"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
Donc il y a juste huit ans, je frétille à l'idée d'écrire sur "L'Oreille en coin", l'émission culte de France Inter. Parmi toutes ses "vedettes" Claude Dominique a une place à part. Ses émissions sont ciselées comme de la dentelle. Son écriture pointue, tendre, acerbe, drôle ou comi-tragique ! Si vous aimez, vous trouverez sur ce blog plusieurs articles la concernant !
Bon vous allez pas vous plaindre hein ? Je vais vous parler de deux émissions de radio que j'ai écoutées avec mes oreilles à moi personnelles. C'est la trêve, je vais lâcher la radio pour vous parler de radio. Étonnant non ? Zyva Mafalda (1) ! Retour sur écoute… Comme je vous l'avais conseillé, j'ai écouté hier soir Michka Assayas pour son évocation de Motown, "l'usine à tubes". J'ai écouté en direct et, une partie en streaming ce matin (2). L'érudition de Michka est toujours aussi époustouflante et on ne se lasse pas de continuer à apprendre l'histoire. Question programmation musicale, si je peux comprendre (pour avoir échangé avec lui) qu'il a voulu nous faire partager les titres, qui dans son adolescence l'ont fait vibrer, j'eusse aimé que pour la deuxième partie il nous déniche de derrière les fagots quelques galettes "inédites". Mais bon, ce fût son choix. La directrice de la chaîne, Laurence Bloch, qui ne rêve qu'en "gold" a du se pavaner. Par contre, de se taper cinq ou six fois par heure le rappel du nom de l'émission et de son producteur, c'est faire injure aux auditeurs qui répètent à l'envi qu'ils n'ont pas besoin de ça pour identifier immédiatement la chaîne avec laquelle ils sont en affinité (élective, forcément élective) (3). Cette façon barbare héritée du marketeur Schlesinger (4) pollue l'antenne, perturbe l'écoute et ne vaut pas mieux que la pub intrusive pour une banque qui donne envie de la faire… sauter !
Repassez-moi le standard… (à défaut de crème de marrons) Quelques jours plus tôt (dimanche à 19h), Laurent Valero redoublait, comme à son habitude, de talent pour au coin du bois aller débusquer les standard qui donnaient à entendre les différentes interprétations d'un morceau, culte ou pas, ayant marqué l'histoire. Avec "What a difference a day makes" (et sa version originale en espagnol) on eût de quoi se trémousser ou à notre tour se pâmer ! Pour la trémousse Valero n'a pas fait l'impasse sur le hit mondial d'Ester Phillips. Mais, et c'est là tout le talent du maestro, il nous offrit aussi d'entendre la version de Sherri Taylor. On mesure alors combien "on" (je) est des petits joueurs de n'avoir pas assez fréquenté les boîtes de night. Particulièrement quand Valero, qui a l'air d'en connaître un rayon, qualifie l'époque de "Boules à facettes et cols pelle à tarte". Valero ne rime jamais avec disco ! C'est comme une première. On monte sur la table et on se repasse le standard ! (1) C'est mon idole for ever… (2) Y'a pas que le podcast dans la vie, (3) Clin d'œil à Francesca Isidori et à sa belle émission de France culture "Les affinités électives", (4) Ex n°2 de l'ex n°1,
Il y a huit ans jour pour jour, je publiais une petite série sur "L'Oreille en coin". Je venais de démarrer mon blog et, je ne pouvais pas ne pas rendre hommage à cette émission culte de Jean Garretto et Pierre Codou (1). Pour le premier épisode c'est Kriss qui s'y colle. J'ai eu entre les mains des extraits sonores d'un dimanche où elle raconte l'effet des "boums" sur son cœur amoureux. Un pur régal. J'ai retranscrit. Si vous aimez Kriss vous entendrez sa voix.
Dans cinq heures. Michla Assayas, prend l'antenne sur France Inter, pendant deux heures, pour évoquer Motown (Motor Town, Detroit, Michigan, U.S.A.) l'entreprise à "hits" fondée par Berry Gordy. Je vais bouleverser ma propre grille (je veux dire ma soirée de Noyel) pour écouter, par la porte ou par la fenêtre, ce que l'érudit va nous raconter… En 2017, Adam White, un des anciens boss de la firme a publié une jolie somme que j'ai dévorée. Michka va illuminer ma soirée, j'ai envie de swinguer, d'apprendre des choses et d'en confirmer. Zyva !
