mardi 21 janvier 2020

Cinquante jours, cinquante… nuances de grèves !

"Cinquante, vous avez dit cinquante ? Comme c'est bizarre mon cher cousin…" Comment, de la Pdgère aux directeurs de chaînes en passant par le grand manitou du chiffre Laurent Frisch, ces responsables de Radio France, qui ne passent pas une journée sans annoncer le chiffre du siècle, ne s'inquiètent-ils pas de la façon inexorable avec laquelle ce "cinquante-là" va plomber pour longtemps, leurs roucoules, leur pas de deux, leurs postures, leur cinéma et surtout leurs façons pitoyables d'avoir trahi le service public de radiodiffusion. Gallet apparaîtra comme un gringalet et 68 comme un épiphénomène (1). 



Riester est-il à Baden Baden (sans l'hélico de Drucker), Macron cherche-t-il un Massu de secours (2) et Aurore Bergé compte-t-elle les moutons… de Panurge ! Quant à Sibyle Veil le chœur lui aurait-il définitivement coupé le sifflet ? Faut-il redire le mépris absolu de ces quatre-là pour ainsi jouer à l'autruche, fuir leur responsabilité du dialogue, a minima. Garants moraux du service public, a maxima. Comptent-ils sur l'épuisement (des troupes), la lassitude (des auditeurs), la lèche (des affidés corrompus), la propagande (gouvernementale) pour siffler la fin de la partie ? Et montrer du doigt les fauteurs de trouble qui auraient affaibli la radio avant son entrée par la petite porte dans le groupe (holding) qui l'a d'avance minorée. 

Qui va croire à ce scénario des plus pourris ? Ces quatre-là ont, depuis longtemps, suggéré, par leurs entourloupes langagières, que la radio ayant la rage (de vivre) il était temps de la tuer. Mais cinquante jours de grève c'est pas rien, c'est de l'inquiétude en sautoir, des difficultés financières, le doute de soi et de son savoir-faire, une lassitude face à la morgue absolue. Et l'envie d'en découdre, de gagner, de repartir au travail la joie au cœur. De se battre pour une radio de qualité, pas de se battre contre des moulins à vent. De se battre pour le "Vivre ensemble" quand le spectre de la mort rode. De s'engager pour la radio et le sonore, pas pour l'audio, pas pour l'image, pas pour le global et toutes ces tartes à la crème de marchands de cirage numérique en tubes.

Les cinquante nuances de grève… qui bouleversent le pays sont la parfaite démonstration que sont atteints les sommets de l'insupportable. Invivables. Inimaginables.

(1) Gallet 28 jours, 68 (13 mai/23 juin) soit 41 jours,
(2) Le 29 mai 68, De Gaulle, Président de la République, s'envole en hélico pour rencontrer le Général Massu à Baden Baden en Allemagne, des fois qu'il aurait une solution pour mater la "chienlit".

Mardi 14 janvier, concert de soutien à Radio France, Le petit bain, Paris.

lundi 20 janvier 2020

Revenir au (bout du) monde…

Il a bien fallu en sortir de ce pays, de cette belle ville, de ce lieu qui, à lui tout seul, est un continent. Dans ses arcanes si rondes, j'ai tourné, tourné, tourné au point ultime d'en être estourbi. À la limite du chaos… debout ! Dans cette maison bouillonnante, frémissante, passionnante, un voile très lourd est tombé. Une chape de plomb même. Et chacun devrait faire comme si… Comme si quoi ? Comme si le mépris absolu n'était pas porté en étendard du plus haut sommet de l'État au gougnafier qui agite de ses petits bras mous son titre de chef, usurpé entre deux conciliabules malsains. Comme si le mal, le bien qu'on se donne à faire de la belle ouvrage servait juste à la roucoule des puissants et desservait jour après jour un média dont le mérite singulier revient à me parler, te parler, nous parler. Un média qui parle sans vendre (1) quoi que ce soit d'autre que l'imaginaire, la connaissance, la culture et quelques rires au coin du bois. Mais ça c'était avant, avant le chaos du marketing et d'une mue sociétale que ces mêmes puissants veulent rendre inéluctable…

Avant ou après ?
J'ai écouté de mes deux oreilles. Et vu de mes deux yeux ! Vivent là deux mondes distincts. Les travailleuses-travailleurs de la fabrique radiophonique affairés aux différents processus de création. Les cols blancs, ailleurs, cachés et qui ne font rien pour faire la radio quand ils font tout pour la défaire ! 

