mardi 21 avril 2026

Sibyle Veil : un port très… austère !

Et il n'y a pas que le port de tête ! On cherchera vainement à travers le portrait tiré par Libé jeudi dernier 16 avril, quelque chose d'autre que la face people de la Pédégère de Radio France (2018-). Facile et déconcertant. Pour ne pas dire pathétique ! "Sibyle Veil s’avance sur ses bottines moutarde. Musculature sylphide, pantalon large, chemisier boutonné, tout coordonné vert sapin, brushing nickel, sa communicante à côté." (1). Retenir : "sa communicante à côté" en dit long sur le personnage de Veil. Un portrait complaisant qui surtout n'effleure jamais sa relation avec les professionnels de "la fabrique de la radio" et pour cause Madame Veil doit surtout gérer l'armée mexicaine de cadres qui eux n'ont ni les mains dans le camboui ni ne sont des femmes ou des hommes de radio. Des managères de moins de cinquante ans. Point barre.

© AFP - Joel Saget
















«Cette haut fonctionnaire, débarquée sans expérience, est devenue une vraie PDG, qui n’intervient jamais et nous protège» dixit Matthieu Darriet, journaliste à ICI. Pas de pot, quand il faut elle s'invite sur France Culture ou sur France Inter. Les auditeurs sont pas des billes ils ont un peu de mémoire ! Autre perle gratuite : "Ainsi a-t-elle retourné la commission d’enquête sur l’audiovisuel public du député ciottiste Charles Alloncle, initialement déchaîné contre Radio France. Au fil des auditions, la critique s’est focalisée sur les dérives de la télévision publique." On pourra le lire dans quelques jours dans le rapport de la Commission (27 avril), Radio France risque de se voir opposer les mêmes critiques mais, dans tous les cas, sa surface médiatique n'a rien à voir avec celle de France Télévisions. De ce fait la Commission a passé beaucoup plus de temps avec cette dernière.

Pour être dans le ton Gala, Des Déserts s'est cru obligée d'évoquer le mariage de Veil, son mari et "son somptueux appartement". Cela renforce t-il une certaine distance avec la radio dont Veil a le secret ? En effet écoute t-on la radio aux Invalides (quartier de Paris) ? That is the question ! Pour Veil l'avenir c'est l'audio, le numérique. L'histoire de la radio, ses propres écoutes, le patrimoine radiophonique Veil n'en a jamais rien dit. On n'apprend pas à écouter la radio à l'Ena ! L'article évoque aussi "les rouleaux de papier toilette dans son bureau" sauf qu'ils ont été projetés depuis le toit de la Maison de la radio, pas dans son bureau ! Et aussi le "Chœur des esclaves de Verdi chanté depuis l'Auditorium", faux. C'était depuis le 104 (j'y étais). Mais que fait la communicante ????

Des Déserts ne reprendra pas la grève de 66 jours de 2019/2020, alors que c'est le conflit le plus long de toute l'histoire de la radio publique. Quant au couplet final sur Simone Veil, inopérant et superfétatoire. Sibyle est née Petitjean. CQFD !

(1) "Sibyle Veil, ondes de choc" par Sophie des Déserts, en dernière de Libé,

lundi 20 avril 2026

Le Studio du temps : pendant trente-quatre ans des détenus ont numérisé les archives sonores de l'Ina !

Qui aurait pu imaginer ça ? L'auditrice, l'auditeur ? À moins d'avoir passé, sur France Culture, la Nuit du 1er au 2 février 2025, où Albane Penaranda mettait en lumière des archives qui, grâce aux détenus de la prison de Saint-Maur, n'auront jamais été numérisées…mécaniquement, mais avec le soin et l'attention dignes de professionnels. En octobre 2025, dans "L'expérience" Albane, productrice, a souhaité faire parler plusieurs de ces détenus pour évoquer, souvent sur de nombreuses années ce travail de numérisation. 

Place des résonances, Le Studio du Temps,
© Nicolas Frize
















Ce n'est pas très facile de rendre compte de cette action de trente-quatre ans pilotée dès l'origine par Nicolas Frize (compositeur de musique) qui a, avec et grâce aux autorités pénitentiaires, inventé le "Studio du temps". Quel nom ! À la fois, entre autres, pour "fixer", les archives de l'Ina, mais aussi pour fixer les détenus dans une tâche valorisante accompagnée d'une validation de formation au son. Tous les témoignages que vous entendrez évoquent autant la dignité que la reconnaissance. C'est exceptionnel et très émouvant. Notre attachement à l'histoire de la radio a, grâce à eux, ajouté de l'humanité à ces 0 et ces 1, si impersonnels s'ils ne contenaient pas des centaines de milliers de voix… magnétiques.

Ce "Studio du temps" a pour moi tout de suite évoqué le "Studio d'essai" du poète Jean Tardieu. Même s'il n'y a pas de création à proprement parler. La dynamique d'équipe, de fonctions tournantes a permis de dépasser ce que Frize défend "Pour que le travail ne soit pas aliénant, il faut que l'esprit soit sans cesse en éveil". Si l'on ajoute à ça que les détenus étaient rémunérés au Smic, on peut imaginer leur fierté de participer à un projet où même "la petite main" est reconnue comme un acteur essentiel. 

"On se sentait dans un esprit de liberté, de parole, on se sentait encore dans la société." Entendre des détenus parler de liberté en prison nous impose de reconnaître que leur travail était enrichissant. Car sans doute la chose la plus importante de cette numérisation consistait d'abord à écouter l'intégralité des contenus des bandes magnétiques et de repérer ce qu'il conviendrait d'effacer pendant la numérisation. Et puis intéressant aussi d'entendre "On a plus l'impression d'être en prison. On est dans un monde parallèle. On sort du contexte. C'était pas à la chaîne, on avait pas de pression de rentabilité… Avec le sentiment d'avoir servi à quelque chose et ça, ça vaut plus que de l'or !“.

