"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
dimanche 8 décembre 2013
Quelle mémoire ? …
N'importe quand vous rencontrez quelqu'un de votre génération et lui dîtes "Tu te souviens de l'Oreille en coin" ? Il risque très souvent de répondre "Le dimanche matin... ? Avec les politiques ?" Et pour quoi le dimanche matin ? Là, les bras m'en tombent ! L'"Oreille en coin" c'était 13h d'émission du samedi au dimanche et la plupart des auditeurs ne se souviendraient que du dimanche matin... Pourquoi ? Mais pourquoi ?
Où sont passés François Jouffa & Simon Monceau, Claude Dominique, Daniel Mermet, Agnes Gribes, Christine Lamazières, Emmanuel Den, Paula Jacques, Denis Cheyssoux, Leila Djitli, Wylliam Leymergie, Jacques Tremolin, Kriss, Robert Arnaut, Katia David… ? Disparus le labo des inventions radiophoniques, le familistère de la création, le collectif anarcho-gaucho-écolo ? C'est quoi la mémoire : les galéjades des politiques qui viennent se vendre à la radio ? Pipole déjà ? Pierre Codou, le co-fondateur et co-producteur de l'émission qui n'en voulait pas de ces politiques avait peut-être raison !
Alors forcément, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, je suis tombé de très haut quand il m'a fallu découvrir que les rediffusions de l'Oreille ne concerneraient que celles du dimanche matin. Pourquoi ce choix ? Pourquoi cette facilité ? Pourquoi n'avoir pas voulu fouiller ce qui faisait l'essence même de cette "radio dans la radio" ? Garretto-Codou le méritaiten bien, non ? Mais aussi tous les producteurs qui avaient définitivement marqué l'oreille des auditeurs. Les politiques c'est rien, juste un demi-sourire et encore. J'ai gâché ma nuit et étais très triste pour Inter qui ne savait, ne voulait donner toute sa mesure à la radio de création, inventive, impertinente, joyeuse et résistante. Résistante au conformisme et à la facilité.
On ne badine pas avec la mémoire. Cinquante ans ce n'est pas rien. Un travail immense d'éditorialisation était à mettre en œuvre. Qui l'a voulu ? Qui a coordonné le projet ? Pourquoi certaines voix et pas d'autres ? Ou pourquoi "toujours les mêmes" ? À partir de demain et en plusieurs épisodes je reviendrai sur les festivités d'Inter…
vendredi 6 décembre 2013
Les toros… (s'ennuient le dimanche)
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| ©Pablo Picasso |
"L'à-coté" est souvent aussi passionnant ou instructif que l'événement lui-même. Pour toute la littérature et les diatribes qui se sont répandues sur le sujet de la corrida, Mognol apporte sa sensibilité et certainement sa passion. Son parti-pris nous fait partager les sentiments de ceux qui transcendent l'animal à travers le rituel, la coutume, la fête avec leur part de bonne foi et de sincérité quand d'autres n'y verront que justifications. Le sujet est difficile. J'ai écouté ce documentaire pour comprendre. J'ai évacué toutes les images qui affluaient pour me concentrer sur la parole. On "voit" bien le désastre qui aurait consisté à imposer des images qui se seraient focalisées sur la bête quand la parole simple mérite d'être entendue pour ce qu'elle est et non pas pour ce qu'elle est en train de suggérer. Les tenants de la radio filmée diront forcément le contraire. Qu'ils aillent donc faire de la TV ou du documentaire audio-visuel.
Cette fin de semaine à Paris, Phonurgia Nova remettra, son propre prix et le Prix Pierre Schaeffer. Le documentaire d'Alexandre Mognol fait partie de la sélection Schaeffer. Le documentariste me pardonnera, quand j'entends le mot "toro" et le lis écrit en español, je pense à Jacques Brel (c'est pas souvent…)
"Les toros s'ennuient le dimanche
Quand il s'agit de courir pour nous
Un peu de sable du soleil et des planches
Un peu de sang pour faire un peu de boue
C'est l'heure où les épiciers se prennent pour Don Juan
C'est l'heure où les Anglaises se prennent pour Montherlant
Ah!
Qui nous dira à quoi ça pense
Un toro qui tourne et danse
Et s'aperçoit soudain qu'il est tout nu…"
jeudi 5 décembre 2013
Mermet se rapproche de la fenêtre…
Sans nostalgie ni auto-compassion, Daniel Mermet profite du demi-siècle de France Inter pour écouter le quart de siècle (ou presque) de "Là-bas si j'y suis" (1), et autres archives de la radiodiffusion française. Des archives sélectionnées par Norbert Vallée (2) et Antoine Chao, à écouter aujourd'hui dans la boîte ou le poste, d'un temps où "les reporters créaient un art de la suggestion simplement avec la voix, les intonations, les inflexions… où chacun voit des choses différentes" (3). Dans ces deux épisodes, en écoute ci-dessous, Mermet semble apaisé, serein, intervenant peu par-dessus ce qu'il nous donne à entendre. La main sous le menton, le regard plongé derrière la vitre de la fenêtre, il savoure le travail du reporter et ses radio-reportages. Fidèle à celui qui l'a accompagné dans plusieurs émissions, Mermet n'oublie jamais Yann Paranthoën (4), dont il dit que "si certains producteurs ont quelque talent, c'est à Paranthoën qu'ils le doivent".