Qui peut encore croire que le Plan de Départs Volontaires (PDV) n'est pas un Plan de Destruction Visible (PDV) ? 

Qui peut encore croire que les moyens de production, à tous les étages de la production, ne vont pas être affectés, en loucedé, pour réduire la voilure et entériner cyniquement un état de fait ? 

moins de moyens financiers 
moins de moyens de production 
moins de personnel 
moins de diversité 
=
moins d'éclectisme
=
moins de transmission
moins de programmes 
moins d'auditeurs 
=
moins de chaînes
=
moins d'utilité
publique
et cerise sur le gâteau
plus de mainstream et de soft power (2)

Alors voilà… "Ce n'est qu'un combat, continuons le début !" Dar (3).


(1) Moins la pub sur France Inter et France Info,
(2) Avec comme Ministre de la Culture, Frédéric Martel, (producteur sur France Culture de "Douce puissance")
(3) Verlan de l'anglais "hard". (merci Lola)

dimanche 19 janvier 2020

Le bon plaisir de la radio…d'Antoine Blondin (19)

Blondin c'est d'abord une voix ! Enfin non c'est d'abord une écriture. Ici sa voix est jeune pas trop éraillée, pas trop cassée par les vapeurs… d'alcool. Assouline adore Blondin et cette archive nous ramène à une certaine douceur de vivre. Le temps de raconter. Même si je peux lire aujourd'hui toutes ses chroniques du Tour de France en un seul volume, j'aurais du les lire en son temps, chaque jour de juillet, depuis l'origine de ses billets jusqu'en 1982. Car Blondin est un conteur et nous transporte dans ses jeux de mots et de tournures savoureuses…




vendredi 17 janvier 2020

Natacha et le silence…


©Eric Schulthess
Natacha. 
On t'appellera Natacha 
comme ça, je peux saluer François. 
François Béranger. 
Natacha, tu tisses
Entre toutes les voix
Le silence ça veut pas dire 
Un blanc à l'antenne
Ça veut dire écouter.

Natacha, tu tisses
Et, petit à petit 
Au bout de vingt ans 
Ça fait une belle pièce.
Les voix reviennent
Les voix sont là
Celles avec lesquelles 
Tu as assisté, coupé, 
monté, réalisé,
Réalisé un rêve
Réalisé leurs rêves 
Natacha tu tisses
et ta toute petite histoire à la radio 
devient l'histoire de la radio 
tissée avec les voix au micro, 
les voix derrière la vitre, 
les voix off, 
les voix sans voix,

Natacha
Et, avec toi, 
tant d'autres ont été désannoncées 
sur une chaîne puis une autre,
et encore une autre.
Natacha, 
dans la grande chaîne 
de la Fabrique, 
de la Manufacture de la radio. 
Métier : tisser les ondes, entre les ondes, toutes les ondes, 
d'avant, de maintenant, ici...

Natacha tu vibres, bouges, sautes en l'air même. 
Et tisses et retisses avec les voix, 
toutes les voix que tu as mis en avant, 
Et les autres..

Natacha et, avec toi, 

Corinne, Daniel, Patrice, Dominique, Michèle, David, Leslie, Michel, Maryse, Ivan, Caroline, Jean, Pierre, Claude, Frédérique, Emmanuel, Camille, Aline, Bertrand, Anne, François, Guy, Luc, Agnès, Julien, Muriel, Farida, Véronique, Mathieu, Patxou, Paula, Bernard, Irène, Michel, Assia, Alexandre, Caroline,…

Et, pour faire bonne mesure, deux ou trois ratons-laveurs, pour Jacques... 
Jacques Prévert.

Natacha tu tisses le silence,
Et le silence ça veut pas dire se taire 
Ça veut dire écouter !

mardi 14 janvier 2020

Quelle audio… ? Quelle audience… ?

Il est dorénavant admis que la sacro-sainte "règle" qui devait faire le blackout sur les chiffres Médiamétrie jusqu'à leur annonce par les chaînes de radio à 8h le Jour J est maintenant obsolète, puisque Le Parisien aime tellement, la veille, avec tambours et trompettes, annoncer les tendances et confirmer telle en position de leader ou telle en chute irrémédiable ! Las, le pire est à venir ! Demain à Radio France Sibyle Veil risque de danser la carioca avec Sandrine Treiner et Laurence Bloch le tango avec Laurent Frisch. Alors la grève ceci, alors la grève cela ! Et patati et patata ! Pour autant ce baobab chiffré qui cache la forêt ne doit pas nous faire oublier qu'au delà de la roucoule indécente, rien n'a bougé concernant le "Plan de Départs Volontaires" (PDV) et que le ministre de la Culture est absolument sourd aux revendications des salarié-e-s de Radio France. L'euphorie de la direction n'empêchera pas une ombre noire au tableau. Ces chiffres ont un goût amer et n'ont pas plus de sens que les vœux de la Présidente la semaine dernière !














On n'en peut plus ! Comment évitera-t-on aujourd'hui par la porte ou la fenêtre, les "analyses" bidons, les commentaires de complaisance, la méthode Coué en gélules, les slogans de pacotille, les messages subliminaux ?

- "Les français, malgré la grève, sont attachés à leur radio",
- "Les magnolias fleurissent au printemps, je répète, 
les magnolias fleurissent au printemps", 
- "La grève a détaché de nombreux auditeurs de plusieurs de nos radios",
- "Le train sifflera trois fois, je répète, le train sifflera trois fois"
- "Les Français nous envoient un signal fort pour vite 
retrouver les programmes de nos sept antennes",
- "Dans le jardin de mon père les lilas sont fleuris, je répète, 
dans le jardin de mon père les lilas sont fleuris",
Ad libitum…

Mais alors, les Français, les auditeurs, ils ont écouté quoi depuis fin novembre ? Le programme musical ? Des journées entières ? Cette situation absolument inédite ne sert aucune cause. Ni celle de la direction, ni celle des grévistes. Elle laisse pantois et dubitatif. Elle va faire diversion quelques heures et laisser perplexes nombre d'auditeurs qui ne manqueront pas de s'interroger sur la validité des chiffres Médiamétrie. Elle va bien énerver les patrons des chaînes concurrentes qui vont se demander à quoi ça sert qu'ils se décarcassent. Elle va rendre perplexes les tutelles (Finances et Culture) qui ne peuvent quand même pas soutenir la grève pour que les audiences augmentent. 

Allo Ubu ?

Dernière minute : Madame Veil qui devait présenter, ce jour, les sondages aux salariés, sera remplacé par M. Schick, Directeur de la Stratégie du public et du Développement des marques (sic) et Madame Emmanuelle Henry, Directrice des Études et de la prospective…

lundi 13 janvier 2020

Riester : Ministre de la Culture… Twitter !

Alors que ministres, député-es-, sénateurs font la queue pour envahir les matinales radio qui, en quelques années sont devenues l'antichambre des ministères, de l'Assemblée nationale et du Sénat, le salon où l'on cause (la langue de bois) et où l'on répète à l'envi éléments de langage, formules creuses et où la méthode Coué tient lieu de programme, on ne peut que se gausser de l'indignation et de l'incompréhension opportunistes de Franck Riester (Ministre de la Culture) qui n'a rien trouvé de mieux que de communiquer, par Twitter interposé, pour remettre en question le droit de grève (1). Comme si Radio France n'avait jamais pris la mesure de la tuerie de janvier 2015. Comme si en bon réactionnaire, Riester en profitait pour discréditer des salariés qui depuis le 25 novembre 2019, auraient pu imaginer être reçus par leur ministre de tutelle, des fois que le "plan stratégique" de Sibyle Veil, (Pédégère de Radio France), ne soit pas tout à fait le leur.