"L'oreille éveillée, l'oreille en suspens". Jean-Marie Borzeix (1) qui a inventé les Nuits aurait été heureux d'imaginer que "l'Himalaya d'archives“ (ce sont ses mots) qui s'accumulait chaque jour seraient valorisées par des détenus dont les conditions de détention et d'avenir ont forcément changé leur vie carcérale.

Merci à Albane Penaranda d'avoir recueilli ces témoignages et, de fait, d'avoir donné une autre dimension aux archives radiophoniques.

(1) Directeur de France Culture, 1984-1997,

jeudi 16 avril 2026

Audiences radio : grand bluff, tarte à la crème et vague… à l'âme !

La rengaine médiamétrique qui n'intéresse que les annonceurs et les directrices/directeurs de chaîne qui n'adorent rien tant que les podiums, lasse l'auditrice et l'auditeur qui ne vont pas changer leur pratique pour sauver le soldat Courbet sur RTL ou s'imposer de supporter le sirop de Nagui sur Inter. Seulement voilà la com' a beaucoup plus d'importance que les contenus. Madame Veil qui redoute et veut protéger Radio France de la polarisation n'en finit jamais de polariser sur les audiences et de donner ses satisfecit à ceux qui s'exposent dans la lumière et à laisser dans l'ombre celles et ceux qui font le job hors des podiums du Cirque-Pinder-ORTF













Voyons voir
En avril 1998, les audiences cumulées de la radio étaient à 82%. En avril 2026 à 67,2% soit 38,4 millions d'auditeurs. Perte presque 15% (environ 8 millions d'auditeurs). Une paille ! Et pourtant chacun de faire sa sauce de pourcentage sans jamais dire que non seulement la part de gâteau a diminué mais que les dit-pourcentages font apparaitre des résultats en deça des résultats de la précédente vague puisqu'il semble bien que l'écoute de la radio, inexorablement, baisse d'année en année. Quand l'audience cumulée de la radio sera à 1 million d'auditeurs, France Inter aura beau faire 12%, cela ne représentera plus que 120 000 auditrices et auditeurs.

Alors si au lieu de communiquer sur les audiences les dirigeants de la radio publique communiquaient sur les renoncements successifs pour maintenir une radio de flux de haut niveau et reconnaître que la plateformisation va plonger la radio dans un magma audio - dans lequel une chatte ne retrouvera plus jamais ses petits - et donc "TUER LA RADIO", ce serait un grand pas d'honnêteté intellectuelle et morale. Autant dire une belle utopie. On aura beau nommer et compter les fossoyeurs, le mal irrémédiable aura été fait. Sous la vague Mediametrie la radio aura fini par se noyer. 



lundi 13 avril 2026

France Inter radieuse… (en 1999) !

Ce pourrait être une anecdote. Ça n'en est pas une. Un de mes contacts à Radio France m'envoie samedi un message très court : "Inter : La radieuse (la radio heureuse)" se rappelant, entre autres, de l'époque, en 1999 au festival de Cannes. À partir de ce très bref souvenir, j'ai essayé de retrouver des indices pour confirmer comment en cette fin de siècle (et de millénaire) Inter "rayonne et brille d'un grand éclat" (définition de "radieux" par Le Robert). Plus encore Inter irradie tant elle se "propage en rayonnant d'un centre" (Le Robert toujours). Quelle époque !

logo de 1982 à 2001





Novembre 1998, Jean-Marie Cavada est nommé Pdg en remplacement de Michel Boyon (1995-1998). Au début du premier trimestre il nomme Jean-Luc Hees (Directeur d'Inter), Laure Adler (directrice de France Culture) (1) et Pierre Bouteiller (Directeur de France Musique) (2). Pour Inter, il mettra sa patte sur les programmes (inventés par Jacques Santamaria son prédécesseur) à la rentrée 1999.

Ceci étant posé, qu'est ce qui permet de nommer Inter "La radieuse" ? Une ambiance assurément. À l'époque Mediametrie (3) n'est pas encore "l'épée de Damoclès" qui agite l'audimat tous les trois mois. Auditrices et auditeurs écrivent sur du papier à lettre ou en cartes postales à la radio généraliste (les e-mails ne sont pas encore dans l'air du temps). Internet balbutie (4) et pas la queue d'un réseau social. Mais surtout Inter ne vise pas la RTLisation et encore moins de singer Europe 1.

Et les grilles (elles existent encore) ? Allez, je ne résiste pas à vous donner quelques noms qui ont fait l'histoire d'Inter : La revue de presse (Pascale Clark), 2000 ans d'histoire (Patrice Gélinet), Là-bas si j'y suis (Daniel Mermet), À toute allure (Gérard Lefort) (5), C'est Lenoir (Bernard Lenoir), Allo Macha (Macha Béranger), Sous les étoiles exactement (Serge Le Vaillant), du lundi au vendredi. De belles choses aussi en fin de semaine.

L'auditeur que j'étais (en alternance avec France Culture) sentait encore un "esprit de corps" et quelques beaux restes d'une famille où l'on pouvait "écouter la différence". Qui aurait pu imaginer que le "numérique" écraserait tout sur son passage, plateformiserait et relèguerait les chaînes à des logos dénaturés ?

