mercredi 22 août 2012

Sortie (de route)…




Il est parti le 1 juillet, ému de quitter l'antenne après 5 saisons de "Subjectif 21", le dimanche soir à 22h, sur France Musique. Michka Assayas débroussaillait la musique pop, rock et autres genres suivant son humeur. Son humeur : la bonne ! Un esprit vif, surprenant, tonique. Michka partageait et donnait envie d'aller écouter au-delà des morceaux qu'il proposait dans son émission. J'ai par exemple plongé dans Me'Shell Ndegéocello. Michka était fou de musique et mettait plus d'un brin de folie dans son émission. Brins de folie et de sincérité, d'érudition aussi. Rien à voir avec les "pousseurs de disques-promo".

Pourquoi France Musique dégage t-elle en touche le seul halo Pop de la chaîne ? Quelles raisons ? Quelle justification ? Mystère. Cette décision ne relève t-elle pas de l'arbitraire ? Le saurons-nous un jour ? Qu'en a dit la presse ? Rien. Ce départ est-il annoncé dans le supergadget de Télérama (1) ? Que nenni ! Michka a t-il convoqué, outré, comme d'autres petits rigolos l'ont fait autrefois sur une chaîne publique, ses amis, son fan-club, ses aficionados à venir manifester leur hargne et leur courroux ? Bien sûr que non. Il a rejoint, dépité sûrement, la cohorte de ceux qui sans tambour ni trompette ont appris un matin ou un soir que leur émission ne serait pas renouvelée.

Par quoi sera t-elle remplacée cette émission subjective et fière de l'être ? Par de la musique classique, de l'opérette, du bel canto ? Où trouvera t-on une telle tribune qui ne bénéficiait que d'une case très étroite sur France Musique ? Les minuscules "InstantPop" de Vincent Théval (2) pourraient-ils devenir une quotidienne augmentée, une hebdomadaire enrichie ? Réponse le 3 septembre pour la nouvelle grille de la chaîne.

Si vous ne podcastiez pas l'émission, ni n'avez eu le bon goût, avant le 1er août, d'écouter la dernière de Subjectif 21, vous aurez loupé l'hommage de Michka Assayas aux Bee Gees. J'espère que Michka reviendra sur une chaîne publique, il y a sa place, même si, électron libre, il a du mal à rentrer la musique dans des cases. Salut Michka !

(1) Voir billet d'hier
(2) 4ème saison d'été sur France Musique, 5mn du lundi au vendredi, 16h55/17h

mardi 21 août 2012

Rentrez…

Je ne suis pas complètement sûr de cette information : il semble que chaque année les nouveaux programmes de la radio publique (1), qui débutaient la nouvelle année radio, se calquaient sur la rentrée des classes ! C'est comme cela qu'en 1968 l'année radio démarra en octobre. Cette année, foin de la rentrée des classes, les antennes du groupe Radio France démarrent leurs nouveaux programmes le 27 août. Pourquoi le 27 août et pas le 3 septembre ? Mystère et boules de gomme. Sachant que la conférence de presse de rentrée se tiendra elle le 4 septembre et que l'ensemble des programmes des sept chaînes seront alors connus !

Les médias, toujours à l'affût d'informations croustillantes concernant la radio, n'ont pas manqué depuis le mois de juin, de brèves en brèves, d'informer le public sur quelques pipoles ou semi-pipoles qui œuvrent à la radio et bougent au gré des vents (2). Aujourd'hui, 21 août, tout le monde a oublié et s'en fout sûrement comme de sa première écoute radio… Obsolète le supergadget de Télérama (2), un état actualisé du mercato médias, qui, voulant sûrement montrer qu'il est à la pointe de l'info radio, n'a fait qu'alimenter le buzz. Le tam-tam Giordano/Lopez (4) ressemble à une brève de Morandini, le camelot habile des médias.

La critique radio pourrait-elle se résumer à autre chose que la mise en avant de tel ou telle, l'anecdote superfétatoire, la description didactique d'une émission… ? Or nous subirons dès la semaine prochaine quelques gros clichés, raccourcis, et autres caricatures bien lourdes ("… il s'inspire beaucoup de José Artur mais sans faire du Chancel avec un soupçon de Bern", en voilà un enfermé pour longtemps dans un carcan). Particulièrement puisque l'écoute "critique" ne concerne souvent qu'un seul épisode d'une même émission, pour laquelle il faut vite donner un avis… et passer à autre chose !