Pour compléter le tableau j'ai demandé à deux producteurs de France Musique un souvenir personnel autour de cette aventure musicale. Thierry-Paul Benizeau (1) "Quant à Motown, la découverte de cette musique est intimement liée aux souvenirs de lycée et à l’écoute de "Salut les Copains" présenté par Daniel Filipacchi... Indicatif : il est 17h00, sur Europe n°1, nous sommes en 1962, j’ai 14 ans et je me bats avec mes versions latines ou grecques, en écoutant Little Eva, Marvin Gaye ou Ben E. King. Eh oui, mais à l’époque je ne connaissais pas le nom de Tamla Motown et encore moins celui de Berry Gordy... Ce n’est que sept ou huit ans plus tard, quand je vivais à New York et que j’étais amoureux des belles noires coiffées à l’afro (comme Angela Davis), que j’ai découvert, grâce à Gilles Pétard (3), l’écurie Motown et, un peu plus tard, les merveilleux fabricants de tubes du Brill Building, avec celle que j’aime et j’admire sans restriction depuis : Carole King !... Voilà, je pourrais encore disserter longtemps sur le sujet, et notamment ma coupable passion pour la Soul Music, mais je pense que ça te suffira...""
Thierry Jousse (2)
"Ma découverte de l'album Sky's the Limit (The Temptations), au moment d'une réédition au milieu des années 90 et, surtout du morceau Smiling Faces Sometimes qui dure 12'43. Un des plus grands chocs de ma vie d'auditeur. Un morceau sensuel et spirituel. Un chef d'oeuvre !"
Ah, au fait, demain je republie
sur 5 jours, mon feuilleton de 2011, RV ici à 9h…
(1) Producteur l'été dernier de "Kind of blue : Hommage à Miles Davis", (2) Producteur de "Ciné Tempo", le samedi à 13h. Et depuis trois étés en alternance avec Laurent Valero, la quotidienne "Retour de plage" (18h/20h), (3) "Gilles était (est) un producteur-journaliste (Record World) découvreur de musiques Afro-américaines et plus particulièrement de chanteuses noires, qui officiait chez Rock & Folk de la Belle Époque et, cachetonnait chez Pathé Marconi et Motown.".
Comme pour écrire ce billet j'écoutais Mina, je partage…
"La vie est à nous" renverra les cinéphiles au film de Jean Renoir, commande du Parti Communiste Français (1936). La vie est à nous, chaque jour. Chaque jour la radio est à nous. Aussi. Pour savoir comment la grève démarrée le 25 novembre bouleverse le personnel et les auditeurs il y a trois façons simples. Les sons de la NRF (Nous, Radio France), ceux de R2D (Radio Dedans Dehors), et les témoignages d'auditeurs sur Twitter (#NousRadioFrance). Et Edgar Morin, de citer Bernard Stiegler, sociologue : "La souffrance au travail qui monte partout, l'épuisement des ressources physiques et psychiques que produit le rythme de la compétition, sorte de redoublement intime de l'épuisement planétaire des ressources, tout cela menace à la fois nos vies et toute vie sur terre." Nous Eux
Photo Albert Facelly pour Libération (Avril 2016; Paris)
À 16h, un billet spécial zikmu pour le soir de Noyel…
Le solstice est passé (dimanche dernier) et si vous croyez encore au Père-Noël ce billet n'est pas pour vous ! Quand on prend dans la tronche une petite musique (de chambre) le vendredi matin au labo de Rebecca Manzoni, ben on swingue et on gamberge. On vomit le JDD, on piétine le "no alternative" de M&S (Margaret&Sibyle), on se réjouit de "L'appel de Londres" (1). "À plus d'un titre" c'est un super salut amical à Claude Villers (2). Parce que j'avais aussi, pour ce billet, plusieurs titres en magasin. À lire, sur Twitter, les messages de soutien à Radio France (avec le hashtag #NousRadioFrance) on se dit que trève ou pas, grève ou pas, vacances ou pas, il faut garder le tempo (easy, forcément easy) (3), rester dans le game et ne rien lâcher (même pas ce blog "modeste et génial")… (4)
