mardi 29 septembre 2026

Surpris par la nuit : Sur les pas d'Yvonne Verdier, une ethnologue des savoirs des femmes…

Hier en fin d'après-midi à l'écoute de ce "Surpris par la nuit" (1) j'ai remis au lendemain l'écriture de ce billet. On est mardi, il est 9 heures passées de quelques minutes et, on pourrait se croire dans "La matinée des autres" (2). Ce si beau titre d'émission et cette si belle émission. Les autres, qu'Yvonne Verdier a observé entre 1968 et 1975 dans le village de Minot en Bourgogne. Bien sûr on se demande toujours pourquoi - et on désole - que ces deux émissions ("La matinée des autres" et "Surpris par la nuit") aient disparu de la grille, jamais remplacées quand, c'est à Paris dans les studios (au chaud) que sont réalisées aujourd'hui la quasi-totalité des émissions de Radio France. Un renoncement aussi à aller vers les autres…











L'ethnologue Yvonne Verdier (3) décrypte les rites de passage et savoirs pratiques des femmes, leurs gestes et savoirs traditionnels dans le village bourguignon de Minot au début des années 1970. Elle et son équipe, sur le temps long et, à la radio aussi, sur ce temps de la "nuit" propice à l'écoute et à l'attention. Sa démarche repose sur l'écoute attentive des habitants, en particulier des femmes, afin de décrypter les rôles traditionnels et le savoir-faire quotidiens qui régissent la vie rurale. Et l'instituteur, Michel Guyonnet, d'évoquer la réalisation avec ses élèves du "Journal du temps" qui va, à sa façon, participer de la recherche collective engagée par Verdier, en relatant "le présent, le passé proche et les habitudes du village". Ce qui donnera "Le journal des Hommes, le journal des animaux, la vie des champs et la perception de l'actualité" (4)…

Puis l'émission évoque le parcours scientifique d'Yvonne Verdier et le point d'orgue de sa recherche à Minot. Daniel Fabre, ethnologue : "Les rites de passage et la face cachée des agents invisibles de ces rites qui se trouvent être, en Europe, des femmes… C'est le savoir du linge et de l'eau qui qualifie "la femme qui aide"". Yvonne Verdier détaille les étapes successives de transmission auprès des jeunes filles comme celle par exemple "des épingles et des aiguilles… L'épingle symbolisait l'état de jeune-fille qui pouvait aussi s'en servir pour pîquer le garçon qui, au bal la serrait de trop près."

Claudine Vassas, etnnologue, évoque à partir des travaux de Verdier "La part des femmes et le féminin" et lit une phrase de son livre : "Les femmes se transmettent entre elles la faculté toute physique de procréer cependant que le caractère radical de cette transmission met toujours l'aspect conflictuel des femmes sur ce point…" Et l'instituteur ajoute que Verdier a formalisé, en une seule, les trois femmes de Minot "la laveuse, la couturière et la cuisinière". Vassas ajoute : "Yvonne Verdier a ouvert, grâce aussi à cette étude (et à l'époque) une réflexion plus large sur le féminin".

Fabre "Son livre [à Yvonne Verdier] rend sa parole aussi singulière y compris par rapport y compris avec ses trois "amies" avec qui elle faisait le terrain. Elle avait une affinité fondatrice avec cet univers que la parole de ses interlocuteurs renouvellait. Et en même temps elle a une grande fidélité à ce que j'appellerai le "filon romantique" de l'anthropologie… Ce filon romantique prend acte du caractère tragique de l'histoire. L'histoire est une suite d'effacement, de disparitions, de cataclysmes, voire d'apocalypse… Et ce qu'elle entend [à Minot] c'est un monde fini…" (5)

Autant vous dire que ce "Surpris par la nuit" est un vrai moment de radio. Pas quelque chose qu'on jette et qu'on oublie dans le quart d'heure. un moment de radio qui donne envie de lire, d'approfondir, de chercher autour et de trouver. Des qualités  que savaient exprimer les documentaires de France Culture. En les écoutant le soir en début de nuit on pouvait on pouvait ouvrir des espaces de rêves éveillés. En les écoutant de jour il fallait arrêter de faire quoi que ce soit d'autre que d'écouter. À chaque fois être "dans la radio" et non pas à côté.

(1) Par Marie Du Bouchet, réalisatrice Anne Fleury,
(2) Cette émission de France Culture a démarré à la rentrée 1977 (octobre sûrement). Elle fût diffusée à l'origine le mardi de 9h07 à 10h45, soit 1h38 (sic), produite à ses débuts par Claude Mettra. Le directeur de la chaîne était Yves Jaigu (1975-1984). Alors que Patrice Géninet (1997-1999) l'avait supprimée, reconnaissons à Laure Adler de l'avoir remis à l'antenne de 1999 à 2002,

(3) "Façons de dire, façons de faire", Gallimard, 1979,
(4) Plutôt que de produire les babillages de Charline Vanhoenacker sur France Inter, France Culture pourrait toute l'année avec une école (ou des écoles) créé ce "Journal du temps" qui changerait la perception auto-centrée des adultes depuis Paris, 
(5) Toute similitude avec la radio publique serait fortuite !!!!

Une matinée des autres avec "Femmes de Sardaigne"  

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