Kriss, avec sa gouaille, son humour et sa liberté de ton aurait sans doute pu dresser un portrait sensible de la chaîne où elle avait fait toute sa carrière…

(1) Laure Adler n'interviendra pas sur la grille (de Patrice Gélinet 1997-1999) dès sa nomination en février, mais constituera ses programmes dès la rentrée 99, 
(2) Bouteiller qui s'empressera d'ajouter un "s" à Musique,
(3) C'est de décembre 1986 que date l'entrée de Radio France dans l'Institut de sondages,
(4) Premier site le 1er mars 1995,
(5) Clin d'œil à Maryse Friboulet à la réalisation,

vendredi 10 avril 2026

Le transsibérien de Colette Fellous : voyage, voyage…

Le vendredi 9 janvier 2004, preniez-vous le train ? Ou vous êtes vous contenté de prendre les ondes ? Pendant soixante-dix-neuf minutes les ondes subtiles du carnet nomade de Colette Fellous. Vous avez oublié ? Mais vous n'oublierez jamais l'un ou l'autre de vos voyages sur les rails. Qu'il ait été extraordinaire ou tragique. Quant à Albane Penaranda, productrice des "Nuits" imaginait-elle que cette rediffusion de la nuit dernière puisse s'accompagner de la parution simultanée dans Le Monde (daté 10 avril 2026) d'un long reportage en deux volets "À bord du transsibérien" (1). Jean-Marie Borzeix, Directeur de France Culture (1984-1997) et inventeur des Nuits (1985) aurait aimé ce téléscopage subtil.

De Moscou à Vladivostok
















Colette Fellous, productrice à France Culture, comme à son habitude sait créer les conditions d'écoute pour mettre auditrices et auditeurs en phase avec son sujet. Cette nuit le train on l'a pris de la même façon que Blaise Cendrars qui peut-être lui-même ne l'aurait jamais vraiment pris pour un voyage en transsibérien (2) ? Colette Fellous invite donc pour ce voyage le poète, Claude Esteban (décédé il y a juste vingt ans), Klavdij Sluban, photographe, Patrick Bard, photojournaliste et romancier, Adam Biro, écrivain et éditeur et Jean-Baptiste Harang, écrivain. On se régale et surtout on s'évade du torride enfermement dans lequel nous propulse le monde.

Ceux-ci d'évoquer aussi les gares et leurs architectures de "cathédrales", qu'on appelait à l'origine des "embarcadères". On pourrait même dire leur faste, propices à créer les conditions d'un dépaysement immédiat avant même de prendre le train. Chacun de ses invités dit sa passion pour le rail, les paysages, les ambiances tout au long du parcours. Les immensités (9000km) et les impressions d'être dans un autre monde sans qu'il soit besoin d'aller sur la lune. Et puis surtout apprécier le temps long (six nuits et sept jours de voyage). Absolument.

Prendre le temps de passer d'un univers à l'autre, d'un fuseau horaire à l'autre (11 de Moscou à Vladivostok). Une mesure du temps qui aujourd'hui semble bien révolue et qui, pourtant, fait un bien fou en remettant les pendules à l'heure… des trains au long court.

(1) Léonid Stein, Le Monde, 10 avril 2026. En vingt-deux ans on est passé de la poésie à la terreur !
(2) "Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France", Blaise Cendrars, 1913,

lundi 6 avril 2026

Jo Privat : le laborieux du dépliant…

Évoquer le laborieux (du dépliant), un jour férié c'est raccord avec une certaine idée de la détente, d'une oisiveté sublimée, de la pêche au goujon ou à la truite, d'un farniente bien mérité. Merci Jo Privat et, ça rime, Albane Penaranda (productrice des Nuits de France Culture) d'avoir remis dans nos oreilles cette série des "Jeux de l'ouïe" (1). Jolies virgules, d'un temps où il y avait des programmes, libres d'informer et de distraire dans leurs grilles ciselées au cordeau d'arpenteurs magiciens du rythme (et de la raison)

















Donc Jo Privat, avec quelques collègues femmes et hommes, de Belleville à Ménilmontant nous entraîne à faire une pause dans la cacophonie ambiante de l'information à laquelle France Culture ne renonce pas à participer, quitte à ce que la culture en prenne un sacré coup dans les esgourdes ! L'accent et la gouaille de Privat fixe les clichés de Willy Ronis et de Robert Doisneau, les rimes de Prévert et de Boris Vian. Qu'il est bon d'entendre Privat conter qu'à ses débuts il était "un peu chétif du gousset" et que ses passages avec son accordéon dans un bordel de sa tante arrangeaient l'ordinaire.

Il appartiendra à chacun avec son promis ou sa promise de danser dans sa cuisine, dans sa cour ou son jardin. Et vu que le soleil va cogner il vaut mieux s'agiter à la fraîche. Tous ces airs d'accordéon me rappellent que l'antenne de France Culture s'ouvrait le matin avec "Valverde" de Marc Perrone pour "Culture Matin" le set de Jean Lebrun (1987-1999). Ce côté désuet de l'accordéon, avec une touche de prolétaire et de bal pop' et un clin d'œil à la France qui se lève pour aller au turbin. (2).

Savourez donc pour ce Pâques beau cinquante minutes de piano à bretelles et de gouaille attendrissante de Jo Privat.

Morceau ayant servi d'indicatif de "Culture matin" choisi par le réalisateur Georges Kiosseff

(1) France Culture, "Jeu de l'ouïe - Les dancings de la Libération : Jo Privat " 1ère diffusion, 16 au 20 septembre1996,
(2) On ne peut plus avoir le même plaisir aujourd'hui à ouvrir, matin, le poste. Particulièrement quand le producteur de la session, Guillaume Erner, s'affiche dans la der de Libération, le 4 avril dernier, pour roucouler "Que je travaille dans le Sentier a été une sorte d’anomalie» quand on aimerait voir écrit "Que je travaille à France Culture a été une sorte d’anomalie" !

mardi 31 mars 2026

Radio publique : une mue lente et implacable !

