lundi 9 septembre 2013

Chili 73… La révolution Allende (1/3)

Photo de famille avec Salvador Allende en 1972
à Santiago du Chili © Rodrigo Gomez Rovira






"Avec une seule image on peut raconter 40 ans d'histoire". C'est avec cette belle phrase de Rodrigo Gomez Rovira que commence le long documentaire de Alain Devalpo et Jean-Philippe Navarre (1). La douceur de la voix de Rodrigo, la "simplicité" de l'événement qu'il décrit, prendre une photo de famille avec le Président Allende, est bouleversante et plus de quarante ans en arrière, nous renvoie juste avant qu'un cataclysme de coup d'État militaire ne vienne "décapiter" la douceur d'un Chili en plein ascension démocratique. Alors elle est bien dérisoire et tragique mon image de magazine arrivé dix jours après le coup d'État, et la certitude et le douloureux regret, à ce moment-là, d'avoir raté quelque chose de terrible pour la démocratie et pour la paix. En Bretagne, sans radio, sans télé, sans désir de lire le journal quotidien, j'étais en ce mois de septembre 73 à l'écart du monde. J'avais 20 ans et l'insouciance qui allait avec, même si je venais doucement, grâce à ce magazine (2), de commencer à comprendre le monde.

Entendre cette Marseillaise en español, chant révolutionnaire des socialistes chiliens "sorte de transition entre l'hymne national français et l'International" c'est prendre aux tripes ce morceau de fraternité dont un "bout" d'océan seulement nous séparait, englués que nous étions dans un pompidolisme de certitudes, d'arrogances et de mépris pour la jeunesse qu'il convenait d'étouffer. Je ne suis pas fier de ne pas avoir suivi depuis 1970, cet avènement populaire qu'Allende avait accompagné et promu. Je crois que ça fait longtemps que j'attends que la radio revienne sur cette histoire. France Culture et "Sur les docks" nous donnent l'occasion sensible de ne pas oublier et de comprendre. Hasta siempre.

Quand je dis radio je ne parle pas d'une radio de l'information, de l'actualité chaude ou froide, des experts qui s'écoutent, politologues pédants, marabouts de grosses ficelles, spécialistes précieux, va-t'en-guerre arrogants, pacifistes caution, chroniqueurs spécialistes de tout, et tout le fourbi dont nous assaillent toutes les chaînes de radio pour tenter de rendre compte quand il s'agit trop souvent d'enfiler les perles de la glose amphigourique. Glose talkée, tous les jours et à toutes heures sans jamais prendre le temps d'aller plus loin que l'effet ponctuel et immédiat du "On vous dit tout". Mais de ce tout on ne saura rien, car à peine le début de quelque chose "prend corps et esprit" qu'on passe à autre chose furieusement et inéluctablement. Qu'on arrête alors de me dire que ces émissions d'information sont l'alpha et l'oméga de la radio. Y'a basta

Le documentaire qui rend si bien compte de la petite histoire comme de la grande doit le plus souvent possible être mis en avant sur France Culture. C'est ce qui fait de la chaîne sa singularité. C'est ce qu'elle doit défendre au point d'en faire son identité.


Demain le deuxième volet "Les braises de l'espoir.

(1) Diffusé les 9, 10, et 11 septembre, "Sur les Docks", 17h, France Culture,
(2) Le Nouvel Observateur,

 

dimanche 8 septembre 2013

Chili 73… in memoriam

Voir (1)





Je ne risque pas de changer de chaîne la semaine prochaine, puisque que "Sur les docks" propose à 17h sur France Culture, quatre émissions sur le coup d'état militaire du 11 septembre 1973. Enfin c'est ce 11 septembre-là qui va être mis au cœur de notre mémoire, quand tant de journalistes depuis 2001 n'ont qu'un seul 11 septembre à la bouche… Dès demain matin je vous ferai part de l'écoute du 1er volet.

Mercredi à 23h, Marie Guérin dans "Les ateliers de la création" propose son regard et son écoute en composant "Partition pour maison ronde". Voilà, cette sélection va mobiliser et bouleverser ma petite mécanique mémorielle, j'espère qu'il pourrait en être de même pour vous.

