vendredi 20 décembre 2019

"En raison d'un mouvement social"… tentative d'épuisement d'un lieu parisien !

Énorme ! Que dis-je ? Gigantesque !!! La directrice de France Culture, Sandrine Treiner a décidé de consacrer la journée de mercredi dernier au mouvement social en cours à Radio France. Courageux ? Illusoire ? Schizophrénique ? Nous le verrons. De ma vie d'auditeur, je n'avais jamais rien entendu/vu d'aussi fort depuis "La guerre des mondes" de Welles, "On a marché sur la lune", en vrai, le 20 juillet 1969 et "Lulu" de Yann Paranthoën (1992). Déroulé du pestacle…




Rendre compte du conflit "en live" lors de la vingt-cinquième journée de grève à Radio France relève a minima de la schizophrénie, a maxima du foutage de gueule. Les deux premières émissions après la "sacro sainte" matinale ne seront pas diffusées à l'antenne. Pas plus les quatre qui suivent, dans l'après-midi, l'émission de bavardages de la tranche du midi ("La grande table"). Puis arrive le pompon de la mise en abîme sidéral.

À 17h, la productrice de "LSD, La série documentaire", Perrine Kervran, présente sommairement le pourquoi et le comment de la grève, puis annonce la rediffusion d'un documentaire de "La fabrique de l'histoire" de 2008 qui évoque l'ORTF en 68. Donc en 2019, pour parler de l'audiovisuel public en grève on sort une archive datée de onze ans, archive qui elle-même évoque une situation sociale vécue il y a 51 ans. Un coup de pot que l'évocation de 68 ne repose pas sur les grèves du Front Populaire de… 1936 !

Quelle pirouette intellectuelle. Pour faire entrer un documentaire dans le cadre de la journée "En raison d'un mouvement social" Kervran choisit une illustration qui évoque une période passée depuis un demi-siècle et dont les chaînes du service public se sont fait l'écho au printemps 2018. Par contre, le conflit à Radio France en 2015 était-il historiquement trop près, trop brut, pas dérushé, pas monté, les témoins au bord du burn-out, les dirigeants perdus en mer (ou dans le détroit de Magellan) ? Et donc cette rediffusion opportuniste serait censée illustrer le mouvement social en cours à Radio France ? La comédie du pouvoir et du spectacle oui, les enjeux de la mutation audiovisuelle, non ! Combien d'années faudra-t-il attendre pour que la radio publique fasse un travail de fond sur les conflits "modernes" qui la bousculent depuis maintenant plus de cinquante ans ?

Au cours de cette journée "mi-grève", plus actuel, plus au fait de l'actualité chaud-bouillante qui perturbe Radio France depuis quatre semaines, "Le temps du débat", la nouvelle émission d'Emmanuel Laurentin (18h20-19h) abordera avec quatre journalistes (3) la grave question de la menace qui pèse sur la radio publique. Laurentin, en "chapeau" de son émission, a très clairement annoncé qu'il avait signé la tribune parue dans le Monde fin novembre (4).

Par contre au cours de cette journée "spéciale" n'ont jamais été évoquées les rencontres des réalisatrices-réalisateurs, productrices-producteurs avec la directrice de la chaîne et Sibyle Veil, la Pédégère de Radio France. Pourtant dans ces occasions d'échange collectifs (assez rares) la parole se délie et Veil n'y rencontre aucun appui pour passer en force son "plan de départs volontaires" et la "réorganisation" de l'entreprise, dont certains pensent qu'il s'agit plutôt d'une casse savamment orchestrée et pilotée par les tutelles.

Au chausse-pied, à l'esbrouffe, à la com' de crise, à la roucoule, aux postures rien ne passe du management abrupt de Veil qui tel un robot à l'I.A. (Intelligence Artificielle) start-up nation n'entend rien à la radio et à ceux qui la fabriquent. Le Ministre de tutelle est muré "Rue de Valois". Mais pourquoi les médias parlent-ils si peu de ce conflit ? La radio ne serait-elle déjà plus dans l'air du temps ? Le lobby "ANPE" (Audio-Numérique-Podcast-Enfumage) a-t-il réussi à imposer la mue aux forceps ? Les auditeurs ne sont-ils plus que des "bouffeurs de sons" ?