Donc, prenons le temps de continuer à écouter les grilles d'été, et de "rentrée" doucement dans ce qui pourrait être nouveau dans les grilles de Radio France. Nous en reparlerons dès le 4 septembre et tout au long de l'année.
(à suivre)
(1) depuis sans doute la création de France Inter en décembre 1963 par Roland Dhordain qui en sera son premier directeur, 
(2) lire des humeurs des responsables des programmes,
(3) publié sur son site et appelé infographie en ligne depuis le 11 juin à 18h13 et mis à jour le 3 juillet à 12h35, comme si depuis le 3 juillet il ne s'était "rien passé"… À quoi cela pouvait-il donc servir de nous informer de quelque chose dont les effets ne seraient tangibles que le 27 août ? 
(4) Insignifiant départ de la case 11h/12h30 de France Inter de l'une et arrivée de l'autre.

lundi 20 août 2012

Dans le sens des retours…




de bâton, de flamme, sur investissement, à la ligne. La ligne, j'y reviens après six semaines d'une petite pause d'écriture même si, mes chers auditeurs, je ne vous ai pas complètement abandonné en publiant chaque semaine un blog-note et une petite madeleine radiophonique le dimanche…

"Dans le sens des retours" cette phrase stupide, ânonnée, pourrait nous faire accroire qu'il n'y a qu'un seul sens aux retours. Et pourtant les retours vont dans tous les sens. Ceux qui s'annoncent la semaine prochaine auront leur part de tragique puisque une seule chose ne comptera plus dans l'univers média que la "rentrée", alors qu'il n'y a pas si longtemps les mêmes médias tiraient le rideau sur l'actualité galopante pour la mettre à l'heure de la diète qui rime si bien avec sieste. La semaine prochaine nous aurons le droit à la rentrée littéraire, la rentrée politique, la rentrée médiatique, sans oublier la sacro-sainte rentrée économique ! Les journalistes sont excités comme des élèves à qui l'ont vient d'acheter un nouveau cartable ou comme des profs qui vont faire leur premier cours. Il se passe quelque chose. C'est grisant. Et sur le modèle de la rentrée scolaire tout s'étiquette avec le mot "rentrée".

Le mois d'août a pourtant 31 jours dont il conviendrait de profiter jusqu'au bout. Mais non content que ces rentrées ne viennent pas assez vite les communicants ont inventé les "pré-rentrées". Au-secours fuyons ! En ce qui me concerne n'étant jamais parti, il m'était agréable de revenir à ce "feuilleton de la radio" dans cette atmosphère de "fin d'été", tant pour traquer la névrose "rentrée", qu'un temps suspendu au soleil ou à un autre rythme. L'impatience médiatique qui ne supporte pas longtemps le "non événement" ne rime pas forcément avec la vie réelle, celle qu'on prend le temps de vivre avec la radio…
(à suivre)

dimanche 19 août 2012

Aux vents du Croisic…






Sorti de la Maison Ronde, des Ondes et de tout le fourbi mécanique, l'homme de radio marchait aux vents, à ma rencontre. Parmi les otaries, cachalots et autres cétacés vautrés sur le sable en contrebas, nous nous reconnûmes d'évidence. Les bonnes ondes. L'homme que j'avais voulu rencontrer savait faire deux choses : de la musique électro-acoustique, raconter des histoires (ou les faire raconter) pour une radio… acoustique. J'aimerai bien écrire de la radio à coustique, comme on dirait du trombone à coulisse.

Le gaillard cause en cercles concentriques comme d'autres font des ronds dans l'eau. Les ondes toujours les ondes. Il fait défiler les personnages de son petit musée magnifique ! Trente-huit ans de boutique, ça en fait du monde. Pensez. C'est un homme de Culture (France Culture) alors c'est parti pour les Paranthoën (1), Ollier, Veinstein, Trutat, Farabet, Adler, Davidas, Baumgartner…  On dirait que je dresse la liste "Des vivants et des morts". J'aime entendre cette musique, sa musique. Il tricote et détricote et moi (comme d'hab') je fais ma pelote.

Quand il parle ou quand il fait de la radio, Christian Rosset ne fait pas de bruit, ne monte pas sur les tambours, ne flotte pas sur les kakemonos qui vantent la-lessive-de-celui-qui-washwash-les-matins, et encore moins des ronds de jambe. Il s'incruste, s'insinue, s'intercale, se superpose, se mixe et se décale. Dans sa parlure on guette les silences qu'il dit aimer. C'est du miel pour l'écouteur… L'Histoire est là. Au présent et au singulier (2).

On n'en finirait jamais avec la radio… J'ai mis quelques sons, quelques mots griffonnés, quelques images dans ma besace. Il faut que ça macère, l'assemblage sera pour plus tard. Les otaries, cachalots et autres cétacés ont fui la haute marée. Sur le banc Rosset souffle : "Personne ne croit qu'il peut y avoir des artistes de radio". Moi si !

Demain, 8h30, le premier épisode de la "saison 2" du feuilleton de la radio…

(1) "Yann Paranthoën, l'art de la radio", sous la direction de Christian Rosset, Phonurgia nova, 2009
(2) Je ne peux peux pas écrire ce mot "singulier" sans penser à Geneviève Ladouès et à son " Un jour au singulier" sa belle émission dominicale sur France Culture (années 90),

jeudi 16 août 2012

Quartiers d'été…










Ce blog prend ses quartiers d'été (jusqu'au 20 août) mais si vous aimez la radio et que vous voulez lire des choses sur :

Chancel (Jacques), Jaigu (Yves), Paranthoën (Yann), Mermet (Daniel), Kriss, Dominique (Claude), Bellemare (Pierre), Bonnaud (Frédéric), Hees (Jean-Luc), Pradel (Jacques), Dhordain (Roland), Laurentin (Emmanuel), Max (Zappy), Villers (Claude), Artur (José), Bouteiller (Pierre), Filipacchi (Daniel), Biraud (Maurice), Lenoir (Bernard), Blanc-Francard (Patrice), Heraud (Alexandre), Lebrun (Jean), Kraft (Raphaël), Julie, Seloron (Françoise), Caloni (Philippe), Borzeix (Jean-Marie), Omélianenko (Irène), Yanne (Jean), Thiba (Marion), Zegut (Francis), Garretto (Jean), Codou (Pierre), Burgel (Patrick), Vacher (Jeanne-Martine), Le Marcis (Monique), Delli-Fiori (Julien), Guiton (Amaëlle), Bon (François), Veinstein (Alain), Garbit (Philippe), Khan (Jean-François), Pailler (Aline), Davidas (Gilles) Théval (Vincent), Assayas (Michka), Senaux (Guy), Baumgartner (Thomas), Spire (Antoine), Bloch (Laurence), Bory (Jean-Louis), Charensol (Georges), Morel (François), Coulange (Jean-Guy), Rosset (Christian), Pivot (Bernard), Siegel (Maurice), Lescure (Pierre), Fellous (Colette), Martel (Charles), Souchier (Dominique), Valli, Finkielkraut (Alain), Welles (Orson), Averty (Jean-Christophe), Pasquier (Anne-Charlotte), Sanchez (Chloé), Minod (Léa), Payette (Lise), Ronez (Joël), Ladoues (Geneviève), Descargues (Pierre), Arnaut (Robert), Angelier (François), Morisse (Lucien), Wiehn (Pierre) et un mistigri…

ou sur :
L'oreille en coin, la RNT, Le Mouv', Syntone, Radio Luxembourg, Mafalda, Fip, Cesaria Evora, Led Zeppelin, Crumb, Kerouac, Boris Vian, Philippe Garnier, Led Zeppelin, Agrippine, Bernard Hinault, Lulu, Rolling Stones, un mistigri, "Easy tempo", Télérama, Le Monde, Radiola, Bob Dylan, Plan B, Arnaud Fleurent-Didier, Bob Marley, Le Transistor, Elvina Fesneau, Gilles Leroy, Léon Blum, "À voix nue", Pierre Barouh, le Nagra et quelques raton-laveurs…

et bien vous allez sur "vous cherchez quoi ?" et vous devriez trouver… une petite part de votre bonheur et du mien.
(à suivre)

mardi 14 août 2012

Le blog-note de l'été (6)…

Michel Polac










Les morts se suivent et…
Chris Marker a tenu un jour… dans la presse. Un jour seulement ! Pfuitt, enterré deux fois. L'important c'est d'en avoir parlé, montrer qu'on en a parlé. Et les morts s'empilent comme d'autres sujets, jour après jour. "J'y pense puis j'oublie…" Même chose pour Michel Polac, qui recevra le lendemain de l'afflux médiatique, le coup de pied de l'âne. Polac, l'homme du Masque et la Plume version originale. On ressort du chapeau Jean Tardieu et son Club d'Essai que plus personne n'oserait mettre à l'antenne, sauf arteradio bien sûr. Polac, à toutes les sauces de la commémo.

L'Institut National de l'Audiovisuel cause dans le poste,
Martine Auger, documentaliste à l'Ina participait à la deuxième partie des Matins d'été sur France Culture (à partir de 89'31"). Enfin, on en apprend sur la "boutique" sur l'"arrière cuisine", et revient aussitôt en boomerang mon leitmotiv "Pour la création d'une chaine d'archives au sein de Radio France". Pour sortir du gimmick usé "Trop sympa les archives, écoutez-en donc trois minutes"

Thèses, Thésards, Taisez…
Vous ne pourrez plus vous taire, David Christoffel aura les moyens de vous faire parler de votre thèse dans le poste. Quant à la mienne (voir sujet précédent) je ne désespère pas d'être son invité pour en parler…

• Je me souviens, Salvator Allende
Pour ceux qui sans modération font usage du 11 septembre sans jamais préciser l'année voilà de quoi leur rafraîchir la mémoire.

• Je me souviens, le transistor
Lundi 27 août pour la première de la saison de la fabrique de l'histoire, François Bon, sera l'invité d'Emmanuel Laurentin pour son livre Autobiographie des objets (Seuil). Faisons confiance à Laurentin pour "mettre le doigt" sur le transistor de Monsieur Chauveau !

• Je me souviens, Marilyn
Fip remet le couvert et se livre ! En bonus des images (une fois n'est pas coutume).

• Il se souvient, Atlantic
Je vous ai déjà présenté Hervé Hist, fondu-raccord de radio. Là il a produit une compil' des émissions de nuit avec une très "lègère" préférence pour Jean-Charles Aschero, dont j'avoue n'avoir jamais écouté aucune émission… Hervé Hist fait sa pelote, tisse sa toile et enfile quelques perles de mémoire… Quant à JLF (Jean-Louis Foulquier) chanteur c'est une autre paire de manches.

• Été-chanson, chanson-été,
Le service public a fait fort : à ma droite France info et Un été, une chanson et à ma gauche France Musique et Un jour, un été qui en intro d'émission met en valeur une chanson en la remettant dans son contexte. Bertrand Dicale sur France Info est à son affaire lui qui présente toute l'année "Ces chansons qui font l'histoire". Mais pourquoi ces petites pastilles acidulées de l'été donnent-elles l'impression d'être "cut" dans le montage comme dans leurs chutes ? France Info aura t-elle "peur" de produire des émissions de plus de 8'49" quand Dicale aurait su "rallonger la sauce" ? On en aurait bien repris une louche !

• Je me souviens Dalla/Delli Fiori
J'ai honte, vraiment. Samedi in Normandy ! Je rentre dans l'échoppe Harmonia Mundi, cause de Gianmaria Testa et évoque Lucio Dalla. Le disquaire m'annonce "Il est mort il ya peu de temps… !" Je m'étrangle. Pas possible. On ne m'a rien dit, je n'ai rien lu, rien entendu. Est-ce possible ? Après avoir eu recours à l'encyclo interno, je dois me rendre à l'évidence, celui que Julien Delli Fiori nous a fait découvrir à la fin des années 80 sur France Inter (1) avait tiré sa révérence. La meilleure façon se le retrouver est d'écouter son interprétation de Caruso…

• Yanne tel (qu'en lui-même)…
J'avais oublié ça, du grand art !

(1) Dans son émission déjantée par et avec Clémentine Célarié "Jazz à tous les étages".

dimanche 12 août 2012

Gérard Sire réenchanté…

 


À défaut de grives j'ai fait avec des merles. Ce n'est pas très courtois de commencer ainsi avec Gérard Sire ! L'absence de documents sonores en ma possession m'a récement incité à lire un joli recueil de contes écrit par lui (1). Dès les premiers mots que j'ai lus je n'ai pu faire autrement que d'entendre, très présente, sa voix tellement entendue à la radio. "Naturellement", j'ai essayé, sans me forcer, de retrouver son tempo, ses scansions et de retrouver le velours de sa voix qui, l'après-midi sur France Inter, nous transportait exactement là où il savait nous faire aller (2).

J'ai pris le temps de la mesure de ses récits. Et, comme le conseille son bon ami Jean Yanne en préface, je n'ai pas tout lu d'un coup. M'en gardant pour les belles rousseurs d'automne et même les petits froids d'hiver. Ici, il ne s'agit pas de consommer (horreur), il s'agit de respecter quelques étapes pour commencer à rêver. Entrer par la petite porte, marcher à pas de loup et tranquillement se poser dans l'histoire, en ombre ou en transparence. Car Sire en quelques secondes, bienveillant et attentionné, nous a pris par l'oreille et soufflé "venez, approchez, écoutez ce petit morceau de vie ! Vous êtes bien ? Alors faufilez-vous entre les lignes, je vous laisse, j'ai à faire."

Plus subtilement que Claude Sautet (3), Gérard Sire raconte les choses de la vie, simples, banales, tragiques, où l'indicible se faufile dans chacun de ses récits, en filigrane ou en toile de fond. Sire s'inspire du quotidien apparemment le plus ordinaire. Il y ajoute sa poésie de conteur, une petite cuillère de cynisme et sa bonhomie de rêveur. Il aime les pirouettes, les rebondissements, les clins d'œil et une certaine farce noire semi-comique ou semi-tragique suivant le côté d'où on l'observe. Il savoure ses mots pour les offrir à ses auditeurs sachant parfaitement tourner sa langue sept fois dans sa bouche, sans jamais se priver de fustiger malicieusement la société de consommation galopante et d'y ajouter une bonne dose de dérision ou de fatalisme.

Sire, de ses larges ciseaux, cisèle les contours de ses personnages, de ses géographies et de ses intrigues sortis tout droit de sa besace magique. Il les découpe avec soin et minutie, place ses découpages sur sa table de travail, puis, sans lacher sa cigarette, met en place avec quelques sourires satisfaits sa petite commedia dell'arte. Son affaire s'enroule chaque jour à l'antenne sans aucune fioriture. Avec "juste" un immense supplément d'âme. Sire enfile les perles sans avoir jamais l'air d'y toucher, comme ça entre deux, pour passer un bon moment et sortir subtilement d'une mécanique radiophonique déjà trop bien huilée.

Sire était un magicien sublime de la parole. Discret, il portait sa part de mélancolie en bandoulière. Il écrivait pour la radio et mettait de la radio dedans (4). Vous pouvez me mettre trois secondes de Sire au milieu d'un océan de sons, j'accroche, me fige et savoure l'immense plaisir d'être en retrouvailles. Sire touchait au cœur, juste parce qu'il était tendre et simple. Et c'est bien cette part d'humanité-là qui manque cruellement aujourd'hui à la radio.

(1) Le clown et autres contes, Jean-Claude Simoën éditeur, 1978,
(2) Une immense voix, années 60 et 70, voir aussi l'audioblog d'Hervé Hist, pour un pett bout de son de son émission "Omnibus" 14h-17h, France Inter, du lundi au vendredi,
(3) Cinéaste, qui produit avec Romy Schneider et Michel Picoli "Les choses de la vie", en 1973,
(4) Amenant Pierre Bouteiller (Embouteillages, France Inter, magazine du lundi au vendredi 9h) dans "La collection" et dans "Le supermarché", Garretto et Codou pour "TSF 71, future L'Oreille en coin