Dans l'épisode 2, pour la première fois, Mermet a rediffusé son reportage du 23 août 1992 à Sarajevo. Troublant, poignant, cette progression en voiture, entre deux rangées de snippers qui a bien failli coûter la vie à ses trois occupants : Kika Kurovitz, fixeuse-traductrice, Sylvie Coma (5), reporter et Daniel Mermet lui-même, faisant le chauffeur. Sylvie Coma, sauvée par son Nagra… Pour ces deux épisodes dédiés aux reporters, Mermet a pris la peine de se poser et de nous donner l'occasion de stopper pendant 90 minutes une "fuite en avant" vertigineuse et implacable, là-bas, si on y est…
(1) Depuis septembre 1989, horaires variés, France Inter, du lundi au vendredi et depuis septembre 2013 du lundi au jeudi,
(2) Homme de l'ombre, discret, au service de ceux qui sont dans la lumière,
(3) Daniel Mermet,
(4) Ingénieur du son à Radio France,
(5) Voir aussi ici,
mercredi 4 décembre 2013
5% d'émissions excellentes…
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| la maison de la radio en 1963 @RF |
"La marche de l'histoire" a fait le pari de fêter le cinquantenaire de France Inter en abordant cinq thématiques : "Le baptême de France Inter", "L'information au temps du Général", "Les auditeurs", "Les nuits", "Une réalisatrice : Maryse Friboulet". Il était bien normal que pour la première émission de cette série, Jean Lebrun invite, l'historien des médias, Jean Noël Jeanneney. Et comme à son habitude Lebrun caracole entre passé, présent et avenir emmenant son érudit invité a poser et contextualiser ce qui a participé de la naissance de la nouvelle radio publique "France Inter" sur le socle de "Paris Inter". Et comme toujours avec Jeanneney on se régale de sa façon de raconter, posée, savante et captivante.
L'homme est suffisamment libre pour pouvoir, sans détour, évoquer sur les ondes nationales, la concurrence en 1963 des radios "périphériques" commerciales, Radio Luxembourg (future RTL) et Europe n°1. Et de constater qu'à la radio nationale, malgré la puissance créatrice des fondateurs de la radio moderne (1), pèse le poids de l'État, de son ministre de l'information Alain Peyrrefite et de la parole du "Grand commandeur", de Gaulle "La radio est un magnifique instrument de soutien à l'esprit public" (3). Quand, de son côté, le 22 juin 1963, Europe n°1 rassemble pour la "Nuit de la Nation" des centaines de milliers de jeunes galvanisés par ce qu'ils écoutent sur leur transistor "La musique des copains".
Et Jeanneney d'enfoncer le clou de ce qui l'a sûrement animé pendant sa présidence à Radio France (4), "L'image à la télévision détourne de ce qui est dit, alors qu'à la radio ce qu'on entend marque la mémoire et la sensibilité". Cette "vérité" risque d'en prendre un coup dans les prochains mois quand la radio filmée sera devenue la norme. Quant à Lebrun, il retourne, dans une magnifique pirouette, le principe de Roland Dhordain (5), toujours défendu par Philippe Val (6) "Donner à entendre aux gens ce qu'ils ne savent pas qu'ils aimeront" en suggérant "On finit par aimer ce qu'on a pas demandé". Du pur Lebrun qui d'un coup de griffe montre qu'en bon conteur il ne s'en laisse pas conter.
Les players des cinq émissions s'ajouteront en bas de page au fur et à mesure de leur diffusion.
(1) Dont Paul Gilson, directeur des programmes de Paris-Inter qui affirmait "5% d'émissions excellentes ça entraîne tout le reste…",
(2) Charles de Gaulle, président de la République et libérateur de la France en 1944,
(3) Discours d'inauguration de la maison de la radio, le 14 décembre 1963,
(4) 1982-1986,
(5) L'artisan du passage de "Paris-Inter" à France Inter, et futur directeur de la chaîne
(6) Actuel directeur de France Inter.
mardi 3 décembre 2013
Georges Briquet… une voix pour toutes
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| Georges Briquet, 1962 Crédits : Joyeux, Louis / INA |
Le succulent de cet article est là : "il participe à un casting de voix organisé par Miroir des Sports pour Le Poste parisien, en quête de radioreporters. Son phrasé accroche l'oreille des responsables." Ne parlait donc pas qui voulait à la radio. Il fallait, une voix, un ton, un phrasé, du vocabulaire et savoir manier la langue. Si c'était le cas aujourd'hui quelques animateurs/animatrices "inaudibles" feraient un autre métier. Mais vous l'aurez vous-même constaté la voix n'est plus du tout un critère dominant et on pourrait même dire n'est plus un critère du tout. Par là-même la radio en abandonnant cette "qualité" a participé de sa propre banalisation. Et que dire des producteurs récents venus… de la télévision ?