Il faudra sans doute laisser passer la trègrève de Noël pour que commencent à s'échafauder des réponses.

La deuxième partie de mon titre utilise celui de Georges Pérec "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien". Place St Sulpice. (1974)





(1) "La Guerre des mondes" (H.G. Welles), par Orson Welles, le 30 octobre 1938, sur le réseau radio de CBS (E.U.). "Marelle", 4 et 5 juin 2016, Beaubourg (Paris), par la productrice de France Culture, "Lulu", femme de ménage à Radio France,
(2) Les salarié-e-s en grève vont-ils pouvoir s'exprimer à l'antenne ? En quoi la journée va t-elle être spéciale (programme, débats, blocages) ? Parade directoriale pour faire accroire au dialogue… social ?

(3) Marina Alcaraz (Les Échos), Laurent Mauduit (Médiapart), Jamal Henni (La Lettre A), Caroline Constant (L'Humanité),
(4) "Faire plus avec moins ne marche nulle part": l’appel de 142 collaborateurs de Radio France,

jeudi 19 décembre 2019

Blanche… antenne

Blanche… 
(la) neige,
la colombe,
la marche,
la fumée,
la page, 
la nuit,
l'oie, 
la voix,
la zone,
la blues,
l'hermine, 
("Là voilà la blanche hermine…") 
la dame, 
la Gardin,
le Francis,
et la Blanche de Castille,
… 
on connaissait ! 



Mais l'antenne blanche c'est quoi ? Ben, c'est simple : c'est plus d'émissions du tout (ou presque plus), un programme musical, et des annonces récurrentes pour informer l'auditeur hagard ou un peu dépité ou totalement solidaire ou les trois à la fois ! Donc aujourd'hui (j'ai écrit ça hier aprem) sur plusieurs chaînes de Radio France ça devrait être plus blanc que quand c'est gris ! Gris c'est : pas d'émission, une émission, le programme musical, un flash, pas d'émission, etc, etc…

Malgré toute l'énergie employée par Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, et les sept directeurs de chaînes, pour que leurs antennes soient le moins possible "impactées" au vingt-cinquième jour de grève, force est de constater que c'est un échec. Dans la tourmente les salarié-e-s résistent et tentent de faire infléchir la position "bornée" d'un "plan de départs volontaires"… Et sur les quinze millions d'auditeurs des radios publiques combien comprennent les tenants et les aboutissants d'un tel mouvement de grève ? Je préfère ne pas compter !

Ces mêmes auditeurs seraient en droit d'attendre que les rédactions (pointues), la cellule d'investigation, les émissions de reportage et/ou documentaires leur livrent les clefs utiles à leur bonne compréhension d'un mouvement social, qui a à voir avec la mue forcée que Veil veut engager pour la radio publique. Elle si prompte à s'esbaudir dès que France Culture déplace les foules à la Sorbonne, on se demande bien pourquoi ses troupes n'ont pas organisé le grand raout à l'Auditorium, ouvert au public (1), modéré par exemple par Sonia Devillers et Emmanuel Laurentin (2), retransmis en intégralité et en vidéo sur France Inter et France Culture. On se le demande ? 

Il ne s'agit plus de se cacher derrière le paravent "Les cordonniers les plus mal chaussés", ça arrange bien Sibyle Veil et consorts de ne pas avoir à s'expliquer devant ceux-là même qui permettent aux chaînes publiques de si bons résultats. La roucoule permanente, en boucle, sur la qualité de l'information est mise en brèche par l'absence d'informations suffisantes et détaillées pour permettre aux auditeurs d'apprécier, "en connaissance de cause", la situation financière, stratégique et politique. Politique puisqu'il s'agit bien d'appliquer les "consignes" de Bercy et de la rue de Valois (3). La présence des deux ministres à cette soirée conviviale aurait été un plus !














Pour "savoir" et/ou comprendre, l'auditeur doit être abonné à Médiapart (4), lire les quelques articles de Libé ou Télérama… ou Usbek & Rika. Moi même je dois aller chercher l'info de façon disparate, et néanmoins structurée, pour écrire ces billets de temps de grève ! La direction a tout intérêt à ce que le public reste dans le flou… artistique, quitte à ce que ce même public finisse par s'exaspérer. Alors qu'à ne pas être solidaires les auditeurs seront vite condamnés à terme à se passer de la radio publique. Ou à danser la carmagnole devant la plate forme de Laurent Frisch ! 







