lundi 9 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Che Guevara (6/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.


6. Che Guevara : médecin, révolutionnaire, icône
Il y a juste cinquante ans, le 9 octobre 1967, Ernesto Rafael Guevara est tué par l'armée bolivienne à La Higuera (Bolivie). Il a 39 ans. Avant que le portrait qu'en a tiré Alberto Korda ne devienne un poster qui s'affichera dans bon nombre de chambres d'étudiants, la CIA et l'armée bolivienne ne savent pas que cet assassinat fera du Che une icône aussi définitive qu'Einstein, Marx ou Marilyn. En 67, pour un jeune adolescent, la Bolivie, l'Argentine où est né le Che, Cuba où il participa aux côtés de Fidel à la Révolution cubaine, sont très loin. On ne discute pas encore de politique internationale aux repas dominicaux et encore moins de communisme.


Éditions François Maspero



















Un témoin de l'époque, Régis Debray était en Bolivie avec le Che, quelques mois avant que ce dernier ne soit arrêté et exécuté. Le philosophe français n'a que vingt-six ans et est un ami de Fidel Castro. Il n'en faut pas plus pour que des rumeurs de trahison s'installent. C'est peu dire que la littérature et le cinéma n'en auront jamais fini d'épuiser le sujet (1). À la radio, vingt ans plus tard, Robert Arnaut dans ces "Chroniques sauvages", sur France Inter, raconte le Che avec plusieurs invités.

En intégralité et en exclusivité jusqu'au 30 octobre



Régis Debray à Camiri en Bolivie (29 août 1967)


En France, François Maspero libraire à Paris, puis éditeur a publié dès le début des années 60, les textes d'Ernesto Che Guevara.













13 juillet 1967 à Paris François Maspéro 
Conférence de presse retour de Bolivie  
Crédits : François Maspéro - AFP

(1) Deux références parmi l'abondance. Livre : Jean Cormier, "Che Guevara, compagnon de la Révolution", première parution en 1996, nouvelle édition en 2017, 
Collection Découvertes Gallimard (n° 272), Série Histoire, Gallimard, Parution : 14-09-2017. Au cinéma "Carnets de voyage" de Walter Salles, 2004.

vendredi 6 octobre 2017

Valero par ci, Valero par là… Chega de saudade

Oui, je sais, vous allez vous dire "Valero ? Mais Fañch t'en as pas déjà parlé tantôt ?". Bien, y'en a qui suivent. Et alors j'ai bien parlé mille fois de France Culture, non ? Je peux bien évoquer deux fois (ou trois) Laurent Valero, non ? C'est qui le rédac-chef hein ? Bon je vous explique il se trouve que lors d'un récent voyage en train, j'eus l'occasion de recommander à ma voisine de siège quelques bonnes choses à se mettre entre les oreilles. Alors que les médias se sont emparés d'une nouvelle tarte à la crème dite "syndrome du dimanche", j'évoque, avec elle, ce doux moment sur France Musique où l'on tend à l'universel, au tour du monde permanent, à l'ivresse, à la joie. Et à la paix assurément. Pas moins les bicquets, pas moins. Assez pour désirer. 



Comment raconter une histoire sans se raconter d'histoires ? Voilà le tour de force auquel Valero parvient quand le bruit ambiant des causeurs est devenu inaudible. Valero fait parler les conteurs qui, ici, s'appellent des chanteuses ou des musiciens. Il pose l'essentiel, donne deux trois clefs, ouvre le coffre et nous embarque dans l'aventure d'un standard qui démultiplie la richesse des interprétations, arrangements, chants et autres instrumentaux inédits. Benêts (ou incultes c'est selon) si nous connaissons trois, voire quatre interprétations d'un standard c'est bien le bout du monde. Avec ça, vaniteux, on biche et quelquefois même on pérore ! Là, plus de quoi fanfaronner les bicquets, Valero nous donne de très grandes "leçons" de standards et ceux-ci prennent une tournure extraordinaire. 