Les penseurs et “artisans” de cette mue opérée depuis 2014 ont eu l'intelligence (pas du tout artificielle) de faire passer, de façon graduelle, les bouleversements stratégiques de façon la plus indolore possible pour les auditrices et les auditeurs. L'idée de fond étant bien de passer de la radio de flux - et de programmes - à la plateformisation inéluctable rendue possible par le tout numérique, érigé comme seule alternative au développement du média centenaire. à partir de là "le royaume des geeks leur appartient". Ces mêmes geeks vont alors s'en donner à cœur joie pour rendre obsolètes les pratiques de diffusion et d'écoute etdanser nuit et jour la carioca sur le demi-dieu podcast.

Un genre de plateforme… radio















Rappel historique
Au tout début des années 2000 ce fameux podcast (contraction de “iPod” et “broadcast) est un support nouveau pour stocker et réécouter à façon le flux radio. On ne parle pas encore de podcast natif (mais ça ne va pas tarder). On vient de mettre le doigt et - l'oreille surtout - dans la boîte de Pandore. Le podcast est devenu l'alpha et l'omega de la création audio(phonique) sans scrupule pour lâcher la création radio(phonique). Sur chaque site des sept chaînes de Radio France le mot “émission” a disparu et puis, ces jours derniers, les grilles elles-mêmes ont été mises à l'arrière-plan. Le numérique a pris le pas sur la Direction des chaînes et au Directeur des programmes est “accouplé” un Directeur du Numérique, lui-même sour la Direction du puissant Directeur du numérique et de la stratégie de l'innovation, Laurent Frisch (1).

Podcast natif (au rayon "farces et attrapes")
Ce joli hochet a été agité dans tous les sens pour faire évoluer les pratiques et habitudes d'écoute et, fatalement, pour attraper l'auditeur volatile, il fallait bien tenter le Graal soit l'équivalent de la ruée vers l'or (pas moins). Promis juré ce podcast natif resterait hors grille de programmes quand, on l'a vu, il a servi à remplir les grilles d'été et/ou à combler certains “trous” dans la grille d'hiver au fur et à mesure des besoins. Plus personne ne parle plus de ce faux-nez qui aura un peu plus incité auditrices et auditeurs à "sortir des programmes" (tellement contraignants avec leur grille horaire). C'est gagné "on n'écoute plus la radio, on écoute des podcasts" (2).

Cerise sur le gâteau
Tout vient à point à qui sait attendre ! Ce doit être le mantra favori de Frisch ! Et ce qui était en arrière-plan (le podcast, en sous-marin furtif) va passer au premier plan. Je veux parler de la plateforme Radio France. Pour définitivement “enfoncer le clou", la société de radiodiffusion de radio publique va nommer un nouveau dirigeant (un cadre de plus dans l'armée mexicaine) à un poste stratégique (3). Sonnez hautbois : "Yann Chouquet rejoint la direction éditoriale pour une mission consacrée aux productions destinées à la plateforme Radio France“. Tout est dit. Circulez, y'a rien à voir ! Mais entendez bien que ce coup-ci l'objectif est clairement affiché de reléguer les programmes aux oubliettes. Ou c'est tout comme.











Et comme écrit sur ce blog depuis des années, la production numérique s'affranchira absolument des programmes et produira des podcasts Radio France. Le podcast sur le climat intègrera la Collection "Climats" dans laquelle il y aura des productions autrefois identifiées par leur chaîne d'attache, mais dont il ne sera plus indispensable de l'être. Le tout regroupé sous la marque unique Radio France. Et vogue la plate forme sous une seule bannière… étoilée !

Tour de passe-passe 
L'affaire a été rondement menée, avec seulement “quelques heurts à la marge”. Aux personnels de s'adapter et de faire le dos rond en attendant l'inévitable casse sociale qui voyant disparaître les chaines verra, à côté de la production, disparaître tant de métiers jusque là dévolus à chaque chaîne. Madame Veil, Pédégère de Radio France, si sensible à la polarisation aura elle-même soutenu et promu le tout numérique plateformisé au détriment du flux, des chaînes, des programmes et des émissions. Son nom comme celui de Frisch restera attaché à la casse de la radio, même si aujourd'hui dans le paysage médiatique personne n'en parle se focalisant uniquement sur les merveilleux podcasts qui n'en finissent pas d'inventer… l'eau tiède. CQFD.

Ce qui était l'essence même de la radio, sa diffusion en flux, devient… superflue. La plateforme s'impose et ferme le ban. À bon auditeur salut !

(1) Le titre de ce n°2 de Radio France a évolué d'année en année au rythme de l'air du temps et des opportunités stratégiques pour mieux contrôler le développement à marche forcée du numérique. Il y a très peu de temps il était “Directeur du numérique et de l'éditorial", fonction qui imposait au Directeur de chaînes d'en passer par lui pour élaborer leurs programmes, 
(2) En 1973, dans "Pas de panique" sur France Inter, Claude Villers inventait "Vous n'écoutez plus France Inter, c'est France Inter qui vous écoute" soit une auditrice ou un auditeur qui envoyait une cassette sur un sujet de son choix !

(3) À titre d'exemple les dernières nominations (et/ou confirmation de fonctions) à France Inter : un directeur de la stratégie et du développement, un directeur des antennes (y'a encore des antennes avec le numérique ?), un directeur des programmes jeunesse, directeur de la production, un directeur des programmes, un directeur de la rédaction, un directeur du numérique, une directrice de la communication, 

Ce billet comme les deux-mille-six-cent-soixante-dix précédents n'a pas eu recours à l'Intelligence Artificielle. IA qui ne manquera pas de piller mon travail de rédaction.

lundi 30 mars 2026

Été 1996 : une très longue traversée atlantique… sur France Culture !

