Il fallait bien que je sorte de la nasse de la semaine épouvantable de rentrée de France Inter qui a tenu toutes ses promesses d'errements et de renoncements. Seul îlot de détente les Nuits de France Culture qui proposaient "Rugby, fête de l'Occident" * par le grand Jean Chouquet (aucun lien de parenté avec Yann Chouquet) et les lectures de Jean-Pierre Marielle et Michel Creton… Pour ce qui concerne ce sport, mâtiné de Sud-Ouest, j'en étais resté au documentaire de Marion Thiba "Le rugby ou le mystère de la balle ovale" (1)…
* Pour l'instant la page de l'émission n'est pas dispo, cliquez ici puis cherchez à 00h54 dans le programme pour écouter le documentaire.
André Boniface (1934-2024) "La foi je l'ai eue à travers le rugby…, ce sport dans le même mouvement que la vague qui finit par venir s'allonger sur le sable. Quand on vit un match c'est comme un morceau de musique." Avant ces mots de l'international de rugby, ce sont Jacques Sallebert, Directeur de la radio à l'ORTF (2) qui exprime sa ferveur d'un sport qu'il appelle une "religion", puis Jean-Pierre Marielle, le comédien qui lira quelques pages d'un auteur sur ce phénomène sportif : le rugby. Et pour Raymond Abelio "Le stade c'était le moment le dimanche où l'on allait communier avec quelque chose d'autre que la vie quotidienne". (3)
Et voilà qu'Antoine Blondin (1922-1991) entre en scène : "Il propose un art subtil de la réussite dans l’abnégation et l’amitié ou l’homme réputé inachevé par essence se complète enfin, à travers les autres. Un semblable culte de la personnalité suppose une juste distribution des tâches et qu’à chacune des évocations physiques correspondent des dispositions morales. On se plaira à considérer que celle-ci affecte les formes des trois vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité." Amen !
Il poursuit "La foi appartient aux avants dans leur conquête du ballon. On les voit têtus, obtus, battre l'air à la touche, afin de s'emboutir dans le paquet de la mêlée où ils tordent de la viande, comme on essore du linge, en roulant inlassablement des bras de lavandière en béton armé. La charité vient des demis qui transmettent la balle par un rapide calcul où l'esprit de finesse s'introduit dans l'esprit de géométrie. Eux on les voit par le sortilège d'un coup de rein, déployé l'éventail de leur partenaire comme une gitane qui s'évente et cette opération par le fait même peut ouvrir un trou d'air vertigineux. L'espérance enfin s'attache à la course des trois-quarts avec l'aubaine éventuelle d'un arrière intercalé, en l'honneur de qui leurs adversaires directs sonnent des halali car le plus pathétique et le plus succulent apparaissent à l'instant où le rugby démasque ce beau visage ouvert, en même temps viril et frivole qu'il a parfois. Cette allégresse concertée où les éclairs de l'improvisation zèbrent le stade par une illumination qui annonce l'aube." Ite misa est.
Le lyrisme de Blondin et sa capacité phénoménale à décrire les postures sportives, comme il a su si bien le faire dans l'Équipe pour tant et tant de Tours de France. Tout ça devrait vous donner envie de rester dans le match et d'écouter les 100' de ce documentaire vibrant.
En 1974 (et avant) pour les après-midi de France Culture, les auditeurs et les auditrices pouvaient téléphoner à la chaîne au 525 42 42 et en PCV s'ils habitaient la Province… O tempora o mores…
(1) Disponible en VOD. à l'Ina,
(2) ORTF (1964-1975) qui vit ses derniers mois avant la création de Radio France,
(3) Il nous en faudrait aujourd'hui des matchs de rugby pour sortir de la vie quotidienne !
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