"Chega de saudade"… J'en suis à ma troisième écoute pour écrire ce billet. Antonio Carlos Jobim e Vinicius de Moraes, sont à l'honneur (1). La légèreté et la douceur d'Elli Medeiros posent le tempo de l'émission. Le ton est donné et Elizeth Cardoso de chanter le désir jusqu'à le magnifier. Je prends le rythme, tape en mesure sur l'ordi, claque des doigts, et essaye même de siffler. Si quelquefois j'ai pu entendre l'originale, j'ai tout appris du standard méconnu. ¡ Y viva bossa y nova ! Se présentent alors Joao Gilberto, Dizzy Gillespie, Lalo Shifrin, Jon Hendricks, Jacqueline Boyer, Jacob Do Bandolim, La Banda Tropicalista do Duprat, Helen Merrill, Gary Burton, Tania, Stan Getz, Rolando Faria, Vinicius De Moraes, Elis Prodon et Carmen McRae, et Zimbo trio…

N'en jetez plus la cour (des miracles) est pleine. Y'a plus de dimanche, plus de lundi. Valero tisse l'instant, la joie simple du moment. Émouvant, transportant, vibrant. Remettez deux thunes dans l'bastringue et réécoutez tout ça plusieurs fois. ¡ Caramba !

Ce dimanche ne loupez pas à 19h, "La rivière de la lune" dite aussi "Moon river", Oscar de la meilleure chanson en 1962… (Audrey Hepburn,  Johnny Mercer, Henry Mancini, Blake Edwards, Truman Capote,…)



Et le 15 octobre "Everybody's talkin'" de Fred Neil…



(1) Diffusé dimanche 1 octobre, France Musique, 19h,

67/68 : une autre révolution culturelle… Woody Guthrie (5/42)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

Woody Guthrie, 1912-1967

5. Cette machine tue les fascistes…
Pas sûr que Jacques Vassal, journaliste, spécialiste de musiques folk et populaire, ait en novembre 1967, dans Rock and Folk (1), écrit un papier sur le hobo solaire, merveilleux folk-singer américain de la première moitié du vingtième siècle qui, sur sa guitare, avait collé son credo "This machine kills fascists". Woody avait choisi son camp. Celui des déshérités, déplacés, exclus et autres abandonnés sur le bord de la route. Comme ceux décrit dans le livre de Steinbeck "Les raisins de la colère" et dans le film éponyme de John Ford (1940). La famille de Tom Joad (2) est contrainte de quitter l'Oklaoma (État d'où est originaire Guthrie) pour émigrer vers la Californie et tenter de retrouver travail et dignité.

Guthrie a écrit deux livres (3) qui racontent son parcours et ses engagements clairs contre la machine à broyer capitaliste. Dylan fera sa rencontre quelques semaines avant sa mort le 3 octobre 1967. On découvrira son fils, Arlo, dans le film du festival de Woodstock (août 1969) débarquant en hélicoptère (les routes sont bloquées) pour chanter "Coming into Los Angeles"… (4) Le 22 septembre 2000, "Surpris par… la nuit" d'Alain Veinstein sur France Culture, consacrait son émission au folksinger : "Le Protest Song : la révolte en chantant, de Woody Guthrie à Bob Dylan". Je guette quelle chaîne du service public rendra, ces jours-ci, hommage à Woody ?



(1) N°12 de novembre 1967. Je dis "pas sûr parce que, pour l'instant, je n'ai ni trouvé le sommaire de ce numéro, ni le n° ! Ce mensuel qui, en novembre 67, fête sa première année d'existence a été fondé par Philippe Koechlin (1938-1996). Son titre Rock&Folk donnait la garantie de rapprocher les aficionados de l'une et l'autre musique ou de les diviser à jamais et de les inciter à acheter… "Best",
(2) Bruce Springsteen en a fait une chanson, "The ghost of Tom Joad". Si vous aimez ce chanteur cette "Grande Traversée" de Judith Perrignon où il sera question de Tom Joad vous passionnera,

Réédition de 2012

(3) Ces deux livres ont été traduits par Vassal. Woodie Guthrie, En route pour la gloire : autobiographie, Albin Michel, 1973. Woodie GuthrieCette machine tue les fascistesAlbin Michel, 1978. "En route pour la gloire" a donné lieu à un film américain réalisé par Hal Ashby, sorti en 1976 et interprété dans le rôle de Guthrie par David Carradine (la ressemblance n'était pas frappante),

(4) J'ai choisi cette vidéo car on y voit Arlo à son arrivée à Woodstock, ensuite il y a d'autres extraits du festival. Août 69 : le mouvement hippie est presque mort. Le concert des Rolling Stones à Altamont (Californie) et le meurtre de Mérédith Hunter, fermera violemment la page de l'utopie du flower power.

mardi 3 octobre 2017

Krafft en quête… Quatre reportages sur les migrants

Raphaël Krafft n'en finira sans doute jamais de creuser ses sillons d'humanités surtout quand celles-ci persistent dans l'inhumanité. La série documentaire (1) sur France Culture cette semaine abordera quatre situations d'urgence de migrants : sur l'Aquarius, à Paris, au Pays Basque (nord) et chez Hubert à 25km de Nice. Des témoignages sensibles en contrepoint d'une mécanique de paroles qui superpose commentaires et analyses et oublie juste d'écouter les premières victimes de ces migrations sauvages. (Les players d'écoute seront disponibles sur cette page quelques minutes après la diffusion de lundi à vendredi des émissions en flux).

