vendredi 24 juillet 2026

Changement de décor… ils ne croyaient pas si bien dire !

1997. Patrice Gélinet est nommé Directeur de France Culture. Jean-Marie Borzeix (1941-2024) quitte le joli navire qu'il pilotait depuis 1984, à la suite d'Yves Jaigu qui avait dirigé la chaîne depuis 1975 quand Radio France était devenue autonome après la dissolution de l'ORTF par le pouvoir giscardien en 1974. Gélinet, le producteur de radio, ne va pas s'empêcher de déconstruire la grille de la radio culturelle. À commencer par le "Pays d'ici" l'émission qui, quatre jours par semaine aura sillonné la France, en long, en large et en travers depuis 1984 et fait sortir productrices et producteurs du cénacle parisien.

Les Landes*














Laurence Bloch deviendra quelques années après la création de l'émission, sa coordinatrice, choisie par Borzeix qui a repéré les talents de la productrice. Aussi quand Gelinet annonce la fin du "Pays d'ici", Bloch s'effondre et avec elle, productrices et producteurs qui se demandent bien à quelle sauce radiophonique ils vont être mangés. Un genre de pirouette fera s'installer "Changement de décor", les mêmes jours, aux mêmes heures mais déjà certainement avec moins de moyens. Traine déjà dans les couloirs le "Rapport Ténèze" (1) qui radicalement veut désingulariser France Culture.

Albane Penaranda, productrice des Nuits nous donne l'occasion de réécouter un épisode de "Changement de décor" dans les Landes (2) où l'on retrouve la voix de Laurence Bloch qui a repris son bâton de pèlerin pour retourner sur le terrain. C'était il y a déjà vingt-huit ans et Bloch était à sa place pour animer des émissions dans lesquelles elle savait associer intellectuels et femmes et hommes en prise avec les sujets évoqués. Ce numéro sur les Landes m'évoque instantanément la productrice Marie-Paule Vettes native de ce pays-là, que l'on retrouvait aussi dans un "Été atlantique".

Ces émissions nous faisaient rêver, voyager, transcender le quotidien de notre petit cercle de réalités microscopiques. La radio, et particulièrement France Culture, jouait ce jeu-là et comme ce fut mon cas, nous rendait accro à l'écoute. Coûte que coûte. Juste avant que l'info ne s'impose comme l'alpha et l'oméga du flux radiophonique. "Le monde appartient à ceux qui l'écoutent" disait le slogan de France Culture depuis 1995. Il semblerait qu'il y ait maintenant du monde qui l'écoute (3). Quand d'autres ont fait le choix de ne plus appartenir à cette communauté radiophonique qui, comme toutes les chaînes du service public, en s'engouffrant dans la plateforme, ont renoncé à faire de la radio. Changement de décor radical.

* Cet article a été écrit avant les immenses feux qui ravagent Le Cap-Ferret.

(1) À la demande du Pdg, Michel Boyon, l'ancien conseil artistique ORTF, Arnaud Ténèze, publie son rapport en avril 1997, 96 pages, Radio France,
(2) Quatrième épisode de la série sur les Landes, du 13 au 16 avril 1998. 1- Bernard Manciet, poète et romancier, qui publie en Gascon, 2- Le pin de la discorde avec Francis Dupuy, ethnologue, 3- La forêt landaise aujourd’hui,
(3) Ce dont se gaussent la Directrice de la chaîne Emelie de Jong comme la Pédégère Sibyle Veil. Pourtant "Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone). 

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