(1) Un peu comme le pince-fesses de la consultation citoyenne,
(2) Non, non surtout pas par la médiatrice, surtout pas ! Devillers, productrice de "L'Instant M", France Inter, 9h40, du lundi au vendredi. Laurentin, producteur de "Le temps du débat", France Culture, 18h20, du lundi au vendredi,  
(3) Ministère des Finances, Ministère de la Culture,
(4) Nouveau papier de Laurent Mauduit hier : "Radio France : Sibyle Veil cherche à intimider les grévistes.

mercredi 18 décembre 2019

La télévision de papa, la radio de grand-papa… : c'est FI-NI !!

Comme souvent, ce qui s'écrit sur la TV est un très bon indicateur pour la… radio. Dans son billet du Monde, "Télévision, le grand embouteillage" (daté mardi 17 décembre 2019), Philippe Escande évoque ce qu'il va advenir demain des plateformes de SVOD. À le lire on comprend qu'elles vont, très vite, rebattre les cartes du PIAF (Paysage Industriel Audiovisuel Français). Parce que ça piaffe déjà beaucoup autour de l'arrivée de Machin (grosse machine) ou de Truc (très très gros marché). La radio ne tardera plus à faire le pas et Monsieur Escande pourra peut-être écrire "La télévision radio de papa grand-papa est morte, vive la consommation à la carte." !

Elle est belle ma radio de chantier hein ! C'est exactement le volume de ce que ce média représentera dans le machin "France Médias"…






















Je crois que j'écris ça depuis le mois de juin ! À savoir que la dite-plateforme de Radio France est le leurre pour exister à "France Médias" quand, Spotify, Apple et d'autres vont continuer à s'engouffrer dans la radio à la demande (appelons ça SROD). Et on risque d'assister à ça, une députée s'adresse à la Pédégère : "Bon maintenant que vous êtes dématérialisés (sic), moderne, que les directeurs de chaînes ont disparu, que vous produisez des milliers d'heures de podcasts, des natifs, des étrangers (sic), des co-produits sur tous les thèmes, que vous êtes devenus la bibliothèque universelle de l'audio, à quoi ça sert de continuer à faire des programmes, d'employer des cohortes de cadres, de disposer d'un lieu aussi gigantesque, alors que votre "Studio Radio France" vous suffit largement… ? (2)

Alors le chapelet de lieux communs qu'avance Sibyle Veil concernant la production, la pérennité des chaînes, la place de la radio dans le fourbi "France médias" c'est juste de la poudre aux yeux et de la com' de crise (Anne Méaux sort de ce corps !). Les communicants sont des voyous qui méprisent le peuple qui pense et Séguela est leur Dieu. On n'en peut plus de la communication et de la pub ! C'est la même chose faite par les mêmes. Graduellement, une fois les 299 postes de départs volontaires inscrits au tableau, viendront la réorganisation des métiers, les congés et autres effets dévastateurs du service public. 



Pour les métiers, le communiqué des techniciens-son (ci-dessus) est éloquent et tristement visionnaire. Petit à petit l'étau se resserre sur ce que cachent les "départs volontaires" à Radio France. La réorganisation à marche forcée et la disparition de métiers historiques de réalisation vont impacter toutes les chaînes et les principes mêmes de production. En son temps, la création de France Info TV était le premier étage d'une fusée, dont le deuxième est la fusion Bleu/France3. Le troisième verra la radio se fondre dans l'audio. Le quatrième la TV dans la vidéo (1).

J'espère que les députés et sénateurs de la "représentation nationale" proposeront bientôt que les entreprises publiques soient aussi auto-réalisées, par IA ou par hasard, c'est pareil ! Que d'économies, que de bavardages en moins, que de postures en couverture des magazines définitivement rayées de la carte ! 