Sur l'Aquarius, photo @R. Krafft


















1. Reportage sur l'Aquarius*, 12 septembre 2017,
Au large des côtes lybiennes comme ailleurs dans le monde, Krafft aime toujours comprendre les mécaniques qui régissent les opérations humanitaires, civiles ou militaires qui s'incrustent depuis des années dans de nombreux pays de par le monde (Afghanistan, Mali, France,…). Pour ce reportage il lui fallait être en situation en Méditerranée pour appréhender, de visu, les opérations de sauvetage des migrants. On comprend l'organisation des secours, les enjeux géopolitiques et on reste édifiés des témoignages de ceux qui secourus trouvent encore la force de raconter les épreuves insurmontables qu'ils ont subies. Le monde a fini par s'habituer à ce désastre permanent et on continue encore à se demander pourquoi aucune solution collective internationale n'a pu être trouvée. Sauf à considérer que la misère soit le repoussoir absolu pour les pays riches. 

L' Aquarius, navire humanitaire est affrété par SOS Méditerranée et opère en partenariat avec Médecins Sans Frontières,


Rahman berger d'Afghanistan à Paris, photo ©R. Krafft


















2. Le Paris fragmenté des exilés 
Le télescopage permanent des Parisiens, de leur vie trépidante et celle apeurée des exilés qui résistent tant bien que mal à leurs conditions de survie, prend ici encore plus de sens puisqu'il nous faut bien entendre et mieux, écouter. Elles, ils ont beaucoup à dire. Krafft nous donne à entendre comment les communautés originelles de ces exilés tentent de se reconstituer sur le trottoir parisien. Être des points de contact visibles. Accueillir pour se soutenir, se retrouver, pour tenter de rompre le désespoir. On peut être surpris d'entendre le plus souvent des gens qui s'expriment très calmement. Même quand ils reconnaissent qu'ils ne sont plus rien, qu'ils se détestent et supportent, résignés, les insultes des riverains. Ceux qui jouent d'un instrument ou chantent gardent sans doute le lien ultime avec leur langue et leur pays d'origine.





Les réfugiés à la boucherie Petricorena,
St Etienne de Baïgorry ©R. Krafft



















3. L'accueil au village, l'exemple de Saint-Etienne de Baïgorry
Guillaume Baldy, réalisateur de ces quatre documentaires, découvre comment les cloches sonnent, plusieurs fois par heure, dans les villages de France. C'est selon mais, c'est quelque chose qui perdure et vient de loin. À Saint Etienne de Baïgorry (1) sans qu'il fût nécessaire de sonner les cloches, sans tambour ni trompette, sans effet d'annonce, les habitants de ce village du Pays Basque (nord) ont mis en acte leur solidarité pour accueillir, comme ils l'avaient déjà fait en 1993 pour des bosniaques et en 2015 pour des migrants de Calais. "C'est un village de militants, de gens qui s'engagent, qui s'organisent…"

Bernadette Mousques, conseillère municipal, lit la lettre envoyée aux habitants par le maire : "Après tout on peut se rappeler que des milliers de basques ont été les migrants des Américains, que nous avons accueilli dans notre histoire des migrants italiens, polonais, bosniaques et plus près de nous espagnols fuyants la guerre civile…" Les basques n'ont pas, semble-t-il, la mémoire courte ! Les témoignages des habitants et des migrants sont touchants de sensibilité et d'humanité. L'expérience montre qu'elle pourrait être reproductible dans tant de villages en France.

(1) Le mot "Baigorri", dans sa forme francisée "Baïgorry", vient du basque "ibai gorri" et signifie "rivière rouge".

Le player de l'émission sera disponible ici quelques minutes après la diffusion de l'émission



Haider, jeune Afghan photo @R. Krafft


















4. La liberté au prix d'un mensonge
L'histoire troublante d'Haider pour la liberté, l'accueil sur la longue durée d'Hubert et une explication du dédale administratif invraisemblable pour obtenir le statut de réfugié…

lundi 2 octobre 2017

68 : et si tout avait commencé avant… Paysans révoltés (5/43)

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Chaque lundi, jusque fin juin 2018, je vous raconte, ici, les prémices de ce qui a pu présider aux "événements" de mai 1968. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, les témoignages de quelques témoins précieux et… mes propres souvenirs.