Il y aura pile trente ans en août, France Culture proposait une longue série du "Pays d'ici" pendant cinq semaines. Dans les faits une très longue traversée sur le littoral atlantique (1) avec comme c'était la coutume à l'époque, cinq "producteurs tournants (2). Chacun occupant deux jours une ville, puis une autre ville les deux jours suivants. C'est à cause de la rediffusion récente dans les Nuits de deux documentaires de la série d'été (Le Guilvinec et Soulac-sur-mer) que j'ai eu envie d'écouter cette longue pérégrination littorale. Mais comment faire ? J'ai des ami-es et, particulièrement un d'entre eux, aussi fada que moi sur les archives radio. Je l'appelle. Il possède le trésor. Je file chez lui récupère les 20 cassettes et le magnéto qui va avec. À moi l'aventure maritime en prenant soin de ne pas quitter des yeux cette mer qui me fait face nuit et jour dans ce port du sud-Finistère où je réside (3).

Soulac-sur-mer















En parler c'est pour moi l'occasion d'évoquer le sens du "temps long" en radio et le plaisir qu'on pouvait prendre, jour après jour, d'écouter plus qu'un feuilleton, un périple, une épopée, une aventure. L'Atlantique, en Bretagne et au Pays Basque appelée la mer, a de multiples facettes de l'Iroise (Le Conquet) au bout du Golfe de Gascogne (Bayonne). Ces multiples facettes géographiques sont révélées grâce aux multiples sensibilités des producteurs tournants. Et; dans pareil cas, on se serait privé de cette richesse de diversité et de singularité si l'affaire avait été confiée à une seule personne. Ce principe, j'oserai dire cette éthique de la transmission, a fini par être abandonné par directeurs et directrices qui n'avaient aucun sens de la radio et, encore moins de l'histoire de France Culture. Borzeix (4) avec le "Pays d'ici" a sublimé les producteurs tournants, la diversité, la singularité et l'ouverture (d'esprit).

Et si l'on connaît bien cette productrice et ces producteurs, on retrouve leur marotte, leur sens du détail et quelquefois leurs angles bien spécifiques. À gros traits je dirai que Sellier est humaniste et cherche l'histoire humaine derrière ses portraits… sensibles. Laporte plus dilettante reste en surface. Daive, philosophe et littéraire. Vettes (en son pays), baroudeuse, va au contact et fait son miel de ce pays aimé. Aumont, sérieux, économiste et passionné de développement s'incruste subtilement chez les Basques. 

Quant à l'Atlantique, s'il s'agit bien de l'océan et, si de la Vendée jusqu'au Landes, c'est comme ça qu'on parle de lui (l'océan) ce n'est pas le cas en Bretagne ou au pays basque où l'on parle de la mer. Scarlett le Corre (Le Guilvinec) précisera que "La mer c'est féminin", pour Jean-Pierre Abraham "L'Atlantique c'est plus loin" et pour un pêcheur basque "L'Atlantique c'est plus littéraire". Qu'on se le dise !

La corderie Royale, Rochefort-sur-mer











Toutefois constatons et regrettons la grande absence des femmes au cours de cet été Atlantique. Sellier, Vettes et Daive auront fait (un peu) parler les femmes. C'est malheureusement pas le cas de Laporte et Aumont. Comment est-ce possible ? Rien qu'en Bretagne, les femmes actives d'Ouessant, en première ligne pendant les grèves dans les conserveries du Pays bigouden et à Douarnenez. Il ne manquait pas d'occasion pour aller chercher les femmes et les faire témoigner et, surtout pas comme "femme de" marin de commerce, d'ostréiculteur ou de marin de la grande pêche. Ben oui c'est une évidence il y a trente ans l'invisibilisation des femmes était patente et France Culture qui faisait appel à de nombreuses productrices ne défiait pas l'air du temps encore plombé par les hommes.

J'ai écouté, en trois jours, ces vingt heures de documentaire, en vrai auditeur, sans prendre de notes. J'ai appris beaucoup de choses et je me demande comment en août 96 j'ai pu passer à côté de cette très longue traversée atlantique. Je me suis rattrapé et j'aimerai tellement que la Direction de France Culture donne l'occasion à ses productrices-producteurs de refaire le même parcours avec les mêmes escales, trente ans après. De quoi constater les évolutions de notre société au plus près de ses actrices et acteurs, ceux d'hier et comme celles et ceux d'aujourd'hui.

(1) Du 30 juillet au 30 août 1996. Le Conquet, Le Guilvinec, Saint-Nazaire, L’aiguillon-sur-mer, Rochefort-sur-mer, Soulac-sur-mer, La Teste, Soorts-Hossegor, Bayonne, (chaque producteur intervenant sur deux sites par semaine)
(2) Ludovic Sellier, Arnaud Laporte, Jean Daive, Marie-Paul Vettes, Yves Aumont,
(3) Vous ne pourrez pas entendre ce que j'évoque à oins que vous-même ou quelques bons ami-es possèdent ces enregistrements.
(4) Jean-Marie Borzeix, directeur de la chaîne (1984-1997) a inventé "Le pays d'ici", 

mardi 24 mars 2026

Radio France : les grilles sont… grillées !

Lire une grille de programmes, cette action digne du temps des cavernes a presque disparu sur les sites des chaînes de Radio France. Je ne peux m'empêcher de rappeler une fois encore les bons mots de Philippe Caloni, journaliste. "À la radio, les cellules, les grilles et les chaînes en font presque un système carcéral". Dérision bienfaitrice qui ne pouvait pas faire de mal. Savoir se moquer de la grande maison (de la radio) et savoir en rire. Aujourd'hui on rit jaune ou bleu, c'est selon !







