lundi 13 janvier 2020

Riester : Ministre de la Culture… Twitter !

Alors que ministres, député-es-, sénateurs font la queue pour envahir les matinales radio qui, en quelques années sont devenues l'antichambre des ministères, de l'Assemblée nationale et du Sénat, le salon où l'on cause (la langue de bois) et où l'on répète à l'envi éléments de langage, formules creuses et où la méthode Coué tient lieu de programme, on ne peut que se gausser de l'indignation et de l'incompréhension opportunistes de Franck Riester (Ministre de la Culture) qui n'a rien trouvé de mieux que de communiquer, par Twitter interposé, pour remettre en question le droit de grève (1). Comme si Radio France n'avait jamais pris la mesure de la tuerie de janvier 2015. Comme si en bon réactionnaire, Riester en profitait pour discréditer des salariés qui depuis le 25 novembre 2019, auraient pu imaginer être reçus par leur ministre de tutelle, des fois que le "plan stratégique" de Sibyle Veil, (Pédégère de Radio France), ne soit pas tout à fait le leur.



Ce Ministre de la Culture semble arc-bouté sur la réforme de l'audiovisuel, véritable serpent de mer, repoussée mois après mois alors qu'Emmanuel Macron est aux manettes depuis deux ans et demi. Les modalités de gouvernance des entreprises publiques dont il a la charge ne l'intéressent pas plus que Gallet (2) -dédaigneux- ne s'intéressait aux programmes de radio. Les enjeux que cela implique semblent le dépasser. Dogmatique, il veut pousser une logique libérale qui, il y a plusieurs années déjà, l'avait fait glousser le mantra tendance aux Républicains (LR) : [L'audiovisuel public français il faudrait en faire] "une BBC à la française" (3).

En ne s'impliquant pas dans le conflit qui oppose salariés et direction de Radio France il va finir par ressembler à Ponce Pilate qui de sinistre mémoire avait fini par s'en laver les mains. Est-ce bien un Ministre de la Culture ? Est-ce bien un Ministre du Service public de la Culture ? Comment peut-on élaborer une nouvelle loi audiovisuelle avec les professionnels de la profession et faire l'impasse avec ses salariés qui, chaque jour inventent et fabriquent la radio ? 

C'est parce que la radio doit disposer d'une place équitable dans la future holding "France Médias" que sa position doit être affirmée et confortée, et non préfigurer les bases d'un démantèlement qui semble inéluctable si le "plan stratégique" est mis en œuvre. Alors les postures twittesques de Riester ressemblent fort à des impostures morales. Celles-ci s'ajoutent à tant d'autres dont le gouvernement est responsable ou irresponsable tant l'état des services publics est en mode précarisation, ubérisation et abandon.

Giscard avait, en 74, éparpillé le service public façon puzzle (4). En 2021 ou 2022 ou 2023 ou 2024 la loi audiovisuelle s'apprête à recentraliser quatre entreprises audiovisuelles publiques, (Radio France, France Télévisions, France Médias Monde, Ina) pour mieux les contrôler et, peut-être, à petit feu les vider de leur sens. 

Le coup de gueule de Bruno Donnet, (France Inter, 10 janvier 20, L'instant M)


(1) Ce 7 janvier, la tranche 17/20 de France Info n'a pas été à l'antenne, alors qu'au cours de cette session d'information, le Ministre de la Culture devait y être interviewé,
(2) Managère et Pdg de moins de cinquante ans qui présida aux destinées de Radio France, de 2014 à sa révocation par le CSA en février 2018,
(3) «Il faut créer une BBC à la française, plurimédias et indépendante du pouvoir» Franck Riester, député Les Républicains et spécialiste des médias, Le Figaro, 14 septembre 2015,

(4) Créant au 1er janvier 1975, sept sociétés publiques distinctes : Radio France, TF1, Antenne 2, FR3, SFP, TDF et INA,


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