Je n'ai pas dans l'oreille le souvenir de Briquet, même si j'aurais vraiment aimé entendre ça : "Il faisait preuve d'une verve inégalable, écrira Robert Chapatte en 1990 dans L'Équipe Magazine ; et on aurait pu l'enfermer seul dans une pièce qu'il y aurait tenu son auditoire en éveil durant plus de vingt-quatre heures s'il l'eût fallu." (2). Quand aujourd'hui c'est l'image qui devra combler l'absence d'invention, de rédaction et/ou de génie oratoire. Le pire étant atteint quand cette même voix se contentera de commenter ce que tout un chacun sera en mesure de… voir à la radio. Soit l'exact contraire de la pré-science de Briquet : "Vous devez être des photographes par la parole'', développe Daniel Pautrat [journaliste sportif]. Quand on écoutait ses reportages, on était capables de visualiser le décor dans lequel l'action se déroulait." (2)
Lermusiaux, grâce à Briquet, enfonce le clou d'un axiome d'évidence "La radio c'est la voix. Une fois pour toutes."
(1) "Georges Briquet, il était une voix", Jocelyn Lermusiaux,
(2) in, article cité,
Paris-Roubaix, 1944
lundi 2 décembre 2013
Promo radio… déguisée
Puisqu'on est à moins de 7 jours du cinquantenaire d'Inter, voici comment de façon périphérique Léo Ferré fustigeait au début des années soixante les radios qui matraquaient tubes, hits et autres "scies". Ferré fait un pied d'nez à son éditeur phonographique Eddie Barclay, en chantant sur disque Barclay la chanson "Monsieur Barclay".
"Monsieur Barclay m'a demandé "Léo Ferré, j'veux un succès
Afin qu'je puisse promotionner à Europe 1 (1) et chez Fontaine (2)
Et chez Lourier (3) et chez Dufresne (4)" et moi, pas con, j'ai répondu
"Voilà patron, ce que j'ai pondu!"
Yes, yes, boum, bye, tira me la gamba, tira me la gamba
Yes, yes, boum, bye, tira me la gamba sul tramvaye"
Comme quoi à l'époque les maisons de disque comptaient sur les ondes et avaient absolument besoin des radios pour diffuser et prescrire chansons et musiques.
(1) Où le directeur artistique Lucien Morisse, directeur des programmes d'Europe 1 inventa la multidiffusion d'un titre sur une même journée,
(2) Jean Fontaine, "La musique est à vous", France Inter, années 60 et 70,
(3) Georges Lourier, "Le réveil en fanfare" et "GTPM : Grands Talents du Petit Matin", France Inter, années 60,
(4) Claude Dufresne, autre grande voix de France Inter, anchorman des soirées de fin de semaine (samedi et dimanche) et spécialiste de l'opérette, mais qui à l'époque devait officier sur Europe n°1.
Extrait d'un "Discorama", Denise Glaser, ORTF…
"Monsieur Barclay m'a demandé "Léo Ferré, j'veux un succès
Afin qu'je puisse promotionner à Europe 1 (1) et chez Fontaine (2)
Et chez Lourier (3) et chez Dufresne (4)" et moi, pas con, j'ai répondu
"Voilà patron, ce que j'ai pondu!"
Yes, yes, boum, bye, tira me la gamba, tira me la gamba
Yes, yes, boum, bye, tira me la gamba sul tramvaye"
Comme quoi à l'époque les maisons de disque comptaient sur les ondes et avaient absolument besoin des radios pour diffuser et prescrire chansons et musiques.
(1) Où le directeur artistique Lucien Morisse, directeur des programmes d'Europe 1 inventa la multidiffusion d'un titre sur une même journée,
(2) Jean Fontaine, "La musique est à vous", France Inter, années 60 et 70,
(3) Georges Lourier, "Le réveil en fanfare" et "GTPM : Grands Talents du Petit Matin", France Inter, années 60,
(4) Claude Dufresne, autre grande voix de France Inter, anchorman des soirées de fin de semaine (samedi et dimanche) et spécialiste de l'opérette, mais qui à l'époque devait officier sur Europe n°1.
Extrait d'un "Discorama", Denise Glaser, ORTF…
dimanche 1 décembre 2013
Un jour au singulier…
Une femme singulière : Geneviève Ladoues qui longtemps sur France Culture a donné sa voix à des émissions sensibles. Je l'écoutais, le dimanche après-midi avec autant de ferveur qu' "Histoire d'un jour" plusieurs années auparavant sur Europe 1. J'ai assisté à une de ses émissions en direct au "Festival Étonnants voyageurs" à Saint-Malo (années 90). Geneviève Ladoues, sans jamais se mettre en avant, était troublante par ce qu'elle faisait passer grâce à sa voix comme grâce à la qualité de ce qu'elle mettait en onde.
Un jour au singulier du 28 novembre 1993 avec Théodore Zeldin.
Un jour au singulier du 28 novembre 1993 avec Théodore Zeldin.
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