mardi 16 février 2021

Dans l'arrière-cuisine et en haut de l'échelle…

Ça ne se voit pas ! Le personnage est discret mais à Radio France c'est un petit roi ou un cador, c'est selon ! Et surtout le grand public ne le connaît pas. Et ça, ça vous met à l'abri des médias et vous permet d'être -ni vu, ni connu - le chevalier blanc de la Pédégère Sibyle Veil qui, elle, brille par son manque d'éloquence, de conviction et d'empathie pour la chose radiophonique. À part ses messages surgelés, l'énarque (promo Macron) enfile les perles et désespère Billancourt, La Courneuve et Saint-Jean-Trolimon pour ne pas dire la France entière ! Amen… Mais elle a "son" Laurent Frisch, directeur du numérique et de la production, autant dire de Radio France. Et Laurent Frisch, on va le voir, n'a pas les deux pieds dans le même sabot !



Il aura fallu un discret article d'une revue professionnelle audiovisuelle "La letrre A" (1) pour mettre à plat les ambitions et les projets de M. Frisch qui, bien sûr, en disent long sur l'avenir à court terme de la radio publique ! Festival d'extraits de l'article cité !

"Les ambitions de Laurent Frisch, le patron du numérique de Radio France, entrent en collision avec une vision plus traditionnelle de la radio." (1)
Ça démarre fort ! Les choses vont être traitées de façon binaire. Les tenants bien connus de la "radio de papa", du conservatisme et du refus du progrès, par exemple "les syndicats" (2) et les modernes arc-boutés sur l'autel du numérique et qui comptent bien transformer radicalement la "fabrique de la radio" au risque d'en déboulonner les principes fondateurs. Ceux qui consistaient par exemple à concevoir les émissions de radio en équipe. Productrice/animateur, réalisatrice/réalisateur, technicien-ne son et surtout, au delà des métiers et des compétences, bénéficier de plusieurs oreilles, plusieurs écoutes pour partager/confronter des points de vue !

Voilà donc un cadre supérieur, Frisch, investi de pouvoirs exorbitants, sur le numérique et la production, qui, sans l'ombre d'un doute, va influer et influencer les politiques de développement de ce service public audiovisuel qu'est la radio. C'est quoi l'hégémonie ou l'impérialisme ? Ben, fastoche, tu montes sur la table et avec ton porte-voix en or massif tu hurles "Dorénavant ce sera comme ça !" Et le "ce sera comme ça" convient parfaitement aux tutelles (Finances, Culture) et à la représentation nationale (Députés et Sénateurs) tant que l'objectif drastique de la diminution budgétaire est appliqué, que la paix sociale est établie et qu'en sous-main la mécano de la holding va bon train.

Par-dessus tout ce qui intéresse "ces gens-là" ce sont les résultats pas la démarche. Méthode éprouvée du libéralisme tout-puissant, de la reconnaissance au mérite et des podiums permanents de Médiamétrie et autres colifichets de récompenses corporatistes. Comprenez : personne ne viendra contester le "prince hégémonique" (soumis à l'hégémonie du numérique) tant que l'image de la radio et ses vedettes sont au plus haut. Gare si jamais RTL ou Europe 1 voulaient reprendre le leader-ship ! À moins du coup de Trafalgar attendu de Vincent Bolloré avec le rachat d'Europe 1 et dans l'incertitude où se trouve aujourd'hui RTL, il faudra sans doute plusieurs mois pour que ces généralistes refassent course en tête ! Tout bonus pour Frisch qui a donc un boulevard devant lui !



"Projet "Prod'cast". Il souhaite étendre le concept de "journaliste à 360 degrés", soit d'augmenter la polyvalence des effectifs de Radio France." (1)
Si "l'objectif est de rendre un journaliste capable à la fois d'intervenir sur le support radio et de produire pour le web du texte, de l'image et de la vidéo" (1), il va falloir re-re baptiser Radio France en Bergerie Nationale, là où l'on trouve brebis et moutons à 5 pattes ! C'est extraordinaire, cette façon de savoir tout sur tout et, surtout de parachever la mue de la radio publique en lui imposant de se fondre dans ce que d'aucuns appellent un média global (3), soit mettre de l'image à la radio ou, comment tout rouler dans la farine et jeter aux gémonies la puissance centenaire du média audio ?

"Le projet prévoit également une plus grande autonomie pour les techniciens et les réalisateurs, afin qu'ils travaillent davantage seuls et non plus en binôme sur les émissions de la radio publique." (1)
Qu'est-ce que c'est que ce charabia dialectique ? Chaque professionnel de Radio France est autonome avec ses compétences et ses savoirs-faire. Travailler en équipe n'est pas antinomique de l'autonomie, si ? Ce sont les savoirs-faire complémentaires et additionnés qui permettent la fabrique de la radio. La notion d'équipe est l'ADN même de la radio. S'il fallait vous en convaincre lisez donc la conclusion de mon billet de dimanche !

Et quel dommage que M. Frisch, si corporate avec les autres médias publics audiovisuels, n'ait pas eu la bonne idée de nous inciter à regarder vendredi dernier le formidable documentaire d'Arte "Making wawes : la magie du son au cinéma". S'il l'avait vu, il serait tombé de sa chaise en découvrant comment réalisateurs et ingé-son travaillent ENSEMBLE à la fabrication d'un film. Et, quand bien même le réalisateur radio ne fait pas le même métier que le réalisateur de cinéma, personne n'a jamais eu l'idée saugrenue et absurde de mixer les deux métiers en un seul. Mais la mécanique implacable de la diminution des moyens étant en marche à Radio France depuis 2014, Frisch n'a pas l'intention d'aller à contre-courant (4) !


Mais sachez, M. Frisch, que vous feriez un piètre magicien car vos ficelles sont un peu grosses. Ce ne sont d'ailleurs plus des ficelles mais des câbles d'acier de gros calibre que vous utilisez pour arriver à vos fins. Non content de cumuler la direction du numérique et de la production, vous voulez aussi, sans doute, faire office de super DRH et éliminer le plus possible de professionnels spécialisés en inventant des métiers qui, à terme, vont permettre de faire diminuer la masse salariale… ? À moins que les salaires astronomiques de l'armée mexicaine de cadres (qui n'en finit jamais de grossir) qui siègent à Radio France en empêche toute diminution effective. 

Voilà donc, chers auditeurs, ce qui se joue dans la coulisse et dont vous n'entendrez très peu parler. Pourtant, viendra bien le temps où les Veil, Frisch, Giret, Guimier (ce dernier aujourd'hui à France Télévisions) devront rendre des comptes. Pas sur les audiences qu'ils portent en sautoir, mais sur la destruction des savoirs-faire de la fabrique de la radio, au bénéfice d'un audiovisuel tout écran, pour lequel l'imaginaire que développe la voix aura définitivement disparu.

(1) "Numérique: Laurent Frisch, le cadre qui imprime sa marque chez Radio France",12 février 2021,
(2) "Les syndicats craignent une nouvelle organisation qui remettrait en cause certains métiers et provoquerait des réductions de personnel"article cité,
(3) Les gourous Gallet (ex-PDG), Guimier (ex Dir France Info), Giret (ex Directeur de France Info, directeur de l'information à Radio France depuis décembre 2020). Après la 3G, les 3G donc. Pour ce qui est de la 5G ça ne devrait plus tarder !!
(4) "Les syndicats ont manifesté leur opposition à ce projet. Les élus craignent un alignement sur le privé, qui mobilise moins de moyens", article cité.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire