plonge dans un certain mystère, celui que Giono sait instiller dans tous ses romans. Une atmosphère de personnages et de paysages très loins de ceux truculents de Pagnol, l'enfant d'Aubagne.
"Vous allez loin, dit Albert le propriétaire de l'ancienne auberge ? Non je suis arrivé répond Jean le protagoniste de l'histoire". Il est arrivé au bout (de la route) et pourtant tout commence. Tout commence dans la féérie romantique de la manière Giono d'avant la deuxième guerre mondiale, en 1931 précisément. Un temps ou Giono a quitté la banque pour se consacrer à l'écriture. Ici les dialogues sont de la force de ce pays de Provence, reculé, à l'abri encore un peu de la modernité.
"Je suis légère, je sens ta force, on dirait qu'elle boit le ciel" dit Mina, main dans la main avec Jean. "Boire le ciel" c'est sûrement ce qui a ému tant de lecteurs des premières heures, les personnes connues (Pierre Bergé, Yvan Audouard, …) et les inconnu-es qui accompagnaient Giono au Contadour. On y est, pas loin et peu importe. On voyage. On est entré dans l'histoire bien mieux que la mode qui agite les stories… sans histoire. On est entré en Provence ou même n'importe où, même si les femmes et les hommes ont un accent. L'important c'est d'y être et de s'y fondre.
Et puis avec Giono on va dans la lenteur. À son pas de marche. Au rythme de sa pensée qui pèse chaque mot qu'il écrivait de son écriture serrée à la plume Nostradamus (ça ne s'invente pas).
Je crois que je n'ai plus besoin d'écrire pour vous laisser le plaisir d'écouter à l'ombre du ou des soleils qui tapent déjà un peu trop fort.
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