Les plans machiavéliques de managers soumis aux tutelles se révèlent être des projets de destruction massive des services publics. Il n'y a bien que le JDD, le Figaro ou autres organes de presse liés à des entreprises capitalistes qui peuvent, sans honte, offrir des tribunes à des dirigeants qui n'ont d'autres objectifs que de réaliser ce pour quoi ils ont été formés et/ou missionnés : appliquer sans état d'âme les faits des princes.

(1) Pour le 5ème élément on pourra toujours faire appel au mage visionnaire Luc Besson,
(2) Un billet précédent

mardi 17 décembre 2019

Tiens, prends ça dans le Fip !

Il suffisait juste d'attendre le moment propice pour jeter les animatrices des locales de Fip à Bordeaux, Nantes, Strasbourg dans le grand ramdam du "projet stratégique" de Sibyle Veil, Pédégère de Radio France, et son plan de "départs volontaires". Fip qui, depuis sa création en 1971 (1), est la variable d'ajustement absolue qu'utilisent chacun leur tour TOUS les Pdg de Radio France. La "petite chaîne" inventive, curieuse, légère n'est sûrement pour ces dirigeants qu'une bluette qui ne changera pas le PAF. Alors en loucedé, là-bas, aux fins fonds de la France, ça vole bas : "Tiens, prends-ça dans le Fip" ! Et ça fait mal. Très mal. 

Publicité renversante de…
propagande aux auditeurs
de la PQR déc 2019…























Qu'est-ce que ça va changer ? Tout. Mais ça ni Sérode, ni Ravache, ni Gallet, ni Veil (2) sont loin de l'imaginer puisque dans leurs veines gestionnaires ne coulent que des chiffres, des 0 et des 1 que leur ami Laurent Frisch (3) leur inocule chaque jour que fait la radio. Les Pdg ont fermé une Fip à Marseille, ouvert une Bleu à Toulouse (ou Le Mouv', peu importe), fermé une Bleu à Lyon (pour ouvrir une Fip et la fermer) et ainsi de suite (4)… La liste est très très longue (5) !

L'argument totalement bidon de la diffusion prochaine de Fip en DAB+ sur l'ensemble du territoire est risible pour ne pas dire consternante. Rappelons d'abord que ce n'est pas Radio France qui a décidé de s'inscrire aux "fréquences" de DAB+ mais le Gouvernement. Que Gallet sur son perchoir pérorait contre cette technologie et avait apporté son soutien au "Bureau de la radio" (Lobby des radios privées anti DAB+). Donc le jour où à Bassignac-le-Haut (19), Louhossoa (64) ou Bohain (02) les auditeurs recevront Fip en DAB+ on sera sans doute passé au XXIIè siècle !

Je ne vais pas réécrire ici ce que vous trouverez sur ce blog ! L'animation dans les locales de Fip à Nantes, Bordeaux et Strasbourg participe au "Vivre ensemble". Le même "Vivre ensemble" que Ravache et Veil psalmodient tel un mantra tendance citoyenne. L'ancrage culturel de ces trois locales met en avant la diversité de création dans les régions bien au-delà des événements mainstream. France Bleu, dont ce n'est absolument pas la ligne éditoriale et encore moins l'auditorat, ne remplacera jamais ces prescriptions pointues et néanmoins populaires ! 















Fip ouvre à la curiosité musicale par son programme original et incite l'auditeur à sortir de chez lui pour participer aux "spectacles vivants". Ravache et Veil veulent nous faire avaler leur couleuvre. Ben on l'avale pas ! Les animatrices (dans l'anonymat de leur nom) qui tiennent le micro depuis des années ne méritent pas d'être jetées comme les patrons savent si bien le faire pour les salarié-e-s de  Continental, Whirpool et autres GM&S à la Souterraine… Et quand bien même seraient-elles reclassées, seront-elles toujours au micro ?

Madame Ravache nous a habitué à la roucoule dès que Jack Dorsey (Patron du réseau Twitter) s'esbaudit de la qualité exceptionnelle de la radio qu'il écoute dans le monde entier. Nous aurions aimé qu'elle ait autant d'attention pour un personnel qui a largement participé à la renommée de Fip. Le texte de la publicité qu'elle a diffusé dans la presse locale à Bordeaux, Nantes et Strasbourg est l'exemple formel de la LQR (Lingua Quintae Respublicae) et l'enfumage absolu pour prendre les auditeurs pour des billes.

À force de prendre des coups dans le Fip, la riposte pourrait reprendre l'antenne…

(1) Par Jean Garretto et Pierre Codou, à la demande de Roland Dhordain directeur de la radio à l'ORTF, 
(2) Ex-Directrice et Directrice de Fip, ex-Pédégé et Pédégère,
(3) Directeur du Numérique et de la Production,

(4) France Bleu, et Mouv' sont aussi des variables d'ajustement,
(5) Ce chiffre sera à affiner mais "grossièrement" ce sont 17 Fip locales (dont qq éphémères) qui ont été fermées : Marseille (+Aix), Toulouse, Nice, Montpellier, Rennes, Nancy, Reims, Lyon, Lille, Tours, Cherbourg, Dijon, Limoges, Biarritz, Alsace, Châlon-sur- Marne !  Aujourd'hui Marseille, Montpellier, Toulouse et Rennes bénéficient d'une diffusion du programme national de Fip. St-Nazaire et Arcachon du programme local de Nantes et de Bordeaux.

lundi 16 décembre 2019

Sibyle Veil, la VMC (Vraie Méthode Coué) et la cocotte-minute…

Quiconque devrait respecter le dimanche pour faire le vide (des mauvaises ondes) ou le plein (d'énergie)… au lieu de quoi quelques radios continuent à fanfaronner de l'info et la presse dominicale à plomber l'ambiance. Ce dimanche, le JDD (Journal du dimanche, propriété de Lagardère) a choisi d'offrir une page de propagande à Sibyle Veil, Pédégère de Radio France. Dans un grand souci d'équité ce journal n'a pas choisi de faire témoigner des salarié-e-s, des productrices, des réalisateurs ou des journalistes. Des fois qu'on ne recevrait pas qu'un son de cloche pour mieux appréhender les enjeux après trois semaines de grève ! En juin dernier la Pédégère s'était invitée chez Frédéric Martel (France Culture) pour s'offrir une tribune sans contradicteur à l'occasion de la grève mettant déjà en cause les "départs volontaires" de l'entreprise et son "projet stratégique".

Bon c'est important la grève à RF
mais bon… pas à la une quand même !






















"L'immobilisme n'est pas à l'ordre du jour"
Le titre de l'article du JDD reprend une formule que Veil cite au cours de l'interview. C'est assez navrant de lire qu'une responsable d'entreprise publique considère comme de l'immobilisme un mouvement de salariés qui n'entendent pas être jetés avec l'eau du bain d'un projet stratégique dont l'objectif impératif est un "plan de réorganisation" dont on mesure qu'il va participer à la casse progressive du service public audiovisuel.

Veil récite son bréviaire, sans état d'âme, sans inflexion, sans la moindre empathie pour la radio. Glaciale, austère, formatée. Cet article n'apprendra rien à qui s'intéresse à la radio publique. Lundi dernier elle envoie un mail à tous les salariés pour assurer la tutelle de sa gestion impeccable du conflit. Dimanche, avant une semaine décisive, elle va ravir le lectorat CSP+ du JDD. Dommage que Laurent Guimier (ex-Radio France, ex-Europe 1) ne dirige plus la radio généraliste du groupe Lagardère, Veil aurait peut-être pu faire d'une pierre deux coups !

La numérique, forcément numérique, Vraie Méthode Coué (en sautoir) !
À la question sur le rapport entre participation à la grève et perturbation des antennes Sibyle Veil répond : "…comme dans d'autres services publics, il ne doit pas y avoir de disproportion entre mobilisation réelle et mobilisation ressentie. C'est pourquoi la direction a rappelé cette semaine les modalités de grève… dans le respect du travail des non-grévistes et des auditeurs, qui sont en droit d'attendre une continuité du service public."

La formule choc est lâchée "continuité du service public". Au pied de la lettre si les programmes sont en continu, où peut s'exercer le droit de grève ? Chacun a pu depuis trois semaines entendre des matinales, des flashs d'infos, des émissions et un flux musical toutes chaînes confondues ! La rengaine archi-connue des empêcheurs de grève pour le personnel des services publics est ici avancée pour la radio. Il ne sera pas dit que Veil ne sera pas le "serviteur" exemplaire de l'État !

