(1) En 2001, un journaliste chilien identifie celui qui, trente-huit ans plus tôt, était au centre d’une image que le photographe américain David Burnett a prise dans le stade national de Santiago du Chili le 11 septembre 1973, quelques jours après le putsch du général Pinochet. Symbole de la répression sanglante, Daniel Cespedes, électricien dans un quartier pauvre de Santiago, racontera alors son arrestation, sa détention et les sévices subis pour son appartenance aux Jeunesses communistes, puis son incroyable libération qui n’effacera pas les stigmates de plusieurs mois d’emprisonnement. David Burnett, lui, n’est jamais retourné au Chili, mais pense un jour boucler l’histoire en retrouvant les figures principales de ses images, ce qu’il a déjà fait en reprenant contact avec une autre héroïne, Mary Decker, photographiée juste après sa chute dans la finale du 3 000 m des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984. (in Libération du mardi 9 juillet 2013)

samedi 7 septembre 2013

Un visage unique dans l'univers radiophonique…









Vers la radio. J'y vais chaque jour et, je l'ai déjà dit, la magie de la radio tient aussi au fait qu'à partir d'un nom on peut très vite enfiler les perles de la mémoire. Mon interlocuteur d'hier midi, dont je vous parlerai bientôt, évoque son passage (ancien) à France Culture et me parle de Jacques Floran. Connais pas ! Pour préparer ce billet je voulais du son pour être raccord avec le cinquantenaire de la dame (1). Je file dans la caverne d'Ali Baba, je devrais dire Ali Baba Ina (2). Je pioche. Bonne pioche. Je n'ai pas encore pu écouter l'intégralité des 15h d'archives que vous trouverez ci-dessous.

1980. C'est l'été. Au cours de trois dimanches successifs Jacques Floran (tiens, tiens), producteur à France Culture, va proposer aux auditeurs de dresser un panorama des cinq dernières années écoulées à partir des productions sonores de la chaîne. Chacune des émissions dure cinq heures consécutives et prend le temps (c'est dimanche) de remettre en avant ce qui significativement peut être considéré comme un marqueur de l'époque. Dans la première émission (3) Alain Veinstein présente les nouvelles soirées de France Culture "Nuits Magnétiques". Comme le souligne Jacques Floran c'est l'événement de cette rentrée 1978 pour la chaîne.

Avant d'y revenir dans quelques semaines, notons plusieurs choses. Jacques Floran, sans le savoir, "invente" les Grandes Traversées qui, trente ans plus tard, marqueront les étés de France Culture. L'originalité tient au fait qu'avec moins de cinq ans de recul, le principe de son émission est d'analyser et de comprendre (regarder) ce qui a fait "ce visage unique dans l'univers radiophonique" de 1975 à 1980. En mêlant archives, commentaires et témoignages de producteurs maison, Jacques Floran donne aux auditeurs l'occasion de revenir sur un passé récent et de montrer comment France Culture, dans sa propre évolution, en est aussi un des acteurs culturel, social et politique.

(1) France Culture pour ceux qui prendraient ce blog en marche, 
(2) Institut National de l'Audiovisuel,
(3) Ne pas tenir compte de la numérotation des players (erronée) et écouter dans l'ordre proposé ici,



vendredi 6 septembre 2013

France Culture… une très belle histoire d'archives

Pour profiter pleinement de ces très belles archives de l'Ina, déplacez la barre horizontale pour avoir accès à la totalité des propositions d'écoute, et faites glissez votre curseur sur l'image. (Attention, en haut à gauche il y a aussi un lien…)

Désolé, je remettrai ici le dossier de l'Ina une fois le démarrage intempestif à chaque consultation du blog, réglé ! En attendant voir ici.

 

La fabrique de l'auditeur… (1)






En résonance aux quatre billets parus depuis le début de la semaine, voici quelques points de vue d'auditeurs avertis. On commence par Syntone qui aime tant développer une thématique et donner à chercher et entendre la création radiophonique là où elle se niche (voir en septembre 2012, les dix ans d'Arte radio). Étienne Noiseau nous propose donc avec "France Culture, 50 ans, son beau miroir" de pointer ce qui, dans et hors la fête à "Tokyo", doit retenir notre attention. 

Silvain Gire qui dirige Arte radio et qui a appris son métier à France Culture (1) a, dans sa newsletter hebdomadaire écrit le texte suivant (extrait) : "Chère maman, Tu fêtes ces jours-ci tes cinquante ans. Tu as bonne mine, chère France Culture, avec tes records de podcast. 2ème radio téléchargée de France, mazette ! Finalement le web n'a pas tué la radio, hein ? Je te taquine. Je joue le fils ingrat, l'amant délaissé. En vérité je t'adore, ma radio bien-aimée. Je n'écoute que toi et ta grande sœur Inter (au fait, vous vous ressemblez de plus en plus, tu lui piques ses fringues ? elle a acheté un livre ?)."