Alexis Gourvenec, leader paysan du Nord Finistère,
à sa sortie de la sous-préfecture de Morlaix, juin 1961

5. Paysans : révoltes et modernité
"Les jeunes agriculteurs veulent entrer dans la modernité, désirent ne plus être en marge et entendent peser sur les décisions politiques les concernant" (1), à l'instar de Michel Debatisse, leader paysan, issu des organisations catholiques agricoles (JAC, MRJC) et du syndicalisme agricole (CNJA, FNSEA) (2). En Bretagne, dès les années 50 ces mouvements et ces organisations sont en pointe (3). Elles tiennent l'agriculture et les paysans eux-mêmes. Le 2 octobre 1967, à Quimper (Finistère) une "gigantesque émeute paysanne se heurte violemment, très violemment même, à la police. 283 blessés, dont 2 grièvement, sont recensés. La préfecture est incendiée. C'est lourd. Cela préfigure ce qu'est la Bretagne révoltée." (4) Et à Redon dès juin 1967.

Jean-Philippe Martin dans "Les contestations paysannes autour de 1968" écrit "Dans les années 1968, certains [paysans] ne sont pas restés à l’écart du mouvement de contestation. Des luttes et des revendications paysannes ont contesté la politique agricole du gouvernement, voire la société dans son ensemble et la place des paysans dans celle-ci. Même si ces contestataires furent une minorité, il s’agit d’une minorité agissante et parfois influente. Certains d’entre eux s’affirmaient même de gauche, anticapitalistes, voire révolutionnaires, recourant parfois à un langage marxisant".(1)

La Bretagne en révolte (1965), en exclusivité et intégralité jusqu'au 31 octobre,



(1) Jean-Philippe Martin, "Les contestations paysannes autour de 1968. Des luttes novatrices mais isolées", Histoire & Sociétés Rurales 2014/1 (Vol. 41), p. 89-136
(2) Secrétaire général de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) en 1956, il a été secrétaire d’État aux Industries agricoles et alimentaires du troisième gouvernement Raymond Barre, du 22 octobre 1979 au 13 mai 1981.
(3) «Révoltes paysannes en Bretagne» par Fanch Elégoët, éditions du Léon à Plabennec, 1984,
(4) Ouest-France, 3 octobre 1967,

samedi 30 septembre 2017

De l'epectase à la luxure… (T'as le bon titre, coco)

Rien que ce titre hein, c'est du Chaumelle tout craché. J'y touche pas mais si vous m'écoutez bien vous attraperez mon histoire… particulière. Olivier Chaumelle est lui aussi particulier. Singulier même. Produire un doc sur le cardinal Daniélou lui va comme un gant. Ce sujet était pour lui. Et pour une fois je crois que je vais plus vous parler du producteur (que je connais un tout petit peu) que de son sujet que vous écouterez aujourd'hui et demain (1).

Jean Danielou


















De Daniélou, cardinal mort chez une prostituée en 1974 aux premiers jours de l'ère Giscard, Chaumelle aurait pu faire toute une histoire. Du point de vue du clergé. Du point de vue des prostituées. Il a choisi l'angle du fait divers sans l'alourdir de la morale religieuse ni, sans le moquer de la vindicte populaire ou de sa gauloiserie. Délicatement. Même si quelques chansonniers n'ont pu résiter. Chaumelle pose dans son récit quelques petits cailloux. Blancs. Subtil, il va jusqu'à camper Daniélou en quidam. Banal. Humain. Nu des oripeaux de son office. Pas besoin de forcer le trait. La vertu cardinale croise la luxure et l'epectase est proche. 

Chaumelle ne rit pas. Il a rassemblé tous les contempteurs. Avec François Teste, réalisateur, il "superpose" les observateurs patentés. Mais aussi Gainsbourg, Birkin, Daniélou et Chancel (2). Superposer, l'époque se prête à ça. Une morale religieuse prégnante, une libération sexuelle de plus en plus assumée, un président jeune et moderne, le déclin du prestige des élites, la fin des utopies, le scandale permanent. Ce mélange des genres devenu quarante ans plus tard l'alpha et l'oméga de la société tout entière. De tout ça Chaumelle tire une farce feutrée, calme, loin des moqueries faciles et des accusateurs de tout poil.

