vendredi 7 janvier 2022

Billet dur (5)

Ça y est j'attaque la falaise. Le mur de l'Atlantique. L'Anapurna et le Mezenc. Je vais vous parler de la mise en image de la mue de Radio France dévoilée ce 3 janvier. Des signes, beaucoup de signes graphiques, des messages et en creux les intentions non voilées/dévoilées du duo/binôme Sibyle VEIL / Laurent Frisch, respectivement Pédégère de Radio France et Directeur du Numérique et de la production (notez bien la deuxième partie de la fonction). La marque (les marques) visibles de la consécration (auto-consécration) médiatique et le dépassement/renoncement avec les vieilles lunes, vieilles images (de marque), vieilles formules. On y est. Veil et Frisch peuvaent être débarqués demain matin ils auront chacun laissé les empreintes définitives de la mue. Maintenant chacun va pouvoir roucouler sur l'air de "Entrez libre" des fois qu'on voudrait sortir, libérés de la nasse, de la plateforme, de l'audio…

C'est julie non ? (1)



Et voilà le travail ! À priori peu de changement ! Couleur unifié pour le nom et ajout en accroche de la symbolisation de la Maison ronde qui a pris un sérieux coup de rabot. Que les communicants ont décidé d'appeler "écoutille" (2). L'ensemble est cohérent. Esthétique même. Mais dès 1975, à la création de Radio-France, la représentation stylisée du bâtiment que d'aucuns appelaient "la poêle à frire" a fini par une épure que les générations futures auront du mal à définir comme l'illustration du bâtiment (1953-1963) créé par Henry Bernard. Si la Présidente a réussi à barbouiller le nom de la Maison de la radio, pour l'instant le mot "radio" tient encore. Jusqu'à quand ?

Vous les sentez les ondes ?


Mais c'est pas fini ! Alors que Jean-Luc Hees, Président de Radio France (2009-2014) avait réussi à harmoniser les logos des 7 chaines, patatrac dès l'arrivée de Gallet qui valide le logo de Mouv' (tache de café sur une nappe) et celui de France Info qui doit être prêt à se fondre avec celui de franceinfotv. La "belle unité" (de façade) a donc explosé en vol. Sur cette base la refonte des logos de 2022 concerne les cinq autres chaînes. On notera que l'épure renforcée pour les avatars des réseaux sociaux a carrément fait disparaître le nom des chaînes ! Et ce n'est pas qu'une question graphique n'est-il pas ? Les signes, symboles, logos ont du sens. Et ceux de France Inter, France Culture, France Musique, Fip et France Bleu prennent un drôle de… sens

L'avatar d'Inter pour Twitter

Ce sera très pratique à deux endroits :
- quand sur la plateforme la source des sons se présentera par des pastilles de couleur,
- quand le mariage avec la télé publique sera opérationnel dès que la future "loi audiovisuelle" sera remise sur le métier,

Parce que l'anticipation de ces logos sans nom/"sans parole" (un comble pour des médias radio) est la préfiguration de la disparition progressive des chaînes qui n'auront plus besoin de noms pour être reconnues sur une plateforme. Tout d'un coup on se demande si en 1963 Roland Dhordain qui avait refusé (suite à une consultation des auditeurs) les noms de France Bleu, France Blanc, France Rouge (pour ce qui deviendra France Inter, France Culture, France Musique) n'aurait pas eue l'idée du siècle pour les nommer en couleur ?

Vous noterez que dans ces logos beaucoup de signes s'effacent et disparaissent à jamais. Du passé, des ondes faisons table rase. Vive le numérique et vive l'audio. Nous l'avons déjà écrit avec David Christoffel "Ils nous prennent pour des audios".

Voilà donc l'avant, l'après ! Nous voyons que le travail esthétique a été interrompu quand il s'est agi d'intégrer le nom à rallonge de la Maison de la radio. Texte tassé. Aucune circulation. Quel paradoxe dans une maison ronde ! Ou plutôt "ça circule très mal" à la Maison de la radio. Eh oui les signes ne trompent pas. Le cloisonnement "bunkerisé" des chaînes entre elles a détruit toutes les passerelles naturelles entre les antennes !

Alors une fois de plus la roucoule de Veil/Frisch est mise à mal par l'analyse des signes et des représentations. Choses auxquelles les deux ténors se moquent comme de leur première chemise. Du moment que c'est clinquant, que c'est présomptueux ("Entrez libre") voire superfétatoire, on valide.

Et pour conclure la nouvelle identité de Radio France (ici particulièrement pour sa "plateforme"), est une fois de plus "sans parole"… et avec des images. Comment ne pas imaginer que ce média est alors absolument mûr pour être intégré, se fondre dans la TV (connectée of course) ? Nous en reparlerons bientôt.

  

Ce billet conclut la série de cinq qui font le point sur l'état actuel de la radio publique et sa mutation inéluctable vers l'audio.

Lundi 8h30, 
petite explication sur "Entrez libre"

(1) La légende a été relue, tous les mots sont justes !
(2) "Ouverture rectangulaire pratiquée dans le pont d'un navire et qui permet l'accès aux étages inférieurs." Oh non ! Trop forts ces communiquants ils nous feraient prendre des vessies pour des lanternes ! S'imprégnant jusque dans les gênes de leur gourou moribond ils doivent "penser" : "Si à cinquante ans t'as pas créé une écoutille ronde t'as raté ta vie !"

jeudi 6 janvier 2022

Billet dur (4)

Savez-vous qu'il y a en ce moment (pour quelques médias et autres journalistes) un sujet beaucoup plus excitant que les prochaines échéances électorales… ? Vous n'allez pas y croire ! Si je vous dit "elle voit rouge, est une des dernières à avoir utilisé le mot punk à la radio, va sortir du jeu avec son bâton de maréchale". Ça y est vous avez trouvé ! Non ? Mais enfin il s'agit du remplacement de Laurence Bloch, directrice de France Inter. Vous ne saviez pas ? Vous êtes sourds alors (ou aveugles) car plusieurs titres de presse s'excitent et n'en finissent plus de supputer… Etonnant non ?

Laurence Bloch


Flashback. On est le 6 janvier 1975, ce sont les premiers instants de Radio France, nouvelle entité radiophonique publique issue de l'ORTF que Giscard (revanchard) a éparpillé façon puzzle (2). Jacqueline Baudrier, journaliste et première Pédégère de Radio France n'a fait appel à aucun cabinet de recrutement et encore moins à ses états d'âme (3). Pierre Wiehn est confirmé à la direction de France Inter. Yves Jaigu est nommé à France Culture et Louis Dandrel à France Musique, Garretto et Codou à Fip. (4)

Mais aujourd'hui pour être dans le ton médiatique et…politique il convient de brasser beaucoup d'air. De jouer du billard à trois bandes. De sortir des lapins du chapeau et de faire monter la mayo au plus haut. Pendant que Radio France joue à la marelle (d'un pied sur l'autre) les tutelles, les prétendants à l'investiture suprême, les candidates et candidats au poste entrent dans la ronde (maison) et tentent leur chance comme d'autres s'essayent à l'Euromillion !

Le 22 décembre, en guise de réveillon, Enguerand Renaud et Catherine Sallé du Figaro publient un papier grisant "La succession à France Inter avance vite". Ils avancent surtout qu'un cabinet de recrutement - Eric Salmon & Partners - est chargé de trouver la/le perle rare. Et que les 13 et 14 décembre en présence de la Pédégère et de quelques cadres supérieurs ont été auditionné plusieurs personnes. Des noms fusent, se diffusent comme trainée de poudre. Et se refusent aussi après y avoir pensé comme par exemple Sandrine Treiner, directrice de France Culture ou Catherine Nayl, directrice de l'information à France Inter. Une vraie saga qui va nous tenir en haleine jusqu'au 25 avril (5) !

J'adore ressortir les vieux logos, ça les énerve !









Mais il n'y a pas si longtemps "on" évoquait que Laurence Bloch pourrait :
- Faire une saison de plus (22/23) pour rester la dernière année du mandat de Sibyle Veil,
- Partir à la rentrée 22 en ayant "fait la grille" de la nouvelle saison, (sympa pour celle ou celui qui devra exécuter !),
Depuis les 13 et 14 décembre s'ajoutent de nouvelles perspectives extraordinaires :
- Un-e remplaçante est trouvé-e et confirmé-e après les élections (avec un Plan B au cas où l'élu-e ne ne plaise pas au pouvoir en place),
- Ce remplaçant-remplaçante fait un tuilage d'un an (22/23) ou juste le dernier trimestre de 2022 avec Laurence Bloch, 
- Ou Laurence Bloch prend la poudre d'escampette et laisse les choses se faire sans elle,

Quel suspens ! Passionnant non, toutes ces hypothèses ? Qu'est-ce qu'on se marre ! C'est plus du vaudeville c'est carrément "House of cards " version frenchy avec du Dany Boon dedans ! Et puis les mêmes au Figaro nous révèlent mardi 4 janvier que Marc-Olivier Fogiel aurait été sollicité directement par Sibyle Veil et entendu au mois de décembre. Ben voilà un élément supplémentaire de gaudriole. Fogiel, directeur de BFMTV irait diriger France inter ? Non c'est pas sérieux ! À moins que ce dernier n'ait envie de s'impliquer dans le service public, il est assez peu probable que Radio France ait les moyens de le rémunérer à hauteur de ce que lui verse BFM !

Alors c'est quoi ce jeu de dupes ? Ou ce jeu de billard ? Ou de poker… menteur ? Des gages pour les tutelles pour montrer la pugnacité de la Pédégère ? Une façon (mal)habile de faire monter la mayonnaise ? Et pourquoi faire en sorte que tout ce rata soit offert en pâture à la presse qui en fait ses choux gras ? Comme évoqué ces jours derniers une seule chose compte aujourd'hui, la communication. À n'importe quel prix même à celui du ridicule dont on sait qu'à la différence du corona il ne tue plus depuis déjà de nombreuses années.



(1) Le Figaro, L'Obs, Le Parisien, CB news, L'Opinion depuis plusieurs semaines,
(2) Radio France, TF1, Antenne 2, FR3, Télédiffusion de France (TDF), Société Française de Production (SFP), Institut National de l'Audiovisuel (Ina) où l'art absolu de multiplier les dépenses par 7 ou plus ! L'ex-Ministre de l'Économie avait le sens des dépenses… inutiles !!
(3) Écouter la Radioscopie que lui consacre Chancel, pile un an après…
(4) Wiehn (1973-1981), Jaigu (1975-1984), Dandrel (1974-1976), Garretto (1971-1981)…
(5) Le 30 décembre dans l'Opinion, Catherine Boullay publie "Privatiser l'audiovisuel public : est-ce si fou ?" Une façon habile de préparer les esprits au grand schisme attendu, si ceux qui vocifèrent aujourd'hui contre Radio France étaient demain élus au suffrage universel !

mercredi 5 janvier 2022

Billet dur (3)

J'aurais pu intituler ce billet "La farce et le bouffon". Radio France n'en finit plus de "muer". Juste avant l'été Sibyle Veil, Pédégère, n'a rien trouvé de mieux, pour définitivement changer d'ère et tuer le père (1), que de débaptiser "La maison de la radio" et de la renommer "Maison de la radio et de la musique". Dans un précédent billet (l'année dernière) je me demandais pourquoi n'avoir pas osé ce nom là "Maison de la radio, de la musique, de la communication, du numérique avancé et de la photocopie couleur" ? Ça en aurait tout de suite posé un peu plus ! Faire table rase du passé pour la radio publique est un long processus de destruction massif engagé depuis Gallet (ex-Pdg) en 2014 qui, se présentant devant les salariés de Radio France avait dit avec la morgue qu'on lui connait, "La boîte" pour parler du bâtiment dans lequel il venait de prendre ses fonctions. Start-up nation en bandoulière il n'aura rien réussi d'autre que de se faire révoquer par le CSA en février 2018. Mais perfide il aura ouvert la boîte… de Pandore !










Sibyle Veil qui a repris le flambeau de la destruction massive et exécute à tout va, sortira de son chapeau un élément de diversion subtil en requalifiant le bâtiment créé par Henry Bernard et inauguré par le Général de Gaulle Président de la République le 14 décembre 1963 (2). Lyrique comme à son habitude, Charles sûr de ses effets dira "À la radio fallait-il une maison ? Oui". Cette maison de la radio avait été pensée dès l'origine (1953, date du concours d'architecte) comme le lieu unique de la radiodiffusion. Eh bien vous savez quoi les équipes de communication ont tout bonnement réécrit l'histoire.

Titre avec "Maison de la radio", Capture d'écran 04/01/2022








Rédactionnel avec "Maison de la radio et de la musique"
Capture d'écran 04/01/2022










Pour lecture de ces visuels, issus du site dédié de Radio France à la Maison de la Radio, se reporter ici. On notera que l'article date du 10 juillet 2015, et qu'à cette date le changement de nom n'avait pas été acté !

Falsifier l'histoire
À l'appui des visuels ci-dessus vous pourrez constater l'étendue de la falsification et de la tartufferie qui a consisté, pour raconter l'histoire des origines du bâtiment, à ajouter "…et de la musique" à chaque fois que le seul "Maison de la radio" s'imposait. Ça en dit long sur l'honnêteté intellectuelle et morale de ceux qui publient ce type d'information. Ça en dit surtout très long sur le pouvoir de ceux qui non seulement veulent changer l'histoire mais bien aussi imposer à la radiodiffusion une activité musicale bien au-delà de ses cahiers des charges. Jusqu'à preuve du contraire la radio publique ne diffuse pas que de la musique ! 

Les petits malins (rigolos) qui ont réussi à faire imposer ça au Conseil d'Administration ne sont pas du tout en phase avec leur temps. On raccourcit au maximum les noms et dans le langage parlé et/ou dans le langage des réseaux sociaux, le #hashtag a imposé de nouveaux acronymes abscons. Qui dira "Je travaille à la Maison de la radio et de la musique" ? ("À tes souhaits !"). À moins que ça ne soit imposé par contrat.

Cette opération de communication de grande ampleur (voir billet de demain) est un acte supplémentaire pour imposer une mue radicale à la radio publique, la dévier de sa nature propre, la muter en audio et demain la plateformiser en un tonneau des danaïdes inépuisable en podcasts customisés avec de jolis petites pastilles de couleur. Last but not least, l'effacement progressif des chaînes réduira comme peau de chagrin les équipes de production, les collaborateurs spécialisés, tous ces personnels de l'ombre qui font la radio. 

À quoi pourra bien servir alors un si grand bâtiment ? 
La question mérite d'être posée ! 

Je garde une hypothèse de réponse au chaud. Science-fiction ? Gardez ce billet et reparlons-en dans quelques années. J'aimerais ne pas avoir raison. Trop d'actes, de postures et d'éléments de langage vont dans ce sens.

Mais c'est vrai ce n'est pas en écoutant la radio qu'on pourra approfondir le sujet. C'est la raison pour laquelle au-delà d'une écoute qui s'étiole je m'impose de scruter tout ce qui peu ou prou donne des indicateurs tangibles à la radicalité de la mutation. C'est aussi l'objet de ce blog.  Tentant ne pas passer à côté de ce que la com' de Radio France ne communique jamais ! À bon entendeur, salut !



(1) Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture et historien avait relevé et révélé au moment du cinquantenaire de la Maison de la radio qu'en retrouvant les notes du discours inaugural de de Gaulle, il avait pu constater que dans la phrase "À la radio fallait-il une…" que le mot "mission" avait été biffé pour être remplacé par le mot "maison". À quoi peuvent donc servir les historiens de Radio France ? 
(2) Voir le document officiel relatant l'inauguration de la "Maison de la radio",

mardi 4 janvier 2022

Billet dur (2)…

Gallet (ex-Pdg de Radio France révoqué par le CSA en 2018) malgré sa superbe et ses façons hautaines n'avait presque pas désespéré Bercy (mais totalement Billancourt) en s'attaquant par la face "Seine" à la forteresse radiophonique, dite aussi Radio France (sans trait d'union, depuis lurette). L'idée récurrente des hauts fonctionnaires étant bien d'apurer la masse salariale, de pratiquer un nettoyage par le vide et surtout de revoir le nombre de chaînes. Gallet, petit soldat aux ordres trouva son propre petit soldat aux ordres et adouba F. Schlesinger pour à l'étage des programmes initier la mue. Las, Gallet trébucha et le CSA s'en fâcha ! Abracadabra on remplaça un petit soldat par une petite soldate, promo Macron. Même feuille de route et injonctions gouvernementales à peine voilées ! Un, une énarque, qui plus est, n'est jamais désarmé-e. Il-elle louvoie, se fourvoie (63 jours de grève consécutifs, fin 2019-début 2020), merdoie et fait comme si, "droit dans ses bottes". Allez hop, sortir du chapeau un programme de diversion élaboré, encore mieux qu'un plan B !













Et Laurent Frisch apparut dans la galaxie
Quand on vient des "Pages jaunes" (sic) (1) on ne peut avoir qu'une immense ambition pour rafraîchir les pages blanches de la radio publique. Tout est à faire (et à défaire). Si le flux c'est l' histoire même de la radio, Frisch, biberonné au numérique survitaminé, veut croire à la démultiplication de l'audience par podcasts interposés et refonte radicale de la chaîne de production. Va alors s'installer une course folle où les chiffres et uniquement les chiffres (et pas que des 0 et des 1) vont servir la cause du polytechnicien, de sa Pédégère et des tutelles qui à force d'entendre le mot "numérique" ont fini par le machouiller mieux qu'une vieille chique dans la bouche d'un pirate sur le pont de Radio Caroline (allégorie).

Cette culture du chiffre, proche de celle prônée par l'économiste Milton Friedman qui fit, entre autres des ravages au Chili, a infusé chez les geeks et n'échappe plus à ceux prêts à servir les thèses d'un néolibéralisme dont l'objectif n°1 est de rayer de la carte les services publics, fussent-ils de l'audiovisuel. Donc en avançant l'argument qu'il n'y a plus d'autre alternative que de passer à l'audio en dévérouillant la radio de ses carcans, formats, concepts, méthodes et techniques, Frisch convainc directrices et directeurs de chaîne d'entrer dans la mue comme d'autres, il n'y a pas si longtemps encore, entraient dans la ronde (Maison… de la radio).

Et chacun en place (et à son poste) d'essayer de se convaincre en chantant "Video killed the radio star" des Buggles…  Car suprême forfaiture "on" a en plus introduit l'image à la radio. Soit la meilleure façon à court terme de la fondre DANS la TV ! Dans la foulée "on" plateformise ! L'idée : proposer sur une plateforme des milliers (millions) de sons repérés par des pastilles de couleur (rouge pour Inter, parme pour Culture, etc), s'affranchir des programmes (et du flux), des chaînes et rendre tout disponible H24 sans plus aucune temporalité ! Ça mange du pain quand même, hein ? Pour cela on prépare l'auditeur à podcaster plus vite que son ombre.  On l'incite à ne plus distinguer la nuit du jour (rediffs de jour, la nuit dès 23h).

Alors n'est-ce- pas une mue aussi terrible que l'extinction des dinosaures ? Ben si et sans plus de délicatesse. Reste pour clore le dossier l'ouverture des antennes à la co-production avec des studios et des créateurs "privés" et/ou free-lance. Nous en reparlerons ici dans les prochains jours. Portez-vous bien et tendez l'oreille !


(1) Directeur marketing pour les nouvelles audiences, au pôle Internet de Pages Jaunes SA., puis il dirige France Télévisions Editions Numériques et enfin Il rejoint Radio France le 5 janvier 2015 en tant que directeur du numérique, puis est nommé directeur du numérique et de la production en octobre 2018. Le "et de la production" ça mange du pain, nous le verrons !

lundi 3 janvier 2022

Billet dur…

Ça suffit ! Les roucoulades, rémoulades et pavanes qui s'affichent au fronton de la Maison de la radio et qui s'imposent à tous les étages du bâtiment. La farce du changement de nom (j'y reviendrai) est la démonstration formelle qu'une seule chose compte aujourd'hui : la communication. Ce mot galvaudé, usurpé, dévalué est la marque de fabrique ultime des dirigeants (de l'armée mexicaine de dirigeants) de Radio France. La pantomime produit ses effets auprès des tutelles, des prétendants à l'investiture suprême et d'un public qui a fini par croire que "sans podcasts point de salut". Adieu chaînes, programmes, flux et repères temporels. Adieu la radio cocon. Bonjour l'audio déconfiné. Et vogue la galère ! Les galères pour ceux qui font la radio. Les galères pour ceux qui ne peuvent se satisfaire de picorer, de ci de là, des miettes et qui préfèrent s'attabler devant un beau et bon morceau de pain qu'ils découpent, à leur guise en tranches. Comprenne qui voudra ! (1)











L'année 2021 a failli être portée par un gadget, soit la queue du tigre Esso, soit le pire des cadeaux Bonux (2) : la commémo des 100 ans de la radio, initiée par Roch-Olivier Maistre, Président du CSA qui, en 2020, sentant venir la nouvelle loi audiovisuelle (morte et enterrée) et la refondation d'une nouvelle forme d'ORTF avait suggéré de sortir les flonflons et de réunir la communauté radiophonique sous le même sourire béat. Tout a très mal commencé puisque que c'est la TV et un de ses bateleurs patentés qui ont ouvert le bal le 8 mai sur France 2 pour un numéro de roucoule à faire vomir. Une foire de dégoulinades pathétiques, grossières et beauf'. Des invités dépourvus d'inspiration, P. Clark mortifère et quelques vieilles barbes surréalistes descendant de la planète Mars. Ruquier au pire de lui même, pavaneur en chef et grand prêtre des cérémonies poussiéreuses et mitées (3).

C'est pas fini ! Au titre de la grosse arnaque intellectuelle j'ai nommé Laurent Guimier (4) ! Ce Monsieur, sûr de lui, regrettant, sans doute, de n'avoir pas cent ans lui-même nous envoie un souvenir de 30 ans (100 ou 30 pour un affabulateur aucune différence) ! Juste se mettre en avant. Juste pitoyable.

Capture d'écran Twitter, 1er juin 2021










Qu'a t-on retenu d'important de cette commémo pathétique ? Rien. Une série de poncifs et d'entre-soi ont ridiculisé l'histoire de ce média qui mérite mieux que la fête à neu-neu. Un gadget mémoriel. Point barre. 

Mais il y a beaucoup plus grave ! Sans frein, sans le contrôle d'une véritable autorité, Radio France décime, méthodiquement, petit à petit et sans vergogne la marque de fabrique du service public radiophonique. Au rang de laquelle le métier de réalisatrice/réalisateur ne sera bientôt plus qu'un souvenir charmant avec des kyrielles de noms qui, eux pourtant et sans monter sur la table, en binômes avec productrices et producteurs, ont fait les cent ans de la radio. Chaîne après chaines (de radio publique) on déplace les réals vers la fabrique des podcasts "Veau d'or" ou "Saint Graal" c'est selon. L'auditeur n'y voit que du feu (et dans un sens y'a le feu !). Pourtant la chaîne historique de fabrication radiophonique est brisée. Par la petite porte, de façon insidieuse et en loucedé Madame Veil, Pédégère, exécute (c'est le cas de le dire) le plan implacable des tutelles à savoir diminuer la masse salariale, imposer la polyvalence des métiers et surtout des recettes autres que la CAP (5). Dans le cas où ça vous rappellerait la casse généralisée des services publics, reportez vous à mon billet du 1er janvier et à l'article de Bourdieu sur le "néolibéralisme" !

Bon, demain je poursuis mon voyage autour de la planète radiophonique…

(1) Ben voilà que je cite Pompidou ! Malloz doue ! A l'issue d'une conférence de presse en 1969, le Président Pompidou répondant à un journaliste de RMC qui l'interrogeait sur le suicide de Gabrielle Russier, après un long silence (9"), cite quelques vers de Paul Eluard
(2) Tant qu'à faire, je me fais plaisir avec des objets de consommation aussi désuets que ridicules,
(3) Ce pitoyable hommage télé à la radio avait constitué un des plus beau cluster du moment. Avec une foultitude de cas contacts, personne ne portant de masque ! CQFD
(4) Aujourd'hui directeur de l'info sur France Télévisions… (il a fait du chemin depuis sa roucoule avec Hanouna sur Europe 1 juste avant d'être nommé directeur de France Info par Mathieu Gallet, nouveau Pdg de Radio France, en 2014),
(5) Contribution à l'Audiovisuel Public qui sera bien mise à mal en 2023 avec la fin de la taxe d'habitation puisque que cette contribution y est accouplée.

dimanche 2 janvier 2022

Marie-Paule Vettes toujours en ondes…

Ça tombe comme une mauvaise nouvelle de plus ! Et la petite communauté des ondes radiophoniques se transmet l'info juste avant de fermer l'année terrible. Vendredi 31 décembre 2021, Marie-Paule Vettes, documentariste à France Culture est décédée. Ce nom résonne à l'oreille de l'auditeur attentif et assidu à la chaine, particulièrement au temps où le documentaire avait toute sa place à l'antenne.












Comment dire ? Comment l'écrire ? Une voix disparaît et lentement (insidieusement) une page de France Culture se referme. Une voix qui avec les autres a donné (1975-1997) une couleur à la chaîne, une marque de fabrique, un univers qui, n'ayons pas peur des mots, ont absolument disparu aujourd'hui. Pour rendre un modeste hommage à Marie-Paule Vettes j'ai interviewé aujourd'hui par téléphone Irène Omélianenko (1) qui a eu l'occasion, documentariste elle-même, de bien la connaître.

"Après plusieurs années à faire des reportages pour la chaîne depuis le milieu des années 80, il m'a été proposé de réaliser (1996) un "Pays d'Ici". J'étais assez inquiète à l'idée de devoir produire quatre émissions pour ce programme emblématique de la chaîne. À l'époque il n'était pas très facile d'intégrer une équipe de producteurs tournants rodés à l'exercice. Généreuse Marie-Paule Vettes m'a accueilli, donné trois conseils essentiels pour "assurer l'affaire"; Elle avait une exigence de journaliste, avec une ligne, pour engager un documentaire ou un reportage. Quand on écoute ses documentaires on décèle vite une personnalité avec des engagements forts pour inciter l'interlocuteur à s'exprimer. Elle n'est jamais dans une position de sachante.

Il est intéressant de noter que dans son doc. sur la forêt landaise, les femmes ont la part belle. Pour l'occasion, propriétaire elle-même, elle sait ne pas être envahissante. Pas de je qui exclu. Ce "je" qui est devenu aujourd'hui la marque de fabrique des podcasts. Marie-Paule avait une voix de radio, avec comme une corde vocale "blessée" qui faisait qu'on la reconnaissait immédiatement quand elle était à l'antenne".

Pour ce billet j'ai aussi réécouté "Le bon plaisir" de Michel Guérard qu'elle avait produit en 1985. Entre Landes et Gers elle est "chez elle" et c'est sa connaissance du milieu qui lui permet de donner tout son sel, son âme à ce long documentaire qui trouve son rythme grâce aussi aux chemins de traverse explorés (3). Irène m'a aussi cité des émissions qu'il serait bon de réécouter : 
- "Le Bon plaisir" avec Maria Casarès (22 novembre 1986), 
- "Les tangos des disparus" (Grille d'été, Constats à l'amiable : L'argentine,14 août 1989),
- "Promenade sur les bords de rance : la matinée de Maria Louyer" (La matinée des autres, 14 mai 1991).

Et dans la séquence "Le temps de se parler" q'un temps Pierre Descargues animait, Marie-Paule Vettes échangeait chaque semaine avec les auditeurs (là je n'ai pas de dates précises).

Avec les émissions citées ci-dessus ou d'autres on aimerait que la chaîne sache dignement rendre hommage à cette productrice qui aura participé à un âge d'or de France Culture (1975-1997) où le documentaire était roi !

Merci à Irène Omélianenko qui au pied levé a bien voulu évoquer la mémoire de Marie-Paule Vettes














Ajout du mardi 4 janvier 2022,
Le journal Sud-Ouest (édition du 3 janvier) en rendant compte du décès de M.P. Vettes écrit qu'un de ses documentaires "Les gens du bout du monde"  montrait bien l'attachement de la productrice aux autres.

J'ai réécouté ce documentaire (France Culture, dimanche 24 août 1997, 158', réalisateur Jean-Claude Loiseau). Son micro d'introduction :

" "C'est le bout du monde", cette formule facile mais ronde fait partie de mon vocabulaire depuis toujours, mon père vétérinaire le disait souvent après un moment de découragement et trouvant enfin la maison nichée dans un coin perdu sans que nous ayons rencontré sur le trajet, âme qui vive. Cette formule inscrite dans la mémoire de l'enfance disait en fait une tentation, loin du monde, hors du monde ou bien j'ai quitté le monde, votre monde. Et le monde que l'on veut quitter c'est forcément par choix pour fuir la promiscuité, la mondanité, le bavardage, les autres.

Alors pourquoi donc aujourd'hui les gens vivraient-ils dans la solitude, dans la distance où et avec quel type d'énergie et pourquoi faire ? Ainsi sournoisement, de fil en aiguille, l'idée a cheminé. Puis un jour en Corrèze j'ai rencontré un de ces forcenés, le dernier d'un village ayant presque perdu l'usage de la parole, si bien que lorsque je lui tendais le micro ces borborygmes  étaient couverts par les chants des coqs et des volatiles qui partageaient, avec lui, son gîte.

Ce face à face étrange m'a invité à creuser l'idée et à rencontrer ceux qui ont choisi à un moment de leur vie de rompre avec notre monde ou bien seulement de vivre à côté, souvent pour renouer avec lui, les rencontrer c'était partir à la découverte de leur cachette, d'un lieu d'élection, sculpté à leur image. Les gens du bout du monde vivent dans les écarts. Il aura fallu lire et relire attentivement la carte, se repérer à des détails et quelquefois finir le chemin à pied faute de route carrossable. En quinze jours nous sommes allés à la rencontre de neuf personnes qui constituent autant de haltes et d'approfondissements dont le dénominateur commun est la solitude."


(1) Documentariste, Coordinatrice de "Sur les docks" jusqu'à la fin du programme en juin 2016. Pour cette "fin inexplicable" comment ne pas y voir la "patte" de la nouvelle directrice (depuis août 2015), Sandrine Treiner, qui en installant La Série Documentaire (17h, du lundi au jeudi) reproduit le système pervers et vicié de "faire du passé table rase"…
(2) Samedi 22 juin 1985, 15h30-19h, et oui 3h30 pour prendre le temps ! Je vous parle d'un temps non saucissonné pour faire des clics !
(3) Ne jamais oublier que c'est Laure Adler, directrice de la chaîne (1999-2005) qui dès la rentrée 1999 l'enverra aux oubliettes… de l'histoire ! Patrice Gélinet (1997-1999) l'avait déjà amputée d'1h30…

samedi 1 janvier 2022

Ça y est…

 Chères amies, amis, bonjour ! Pour ce premier jour de l'An, je reviens à pas feutrés. Pour mettre en avant des "choses" de 2021 qui ont montré la richesse et la singularité de la radio, même si quelquefois dans la sélection qui suit ce sont d'autres sources sonores qui en ont permis l'écoute. À partir de lundi je vais reprendre un rythme régulier d'écriture car les temps à venir pour la radio (publique) ne présagent pas de la plus grande sérénité, si l'on veut bien tendre l'oreille au-delà de l'écoute des… émissions et des programmes. Ce blog a dix ans et malgré l'obsolescence programmée de ce support, c'est bien sur celui-ci que je veux continuer à analyser et tenter de comprendre la mue inéluctable dans laquelle ce média s'est engagé.

Laurent Valero, Thierry Jousse













Une bonne nuit pour accoster janvier…
Les compères Jousse et Valero qui longtemps ont officié ensemble sur France Musique pour des Easy Tempo ciselés, font cavalier seul depuis quelques années (1) et se partagent nos avants soirées d'été dans des "Retour de plage" (2) riches et lumineux. Ces deux heures originales en plein hiver méritaient de tout arrêter affaires cessantes. Elles auraient pu s'appeler "Retour de flamme" ou "Easy tempo, le retour" !

Qu'importe ! Ce fut un moment qu'on pourrait presque qualifier d'intemporel, tant les choix des deux producteurs nous installent dans une atmosphère paisible à l'écart de la folie mondiale, des algorythmes et autres "préco du moment". L'idée même du "couple" d'animation/production est dynamique quand, comme c'est ici le cas, les deux producteurs sont d'une parfaite complémentarité. Leur ping-pong érudit est un vrai bonheur pour l'auditeur attentif à leurs découvertes ou à leur mise en perspective de standards indépassables/indémodables. 

Si le lecteur bloque, écouter ici
 
 

En musique encore !
Radio Nova, imaginée au début des années 80 par Jean-François Bizot, créateur du mensuel Actuel, a eu la bonne idée d'exhumer un article non publié du même Bizot et de proposer en 5 épisodes l'histoire même de cette radio libre !

Et dans la foulée raconter l'histoire étonnante et fantastique de Cesaria Evora, en texte et en son !

Vivons heureux avant la fin du monde…
Delphine Saltel poursuit sur Arte radio son introspection de sujets capitaux pour la femme, l'homme, le couple, les enfants, le monde… Le sujet de la séparation traité en 3 épisodes remet quelques pendules à l'heure, nous interroge, nous déculpabilise ou mieux nous incite à repenser une séparation passée ou… à venir…

 


Pour sortir des écrans… de fumée
Marine Beccarelli, docteure en histoire contemporaine, vient de publier aux P.U.R. "Micros de nuit. histoire de la radio nocturne en France. 1945-2012" issu de sa thèse de doctorat. Le riche panorama des émissions nocturnes, conté par le menu, montre tant la richesse des programmes dédiés à la nuit que l'inventivité des productrices et producteurs concernés, mais surtout la prise en compte par les dirigeants des chaines de radio (publiques et privées) de ce temps particulier de la nuit pour toucher toutes celles et tous ceux qui… ne dorment pas.

France Inter a la part belle dans cette aventure puisque créatrice en 1955 de la première émission de nuit imaginée par Roland Dhordain, futur directeur de la radio à l'ORTF, futur organisateur de la réforme des trois radios publiques (Inter, Culture, Musique) en 1963 et aussi futur directeur d'Inter en 1968 après les "événements"… Juin 1955 qui voit donc Paris-Inter diffuser des émissions 24/24 et qui, quelques années plus tard en fera un slogan inoubliable.

29 janvier 85 (une date perso qui résonne pour moi !) : première des "Nuits de France Culture" (minuit-6h) que l'on doit à Jean-Marie Borzeix (directeur de la chaîne), Jacques Fayet, Marc Floriot et Laurence Crémière, (en 1998, Geneviève Ladouès prendra le relais). Soit six heures de patrimoine radiophonique en archives. Un régal absolu qui pousse aux insomnies ou aux enregistrements périlleux (retournement de cassette = blanc). Des archives éditorialisées et sélectionnées donc depuis 36 ans ! (Alors qu'un bruit persistant court annonçant leur transformation en catalogue/banque de données. Le départ à la retraite de Philippe Garbit coordinateur des Nuits depuis décembre 2001, soit vingt ans de bons et loyaux services à la cause patrimoniale, peut ajouter à l'inquiétude de voir la disparition du programme dans sa forme actuelle.)

Vous pouvez imaginer, mes chers auditeurs, comment je me suis régalé de la première à la quatre-cent soixante et unième page de cette somme mémorielle qui aura le mérite d'avoir cerné le sujet qui oblige/impose aujourd'hui d'être conjugué à l'imparfait ! Comment a-t-on pu en arriver là ? Par une succession de renoncements et de non prise en compte d'un auditorat sensible à la parole/présence nocturne et surtout à la qualité/inventivité des programmes de nuit en phase avec leur temporalité.

















… Diplomatique
Puisque Le Diplo nous offre un article de Bourdieu, "L'essence du néolibéralisme" je vous le propose en lien ici ! Avec sur Twitter, en illus. un tableau d'Hopper.













(À lundi… 8h30)

(1)  Ciné Tempo pour Jousse le samedi, Repassez-moi le standard pour Valero le dimanche, tous deux sur France Musique,
(2) 18-20h, du lundi au vendredi, juillet et août,