 
Ce billet s'intitule "La fabrique de l'auditeur" car à force d'écouter la radio les auditeurs ont appris à écouter, à discerner, à critiquer. Et, bien qu'il ne soit pas possible de déterminer le "profil type" de l'auditeur de France Culture, ceux-ci, peu ou prou, tiennent à leur chaîne au moins autant qu'à la prunelle de leurs yeux. Auditeurs exigeants, attentifs ils détestent avaler des couleuvres, quand trop de changements bouleversent, ce qui longtemps pour eux a constitué l'excellence. Les temps changent, les ondes aussi. Gageons qu'ils seront plusieurs au "Palais de Tokyo" cette fin de semaine pour rencontrer ceux qui ont participé de cette excellence, comme ceux qui participent de sa mutation. Nous en reparlerons !

Les cinquante ans de France Culture. 

(1) Il serait bien capable de dire "je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans…"

jeudi 5 septembre 2013

La fabrique de la radio (4/4)… FC50

Le chantier initial de la construction








Le 6ème étage de la Maison de la radio, sujet évoqué aujourd'hui dans "Surles docks" (1), j'y suis monté pour la première fois en 2001 à l'invitation de Laurence Bloch (2), productrice de "Changement de décor", pour présenter avec Jean-François Pocentek, "La belle équipe" notre Société Coopérative Ouvrière de Production (SCOP) qui s'occupait d'écriture. Écriture littéraire et écriture graphique. J'étais assez excité de pénétrer dans la maison ronde, pas tellement pour "raconter ma vie" professionnelle mais plutôt pour découvrir le cadre de la radio que j'écoutais depuis 16 ans déjà. Christine Bernard-Guedj vint nous chercher Porte B, nous mèna au studio 168 et là de rappeller immédiatement à Laurence Bloch qu'il y a vingt ans elle m'avait interviewé à Nantes, au colloque "Autrement" sur le milieu rural. Une fois assurés que nous étions bien dans le studio où Jean Lebrun officiait chaque matin pour son "Culture matin", vint s'asseoir à côté de nous, Irène Omélianenko, qui ce jour-là présentait un court documentaire sur le centre Finistère. C'était là pour moi le début d'une longue traversée qui semble loin d'être terminée.

À chaque fois que j'ai arpenté les couloirs du sixième je me sentais comme un passager clandestin dans ce navire où, derrière les hublots des studios, se faisait la radio. Christine Goémé (productrice) a cherché après le déménagement de la chaîne, au 9ème et au 10ème étage, à revenir au 6ème pour fixer les souvenirs de ceux qui l'avaient quitté en traînant sans doute un peu les pieds.

Ceux qui ont "joué le jeu" d'arpenter les couloirs d'un "lieu en déshérence" ont "tenté le coup" et forcé les portes du chantier interdit au public. Une façon originale et pertinente de refaire le chemin à l'envers et de fixer sur "des ruines" ce qui faisait le quotidien de la création radiophonique et de ceux qui la faisaient. On pourrait dire "enfin la radio parle d'elle" et se raconte sur le lieu même de sa fabrique où gravite un mouvement en  perpétuelle ébullition. Bonne idée de faire dire à la "désolation", l'enchantement à travailler avec telle ou tel, ses premiers pas au micro ou en régie, ses regards effrayés pour ceux qui incarnaient la chaîne : Trutat, Jaigu, Cazenave, Mettra. Et puis malgré les années et les occupations successives, chacun de reconnaître, malgré tout, le bureau d'Alain Trutat ou celui de Michel Cazenave, même si d'autres avaient fini par l'occuper.

Et puis Marie-Hélène Fraïssé d'évoquer Pierre Descargues, époustouflée par son érudition. Touchant forcément de faire dire dans ses lieux "en ruine" ceux qui, disparus, ont marqué durablement la chaîne et transmis leur savoir ou leur façon de faire de la radio culturelle, ou de faire de la culture à la radio, aux plus jeunes qui aujourd'hui ont acquis l'expérience et ont bien peu l'occasion de rendre hommage à ceux qui les ont formés. 

Je n'ai pas envie de conclure ce billet mais plutôt envie de suggérer qu'il faudrait plus régulièrement que la radio ose se raconter et entame sur la longue durée l'écriture de "sa petite histoire"…

(1) France Culture, 17h,
(2) Aujourd'hui chargée des programmes de France Inter,




mercredi 4 septembre 2013

La fabrique de la radio (3/4)… FC50

Alain Cheiroux (tech) - Françoise Seloron (prod)  -
Monique Veilletet (réal) - Alain Claudel (tech)...
Pour un Pays d'Ici, septembre 1992 dans le Calvados,
devant "la baraque à frites".