Si vous ouvrez la page d'accueil (par exemple de France Culture) s'ouvre un immense bandeau de la largeur de votre écran présentant
l'émission le podcast en cours. Et en petit, tout riquiqui, un p'tit grillon qui signale "Grille". Et attention, pas "grille de programmes" comme avant, non juste "grille" un mot désuet pour les has been qui marchent au programme, quand ils devraient déjà avoir muté "plate forme". En déroulant la page s'y présente l'actu, forcément l'actu et, toute la "sauce" qu'à tout prix, France Culture veut vendre. C'est clair. Vous n'écoutez plus la radio, vous écoutez un florilège de podcasts. 

Et vous faites votre programme sans jamais vous griller ! Quant aux cellules (de montage) si elles existent toujours la tendance est de monter via son smartphone. Pour les chaînes les marques elles devraient résister encore un peu jusqu'à ce que dans le grand bain de la plate forme elles ne soient plus distinguées que par des pictos de couleur avec le logo minimaliste de Radio France. Prochaine étape :  se fondre dans la plate forme de France Télévisions.

Picto France Culture


lundi 23 mars 2026

Les Nuits de France Culture : so phare away…

Le mot était facile mais je n'y ai pas résisté… Ces phares au loin, ces phares au près. C'est la Nuit que nous a proposé Antoine Dhulster samedi dernier en début de nuit. Il me sera difficile de ne pas être ravi quand les émissions proposées évoquent et mon pays et la mer. Entendre des voix connues, bien reconnaître les lieux et surtout bien savoir qu'ici on parle de la mer et ni de l'Océan et encore moins de l'Atlantique. Et comme le dira Scarlett Le Corre (du Guilvinec) "la mer c'est féminin" et c'est sûrement aussi ce qui me porte depuis l'enfance en ayant bien conscience qu'en écrivant cela je dis un peu de ma vie. (Là, je vous écrit la mer pleine face !).

Le phare de l'île vierge, Plouguerneau.









Ça commence bien avec "Le pays d'ici" qu'Yves Aumont (journaliste à Ouest-France, Nantes) évoque d'emblée avec "le port de Lilia" (Plouguerneau, 29) et son phare en pierre le plus haut d'Europe. En 1991, l'État français arrête de former des électromécaniciens de phare, et l'on s'approche de façon inexorable de leur automatisation. C'est assez terrible d'entendre les témoignages des gardiens et d'imaginer que ces tours de feu ("tour tan" en breton) vivront bientôt sans vie humaine pour les garder. 

Puis on file sur "Les noctambules" en 1974 (à quelques mois de la fin de l'ORTF) dans une courte émission de Simone Matil (productrice) et Michel Abgrall (réalisateur). L'illustration sonore n'échappe pas à la harpe celtique d'Alan Stivell, en plein revival de culture bretonne. Toutes les productrices et producteurs d'émissions autour de la mer se sont-ils donnés le mot pour ouvrir leur documentaire sur les prévisions météo de Radio-Conquet et/ou de la coordination des points météo des phares de la pointe bretonne ? Ritournelle et rituel obligé de l'attention extrême portée aux conditions météorologiques.

Autre ritournelle, il fallait bien un peu d'accordéon pour accompagner Ludovic Sellier au Guilvinec, le 1er août 1996. Escale, d'une longue traversée d'été du Pays d'Ici, pendant cinq semaines, intitulée "L'été Atlantique" (1). On entendra avec sa légendaire discrétion, Jean-Pierre Abraham, maître es-phares qui sait dire tout en douceur les histoires épiques que tant de gardiens de phares ont pu vivre en mer, en Manche et en Atlantique.

C'est avec "À Saint-Malo beau port de mer", chansonnette de marin, que Jean Lebrun, en son pays, ouvre cet épisode de "Pot au feu" au Festival "Étonnants voyageurs" inventé par Michel Le Bris(2). Pour son documentaire dans la cité corsaire. Lebrun égal à lui-même mais avec un ton beaucoup plus calme qu'à la fin de ses émissions sur France Inter. En pays de connaissance dans un festival du livre face à la mer de quoi calmer toutes les ardeurs. Où l'on apprendra que la coordination de tous les phares et balises de France se faisait depuis la colline du Trocadéro à… Paris. Merveille du centralisme jacobin ! Et, disons-le comme ça, il est savoureux d'entendre l'ingénieur-historien Vincent Guigueno qui a su s'affranchir du poids de l'administration maritime, je devrai dire des administrations maritimes. Et Jean-Pierre gestin, fondateur du Musée des Phares et balises d'Ouessant d'annoncer que "les phares sont devenus un objet pour les terriens" ! (2). Et puis Lebrun de citer Yann Paranthoën (3).

Le "seigneur des lieux", Jean Malgorn, gardien au phare de l'Île Vierge, ouvre une série des Nuits magnétiques de septembre 1996. L'épisode choisi "Ar mor, ar men : au sommet du phare de l'île vierge" par Anice Clément et Isabelle Jeanneret. La nuit se conclura avec un Pays d'Ici à Soulac-sur-mer du 16 août 1996 (4) et une Nuit magnétique de "Rêve de mer" de juillet 1986. Autant de façons de tourner autour et, par tous les pores de la peau y plonger. Aussi par tous les sens quand on y est indéfectiblement lié. 