On va tenir ! L'écoute, le fil (de l'histoire), le mouvement. Penser que pour faire de la radio il faut être libéré dans sa tête et, qu'à plomber les équipes comme le font les dirigeants de Radio France, ils ont de la chance que ça ne s'entende pas du tout à l'antenne. Ces quelques jours de pause, de trève, sont utiles à régénérer les batteries, l'imaginaire, le rêve. À faire retomber une pression incompatible avec l'exercice serein d'un métier d'attention et d'écoute des autres. De là où je suis, je vais laisser cette petite flamme vaciller au gré des vents du moment. C'est un peu ça être dans la radio. C'est un peu plus que d'écouter des émissions. C'est essayer d'expliquer (aux autres) que, - surtout quand elle a besoin encore plus de ses auditeurs -, la radio, pour qu'elle soit dans un mouvement citoyen, populaire, quotidien il faut qu'on l'accompagne en n'étant pas juste les consommateurs béats de tout ce qui en sort. On a beau être dehors il faut qu'on soit dedans. Et qu'on envisage sérieusement de se bouger pour défendre et soutenir un bastion essentiel de la liberté d'expression. Écrire sur les zozios socio c'est bien. Écrire à son-sa député-e c'est mieux. Écrire à la médiatrice c'est bien. Écrire à la Pédégère c'est mieux. Ouvrir un cahier de doléances, le faire circuler et l'envoyer au Ministre de la Culture c'est top. Il faut qu'on devienne visible. Que l'on passe du statut de panel Médiamétrie à celui de radioactif (5). Il nous faudrait un répondeur genre celui de "Là-bas…" (6) et que la collection des témoignages soit versée aux débats de ceux qui préparent la future loi audiovisuelle. Veil et sa clique ont beau psalmodier à longueur de journée, "nos auditeurs, nos auditeurs, nos auditeurs" ils n'ont pas le charisme d'un de Gaulle qui se méfiait des incantations… incantatoires. De Gaulle incarnait sa fonction, Veil désincarne la sienne. Les auditeurs elle ne les a jamais vus. Et si on venait sous ses fenêtres lui chanter une aubade genre "Ah ça n'ira pas, ça n'ira pas, ça n'ira pas" ? Pour qu'elle matérialise mieux ce que c'est qu'un auditeur engagé dans l'écoute et l'attachement au service public. Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon, Topper Headon (The Clash) n'ont pas pris de gants pour leur appel de Londres. On ne va quand même pas traverser le channel pour appeler à la résistance. Parlons-en et… À bons entendeurs, salut !
(1) Un autre que celui du Général… (2) Première émission de Claude Villers en tant que producteur, 1971-1973, 16h-17h, (3) Et si vous réécoutez le 1er morceau du premier player et que vous n'êtes pas parcouru de frissons… alors là, c'est que vous n'avez jamais vu "A place in the sun" de George Stevens, musique Franz Waxman,
(4) Un billet très pop le 24, à partir du 25 une rediff de mon feuilleton de décembre 2011, un maritime le 30… et le 6 janvier un p'tit flash-back pour repartir du bon pied et de l'oreille (en coin, of course), (5) "Radioactif" m'évoque le livre de Pierre Bouteiller, Robert Laffont, 2006, (6) "Là-bas si j'y suis", émission de Daniel Mermet, France Inter, 1989-2014 et son célèbre répondeur qui donnait la parole à chacun qui voulait bien la prendre !
Cette archive de 2008, rediffusée opportunément mercredi dernier sur France Culture, parle de la forteresse audiovisuelle, l'Office de Radio et Télévision Française (ORTF) qui détient encore le record de la plus longue grève de l'audiovisuel public. On est en 68, c'est le printemps, les pavés volent, le pouvoir fait des tours d'hélico (1) et la radio privée - Radio Télé Luxembourg (RTL) et Europe n°1 - s'en donnent à cœur joie pour damer le pion à la radio d'État (la généraliste France Inter). C'est à partir de ce mouvement audiovisuel agité que s'établiront les différents rapports qui mèneront, en 1974, (2) à "l'éparpillement façon puzzle" de l'ORTF en sept sociétés audiovisuelles distinctes. En 1974 on éclate, en 2020 on s'éclate ?
RTL et E1 au cœur des grèves de 68
Perrine Kervran, coordinatrice de La Série Documentaire (LSD, du lundi au jeudi, 17h), en chapeau de la quotidienne nous assène un genre d'inventaire à la Prévert, monocorde et plat. C'est une trouvaille… fastidieuse et déjà usée. Elle n'apporte rien aux documentaire. J'appelle ça pérorer, roucouler. Superfétatoire même. C'est grappiller quelques minutes à un genre, le documentaire, qui se passerait bien de porter le chapeau quand d'année en année on le déshabille !
(1 Le 29 mai 68, le Président de la République, Ch. de Gaulle se rend à Baden Baden en hélicoptère rencontrer le Général Massu pour trouver une solution aux "événements" qui paralysent le pays (grève générale, révolte étudiante), (2) Le 7 août 1974, la loi dissout l'ORTF. Au 1er janvier 1975 sept sociétés autonomes : Radio France, TF1, Antenne 2, France 3, TDF, INA, SFP. Exit le "Service de la recherche" de Pierre Schaeffer,