À ma question "qui a choisi d'évoquer les années "Le pays d'ici"", Irène Omélianenko, chargée du documentaire à France Culture, m'a répondu (1) "Christine Bernard-Guedj" (2). Bien sûr, Arthur. Même si elle n'a pas essuyé les plâtres d'une émission voulue par Jean-Marie Borzeix et coordonnée par Laurence Bloch, Christine Bernard-Guedj est une bonne part de la mémoire de cette émission. Les dessous, les dedans, les à-côtés, les humeurs (des producteurs), le tampon permanent avec l'"administration" de la chaîne, le fil du rasoir et tout ce qui fait la préparation d'une émission réalisée "à distance" et qui demande un travail amont de "petite main", de cheville ouvrière, très ténu pour ne pas dire très rigoureux. CBG s'y entend et fait son miel pour en mettre dans les rouages. Invisible elle mérite bien d'être citée à chaque désannonce d'émission car c'est bien "de l'ombre que jaillit la lumière".

Donc, pour ce troisième volet spécial cinquantième anniversaire, "Sur les docks" nous propose ce soir à 17h, un retour express vers "Le pays d'ici", émission culte qui donnait à France Culture une présence sur tout le territoire (Corse compris) métropolitain, du mardi au vendredi, de 17h à 18h. C'est d'abord par cette émission que je suis entré en "religion" pour Culture (3) et que j'en ai fait un rendez-vous incontournable, passionné et passionnant. Comme hier pour "Les nuits magnétiques" on entre vite en ce Pays "recomposé" avec, sans qu'il soit besoin de les citer, les voix qui ont arpenté la France par tous les temps, du nord au sud et de l'est à l'Ouest. C'est chaud et vibrant, c'est dans la voix "le cœur à l'ouvrage", c'est émouvant pour l'attention portée à l'autre, tous les autres et tous ceux qui n'auraient jamais témoigné à la radio sans le passage de France Culture.

Le pays d'ici : "C'est une approche sensible de la France. C'est arpenter en direct et en public. Être à l'écoute de tous les bruissements qui sont là. Redonner à entendre. 30 productrices et producteurs se sont relayés pour dépeindre les coins de la France." Borzeix : "Je crois qu'il n'y a aucune émission qui ait fait l'objet de si peu de débat, qui rende compte de ce qui se passe en dehors de Paris… On est toujours menacé à France Culture par le parisianisme. C'est une émission qui a coûté très cher. Nous avions l'ambition de nous faire connaître en France." Sylvie Andreu (prod.) : "Réinventer le lieu… cette province non visitée par les médias. Marion Thiba (prod.) : "C'est sortir des studios. c'est faire de la radio, là où on en fait pas. C'est aller à la rencontre des gens qui n'ont pas la parole. Trouver les gens avec qui on va pouvoir faire une traversée sensible, poétique, pour arriver à sortir des clichés. Faire une architecture qui tienne la route."  

Thierry Grillet : "Ce pays des petites départementales, de cette France qui va pas vite, de cette France qui prend son temps, de cette France qui parle encore avec des accents." Yvon Croizier (réal) : "Du grand bricolage." Aumont (prod.) "On mélangeait notre vie avec celle du pays d'Ici et c'est ce qu'il y avait de très beau dans cette aventure-là." Jean Daive (prod) : "Je voulais faire de la réalité. Je voulais en faire un plateau, du théâtre. Un théâtre suceptible de créer du désir chez l'auditeur. Il n'y avait pas d'interdit. La forme était à inventer au fur et à mesure et installer l'auditeur dans une forme longue. Thiba : "Des approches farfelues, poétiques, sociales, politiques. Le Pays d'ici n'est pas une émission de journalistes, c'est une émission de documentaristes."

Pas étonnant que Marion Thiba enfonce le clou de ce qui était la "patte" de l'émission. Comme elle sait si bien le dire dans ce documentaire les approches étaient multiples et l'approche journalistique en faisait partie, mais ce n'était ni la seule ni l'exclusive. Le Pays d'ici c'était une polyphonie composée tant par la variété des territoires visités que par le principe de création de "producteurs tournants" qu'on aimait retrouver quand c'était leur "tour" et qui, par leur "absence" à l'antenne, laissaient s'installer le désir d'une nouvelle rencontre. 

Comment cette alchimie ne peut-elle laisser cette image lumineuse et brillante d'une certaine "encyclopédie" de la France des années 80 et 90 ? Comment ne pas en faire une référence pour le plaisir renouvelé de l'écoute, de la découverte et du sensible ? Comment s'en passer dans la grande bouillie du blabla qui envahit les ondes, toutes les ondes ?

(1) Interview en face à face, le 26 août 2013,
(2) Attachée d'émission pour "Sur les docks", et ex- attachée du "Pays d'ici" (1995-1997), de "Changement de décor" et du "Vif du sujet",
(3) Et par "Culture matin" évidemment,