(1) Le parcours du 27 juillet au 23 août 1996 : Le Conquet, Le Guilvinec, Saint-Nazaire, L’aiguillon-sur-mer, Rochefort-sur-mer, Soulac-sur-mer, La Teste, Soorts-Hossegor
(2)Ce qui serait mon cas puisque depuis des années j'ai pu profiter, at home, des phares du Four, du Stiff, de l'île Vierge, des Pierres noires et des Moutons,
(3) Pour son documentaire sur "Le phare des Roches-Douvres" et ses échanges avec les femmes de gardiens de phare,

(4) Il est assez remarquable de distinguer les approches différentes des producteurs/productrices. Si Anice Clément ne choisit pas précisément de situer géographiquement les lieux qu'elle parcoure, Jean Daive à Soulac contextualise les lieux et les situations. C'est mieux car pour les non-bretons il est plus difficile d'imaginer sans géographie les lieux et les mers de Bretagne ! Il en va de même pour les invités : quand Jean-Pierre Abraham est très disert avec Ludovic Sellier, il en dit beaucoup plus long chez Jean-François Aumaître dans ses Nuits magnétiques… Le temps dévolu au documentaire a donc quelque chose à voir avec le "temps de parole". Un temps long. Soi l'inverse des reportages d'une demi-heure qui ne peuvent installer une proximité, une complicité avec cells et ceux qui parlent.

lundi 9 mars 2026

Écouter la radio : geste ultime…

Si je n'étais pas un chouïa trop passionné par mon sujet je dirais que la radio aurait pu s'intercaler dans le roman de Georges Perec "Les choses". La radio, chose du quotidien, nous collait aux basques quand, avant une journée de travail ou après, le geste rituel s'imposait "d'allumer la radio" et d'ouvrir le champ de tous les possibles de découvertes infinies. Soi et la radio : une connexion tangible, quotidienne, sensible et complice. Un objet - le poste - avec ou sans fil formait un tout avec son contenu. On écoutait la radio, une chaîne (ou deux ou trois) dans sa globalité, tendant plus ou moins l'oreille suivant les émissions. Et on allait, ébahi, de découvertes en découvertes. Au petit bonheur la chance… du flux. Mais voilà, tout ça c'était avant le drame !











Pour casser la radio rien de mieux que de l'éparpiller façon puzzle. Entreprise de dissolution/démolition menée par des guérilleros à la solde du "progrès numérique". Le dit-puzzle impossible à assembler. Car, une fois coincé dans sa routine (trop cool) et, après avoir avalé la couleuvre de constater qu'il n'y a plus d'émissions mais des POD (podcasts on demande), écouter la radio vous place dans la posture du néandertalien à peine sorti de sa grotte. 

Si j'aime composer les histoires avec petits et gros morceaux, je n'ai jamais aimé les puzzles. Une fois finis, ces "tableaux" restent morcelés et fragiles…! Et puis, sans vergogne, l'industrie des geeks a fabriqué des faiseurs de podcasts, et autant de marques. Y'a du Collin, du Manzoni, du Mauduit, du Devillers ad infinitum le tout… définitivement "hors contexte". Des produits à la DLC à vie (1). Le support (la chaîne de radio) devenant superflu, Radio France ayant depuis longtemps tirée la couverture à elle (2).

Pour finaliser l'affaire il ne reste plus qu'à "enfiler les perles". À savoir mettre les unes derrière les autres des émissions podcasts, sachant que plus rien ne sera écouté dans la continuité d'un programme. Il ne restait plus, alors, aux petits génies du numérique qu'à nous cracher aux oreilles "Audio killed the radio star" (1) et se trémousser comme des pantins dans les couloirs de la Maison de l'Audio !

(1) Durée limite de consommation, 
(2) Radio France est une société, d'où le féminin !
(3) Version actualisée de "Radio killed the radio star" des Buggles,

lundi 23 février 2026

La radio : des sons en cascade… de la Terre à la Lune !

Ça commence par un indicatif sensible, connu, attendu. Ça s'enchaîne avec une voix présente, connue, reconnue. Ça se poursuit par celle de la productrice, reconnue. En quelques secondes tous les ingrédients sont là pour captiver l'oreille. Il suffit alors de se laisser porter…

"Clair de lune", tableau de Félix Vallotton,
vers 1895 - Félix Vallotton, Domaine public,
via Wikimedia Commons















Ça commence donc par un indicatif (1), puis la voix de Colette Fellous qui coordonne "Les Nuits magnétiques" et qui, bien plus que présenter l'émission, lui donne par ses propos, du sens, de la chair et une âme. Qui colle au sujet de Catherine Soullard sur Séléné et la lune ou sa face cachée (2). Ce trio subtil (indicatif, Fellous, Soullard) est mis en ondes par Isabelle Jeanneret. Dans la nuit, hors de l'hiver 1997, une petite perle nous transporte et nous incite, dans la lune, à rêver les yeux tout ouvert. 

L'astrophysicien Alfred Vidal-Madjar se charge de nous déciller avec ses "Clair de terre" et autre "Éclipse de terre", même s'il n'est jamais allé sur la lune pour observer ces phénomènes astronomiques. Et puis Catherine Soullard n'aime rien tant que nous lire des textes (Fédérico Garcia Lorca, Jules Laforgue, Guillevic et Yanis Ritsos) qui, grâce à sa voix, nous immergent dans le sujet. Quant aux chuchotements de Marie-Hélène et d'Anne-Charlotte il sont une subtile ponctuation au cas où nous aurions perdu notre imaginaire d'enfance face à cet astre fascinant. "Elle est belle, je crois qu'elle a des yeux… Je voudrai qu'elle reste pour toujours et qu'elle dise Bonjour au soleil…". Et puis on appréciera de connaître l'origine du croissant (pâtisserie). 

Soullard et ses invités, chanteuse, romancière et scientifiques, ouvrent le champ de tous les possibles lunaires. Il faut vraiment écouter ça la nuit (avec ou sans lumière) et espérer que "Les nuits" diffuseront les trois autres épisodes de la série d'origine (3). Et comme disait Jacques Prévert "De deux choses lune, l'autre le soleil".

P.S. : Et on aime que dans sa désannonce, Catherine Soulard, cite Michel Creïs, chef-opérateur du son, sans doute pour ses archives du 21 juillet 1969, le jour (ou la nuit) où Armstrong fit son premier pas sur la lune.