Ce Ministre de la Culture semble arc-bouté sur la réforme de l'audiovisuel, véritable serpent de mer, repoussée mois après mois alors qu'Emmanuel Macron est aux manettes depuis deux ans et demi. Les modalités de gouvernance des entreprises publiques dont il a la charge ne l'intéressent pas plus que Gallet (2) -dédaigneux- ne s'intéressait aux programmes de radio. Les enjeux que cela implique semblent le dépasser. Dogmatique, il veut pousser une logique libérale qui, il y a plusieurs années déjà, l'avait fait glousser le mantra tendance aux Républicains (LR) : [L'audiovisuel public français il faudrait en faire] "une BBC à la française" (3).

En ne s'impliquant pas dans le conflit qui oppose salariés et direction de Radio France il va finir par ressembler à Ponce Pilate qui de sinistre mémoire avait fini par s'en laver les mains. Est-ce bien un Ministre de la Culture ? Est-ce bien un Ministre du Service public de la Culture ? Comment peut-on élaborer une nouvelle loi audiovisuelle avec les professionnels de la profession et faire l'impasse avec ses salariés qui, chaque jour inventent et fabriquent la radio ? 

C'est parce que la radio doit disposer d'une place équitable dans la future holding "France Médias" que sa position doit être affirmée et confortée, et non préfigurer les bases d'un démantèlement qui semble inéluctable si le "plan stratégique" est mis en œuvre. Alors les postures twittesques de Riester ressemblent fort à des impostures morales. Celles-ci s'ajoutent à tant d'autres dont le gouvernement est responsable ou irresponsable tant l'état des services publics est en mode précarisation, ubérisation et abandon.

Giscard avait, en 74, éparpillé le service public façon puzzle (4). En 2021 ou 2022 ou 2023 ou 2024 la loi audiovisuelle s'apprête à recentraliser quatre entreprises audiovisuelles publiques, (Radio France, France Télévisions, France Médias Monde, Ina) pour mieux les contrôler et, peut-être, à petit feu les vider de leur sens. 

Le coup de gueule de Bruno Donnet, (France Inter, 10 janvier 20, L'instant M)


(1) Ce 7 janvier, la tranche 17/20 de France Info n'a pas été à l'antenne, alors qu'au cours de cette session d'information, le Ministre de la Culture devait y être interviewé,
(2) Managère et Pdg de moins de cinquante ans qui présida aux destinées de Radio France, de 2014 à sa révocation par le CSA en février 2018,
(3) «Il faut créer une BBC à la française, plurimédias et indépendante du pouvoir» Franck Riester, député Les Républicains et spécialiste des médias, Le Figaro, 14 septembre 2015,

(4) Créant au 1er janvier 1975, sept sociétés publiques distinctes : Radio France, TF1, Antenne 2, FR3, SFP, TDF et INA,


dimanche 12 janvier 2020

Le bon plaisir de la radio… d'Aretha (18)

Frédéric Schlesinger, Laurent Frisch, Laure Adler, (1) n'auraient jamais pu travailler avec Yves Jaigu, Jean-Marie Borzeix ou Jean Garretto (2), eux trois qui avaient su inventer une radio non encadrée (ficelée, normée, engoncée) entre deux heures justes ! Quand on écoute "une vie, une œuvre" on se demande bien pourquoi de telles vies, de telles œuvres peuvent/doivent tenir en moins de soixante minutes ! Hein ? On s'le d'mande !

Aretha Franklin















(1) Directeur éditorial de Radio France 2014-2017, Directeur du numérique et de la production, Ex-directrice de France Culture et productrice à France inter,
(2) Directeur de France Culture (1975-1984), Directeur de France Culture (1984-1997), Directeur de France Inter (19831988),