Sûr que le producteur aurait aimé confesser le prélat. La calotte et la luxure, voilà de quoi enfiler les perles de plusieurs chapelets chez Chancel (2). Chaumelle n'a pas besoin de l'emphase d'un Bellemare, de la gourmandise d'un Villers, ou de la tournure d'un Gougaud. Il lui suffit de susurrer l'événement et ce sont ses personnages qui racontent. Pour un samedi et un dimanche c'est parfait. J'arrive même à accepter qu'on ait pu couper l'heure en deux… sur deux jours. Chaumelle a désacralisé le cardinal qui, n'ayant pu aller au ciel n'est peut-être pas encore au Paradis.




(1) "Une histoire particulière", samedi et dimanche, 13h30, France Culture, 
(2) Journaliste, homme de radio et de télévision. A animé "Radioscopie" sur France Inter de la fin des années soixante au début des quatre-vingt-dix.

vendredi 29 septembre 2017

67/68 : une autre révolution culturelle… Les conteurs (4/42)

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Ici, le vendredi, jusque fin juin 2018, en complément du feuilleton "société" publié chaque lundi, je vous raconte, quelques faits marquant de "la vie culturelle" de l'époque. À travers les livres, les films, les disques qui ont marqué la révolution culturelle qui couve. Avec des archives audio radio en exclusivité, les sources de la presse nationale et régionale, et… mes propres souvenirs.

1967, 45t "Béton armé"
4. Les conteurs
Avec ce titre je vais commencer par faire une toute petite "entorse" à la radio. "Les conteurs" a été une formidable émission de télévision (N&B) d'André Voisin (1), qui a enregistré plus de soixante-douze conteuses et conteurs, de 1964 à 1974. Je vous parle d'un temps… (2). À la radio, un conteur, a traversé les années 70 et 80 sur un petit nuage occitan, je veux parler d'Henri Gougaud. Avec Claude Villers (3), avec Jacques Pradel, il donne le ton, l'accent, doublés d'une écriture poétique et sensible.

Mais je n'aurais jamais imaginé que Gougaud ait pu être chanteur, car je ne l'avais jamais entendu chanter. En septembre 1967, il est l'invité de "L'heure d'Ile de France" (player ci-dessous). Pour ce billet, j'ai découvert, qu'avant son beau métier de conteur il avait non seulement poussé la chansonnette mais aussi "offert" à Reggiani "Paris ma rose"… Quant à l'émission son titre est succulent ! Comme si la plupart des émissions de l'époque n'étaient pas "D'Île de France" ?

En exclusivité et en intégralité



Le 1er février 2015, Jean Lebrun, producteur à France Inter recevait, dans le cadre du Festival Longueur d'Ondes à Brest, Henri Gougaud. Quand un conteur rencontre un autre conteur qu'est-ce qu'ils se racontent ? Les amoureux de radio noteront, en écoutant leur rencontre, que Gougaud évoque la maladie de Gérad Sire, autre conteur, scénariste et homme de radio. À la rentrée 1977, sur France Inter, Sire est contraint d'arrêter l'antenne et l'émission, "Nouvelles fraîches", que Pierre Wiehn, directeur de la chaîne lui a confié, à 13h30 en semaine. Il décèdera le 22 novembre 1977.

Pour le remplacer, Wiehn pense à Gougaud qui accepte de "raconter des histoires" à cette heure-là, tout en sachant qu'"en face" deux autres ténors captivent leurs auditeurs respectifs, Bellemare sur Europe 1 et Zitrone sur RTL. Sans assistante et sans bureau l'expérience s'avèrera concluante. Au point que, dès la rentrée de janvier 1978, Wiehn lui attribuera un bureau et une assistante : Marie-Christine Thomas.




En 2017, il n'y a pas besoin d'être un enfant pour (re)lire "Les contes de la rue Broca" de Pierre Gripari parus il y a… cinquante ans. Quelques titres de ces contes : La Sorcière de la rue Mouffetard, Le Géant aux chaussettes rouges, La Paire de chaussures, Scoubidou, la poupée qui sait tout, Roman d'amour d'une patate, Histoire de Lustucru… Toujours disponible en librairie.


(1) Ancien directeur des programmes de l'ORTF entre 1961 et 1968,
(2) Disponibles sur InaPremium (abonnement),
(3) Sur France Inter "Pas de panique" 1973-1976, "Marche ou rêve" 1976-1978, un feuilleton "Le voyageur immobile" 1979-1980, puis producteur de ses propres émissions sur la même chaîne "Le grand parler", "Ici l'ombre", "Tout finit par être vrai". Durant les étés 2016 et 2017, il co-présente l'émission "Les Aventuriers de l'inconnu" sur RTL aux côtés de Jacques Pradel, une émission consacrée aux phénomènes surnaturels, aux esprits, fantômes,…