(1) "Annobon", Louis Sclavis, Aldo Romano, Henri Texier,
(2) Nuits magnétiques, série de 4 épisodes, 7 janvier 1997, Catherine Soullard, France Culture,
(3) 2- Armstrong, Tintin et les astroblèmes. 3. Jeux de lune sur l'eau tranquille. 4. Le théâtre de la lune.

lundi 16 février 2026

La radio : les samedis et les dimanches au XXè siècle…

Avant les algorithmes quelques dinosaures tentaient d'inventer, en fin de semaine (samedi et dimanche) une antenne différente sur les deux chaînes du service public, France Inter et France Culture. Puisque le temps de la vie quotidienne était différent pourquoi pas se mettre à ce rythme-là. Jacques Sallebert, journaliste et patron de la radio à l'ORTF (1) en est convaincu et il l'explique. Un autre convaincu, Jean-Marie-Borzeix, Directeur de France Culture qui, en 1984, invente avec François Maspero "Le bon plaisir"… 

Capture d'écran,
Désolé pour la noirceur !
Jean Amadou (chansonnier), Agnès Gribes
















Par ordre d'entrée en scène, on commencera donc par "L'Oreille en coin" qui, dès mars 1968  propose 13h d'émissions réparties entre le samedi après-midi et le dimanche. Vous dire que depuis ces temps immémoriaux personne n'a eu le culot, l'audace, le génie d'inventer une chose pareille qui mettait la radio en phase avec le rythme de la société devenue adepte du week-end. "L'Oreille" ne se contentait pas de coller les émissions les unes derrière les autres (le samedi et le dimanche après-midi), elles étaient judicieusement et subtilement enchaînées par des animatrices (Kriss, Agnès Gribes, Kathia David) qui avaient aussi leurs propres émissions dans le programme. O tempora, o maures.

Quant au "Bon plaisir" (1984-1999) il le fut jusqu'à ce que Laure Adler, Directrice de France Culture (1999-2006) ne passe le programme par perte et profits, trop culturel sans doute. Les quatre miettes qui en restent ont été charcutées (du programme initial de 3h ou 3h30 on est passé à 1h58). Mais écouter le "Bon plaisir" c'était le prendre chaque samedi après-midi en faisant tout pour ne rien faire d'autre et, calé dans son fauteuil, passer un formidable moment de radio. 

(1) Très difficile dans sa bio de trouver sa période de Direction, que je tenterai de situer de 1970 à 1974 (il remplace Roland Dhordain qui fut Directeur de 1968 à 1970),

lundi 9 février 2026

La radio : comment ça marche ?

Entendons-nous bien, je vais vous parler ici de radio (et non pas d'audio ou de podcasts). La radio quoi, cet objet du désir absolu d'écouter et de découvrir en se laissant porter par ce qu'on entend, au fil de l'eau, sans savoir à l'avance le contenu de ce qu'on va écouter (1). Ça vous parle ?


Eve Ruggieri ©AFP









C'est sans doute ça l'enchantement révélé depuis l'enfance. S'accrocher à une émission pour savoir, pour comprendre, pour imaginer. Une concentration ultime et tendue. Il n'existe pas de résumé, de retour en arrière, de pause (et de fait, encore moins d'avance rapide). Et, qu'on écoute une émission habituelle ou une nouvelle émission ça ne change rien à la tension de… l'attention. J'ai toujours eu l'impression que la radio, dans ses émissions de programme et pas dans celles des informations, me racontait des histoires. Des histoires de tous les genres et de toutes les façons.

La radio a longtemps fait une place de choix aux conteurs, à Eve Ruggieri, à Claude Villers, à Claude Dominique et à Daniel Mermet (2). Alors déjà rien que pour entendre leurs histoires je me suis habitué, s'il y avait des conversations autour de moi, à garder l'oreille droite pour la radio, la gauche pour les interférences. Ce qui n'était pas entendu pendant le flux était perdu et ça, ce n'était juste pas possible. Cette pratique, ce tic d'écoute (un peu obsessionnel) m'a vite fait comprendre que j'étais dans la radio. En prise de haut voltage. Et que, corollaire induit, j'avais beaucoup de mal à m'en détacher (pendant mes heures de travail par exemple, ou pendant mes heures familiales).

Je portais la radio en bandoulière, vivant en même temps qu'elle et à son rythme, quand aujourd'hui le pod détemporalise et sort du contexte environnant. Je préfère être dans son pas et avoir la très nette impression que la radio s'adresse à moi comme à quelques milliers d'auditrices et d'auditeurs, eux aussi rivés au poste. Une attitude absolument has been. Une façon d'exister avec un média singulier qui poussait au compagnonnage sur la très longue durée. Voire sur toute une vie.

La mue opérée à Radio France a poussé à l'extinction de ces comportements et pratiques jusqu'à influencer les dits-programmes, à sur-utiliser les rediffusions et à faire croire que les podcasts dits-natifs (hors diffusion en flux) ne finiraient pas dans les grilles d'été sans plus aucune autre création originale. Je ne suis plus en phase avec cette radio-là, ces programmes-là et la succession de pods qui ne font pas un programme mais juste une liste désincarnée qui se picore au gré de ses humeurs et disponibilités. C'est moderne et glacial. Ce n'est plus de la radio, c'est déjà une plate forme, ouverte nuit et jour, pour consommer des produits audio, isolés quand, autrefois, ils vivaient ensemble au sein de la Maison… de la radio !

(1) Alors qu'avec les podcasts vous avez accès au résumé, à quelques détails révélateurs et toutes autres choses qui en disent beaucoup trop,
(2) Petite liste non exhaustive,