"Envisagez-vous l'abandon de votre projet stratégique et du plan de départs volontaires qui l'accompagne ?" (2) Veil : "Non, ce serait irresponsable… L'immobilisme n'est pas à l'ordre du jour. Ce projet prépare l'avenir de Radio France, il n'y a pas d'alternative." Alternative, confirme que rien n'est négociable alors que quelques phrases plus tôt la Pédégère assénait : "beaucoup de sujets restent sur la table des discussions." Des discussions dans le sens unique des départs volontaires et de la réorganisation de l'entreprise ! Autant dire une espèce de monologue autocrate, non ?

J'ai claqué 1,90€ et gâché en partie ma soirée de dimanche à écrire ce billet. La propagande de Sibyle Veil qui doit assurer/rassurer les tutelles et le gouvernement ressemble à un exercice de motivation marketing pour des vendeurs qui n'auraient pas complètement assimilé les effets bénéfiques de la soupape sur le nouvel autocuiseur (à commandes numériques, forcément numériques). Las, il semble bien que Veil n'ait pas bien évalué les effets cocotte-minute que son management inflige au personnel. Gaffe, en l'absence de soupape l'explosion est imminente… 



(1) On notera les éléments de langage d'un vocabulaire jusqu'alors réservé à la météo. À moins que Madame Veil ne se destine à diriger "Météo France"  ?
(2) On notera l'audace et l'outrecuidance des deux journalistes, Rémy Dessarts et Cyril Petit, qui n'ont pas peur de déstabiliser la Pédégère. 

dimanche 15 décembre 2019

Le bon plaisir de la radio… de Desnos (14)

Un peu de poésie, crénom ! La poésie qui ne se crie plus (ne s'écrit plus) dans la rue et qui manque dans le paysage. Qui manque à la radio. Pourtant comme vous l'entendrez dans l'émission ci-dessous "Le merveilleux instrument qu'est la radio entre les mains des poètes". Les poètes ? Leur a-t-on coupé les mains ? Leur a-t-on coupé la radio ? Ou la radio a-t-elle coupé les ponts avec les poètes ? "Surpris par la nuit" donne à entendre Desnos et l'on voudrait que la nuit se prolonge, que la poésie se prolonge…



"Desnos fût un homme de radio. Je tiens à rendre hommage à Alain Trutat (1) c'est lui qui sut recueillir la voix de Robert Desnos. Alain, je te dédie de façon post-mortem cette émission." C'est Mathieu Bénézet, le producteur de l'émission ci-dessous qui le dit. Et voilà une petite boucle de bouclée : Tardieu, Desnos, Trutat ou les très riches et belles heures de la radio. 



(1) Alain Trutat, un des fondateurs de France Culture, "Ce qu'il aimait à la radio, c'est bien sûr qu'"il n'y a rien à voir, tout à entendre". A la Maison de la radio, il venait écouter. Écouter les voix et les sons, écouter les poètes, les comédiens, les techniciens, les assistants, les jeunes inconnus rêvant de faire de la radio.", in Le Monde, 28 août 2006,

Baignade (Robert Desnos)
Où allez-vous avec vos tas de carottes ?
Où allez-vous, nom de Dieu ?
Avec vos têtes de veaux
Et vos cœurs à l’oseille?
Où allez-vous ? Où allez-vous ?
Nous allons pisser dans les trèfles
Et cracher dans les sainfoins.
Où allez-vous avec vos têtes de veaux ?
Où allez-vous avec embarras ?
Le soleil est un peu liquide
Un peu liquide cette nuit.
Où allez-vous, têtes à l’oseille ?
Nous allons pisser dans les trèfles
Et cracher dans les sainfoins.
Où allez-vous ? Où allez-vous
À travers la boue et la nuit ?
Nous allons cracher dans les trèfles
Et pisser dans les sainfoins,
Avec nos airs d’andouilles
Avec nos becs-de-lièvre
Nous allons pisser dans les trèfles.
Arrêtez-vous. Je vous rejoins.
Je vous rattrape ventre à terre
Andouilles vous-mêmes et mes copains
Je vais pisser dans les trèfles
Et cracher dans les sainfoins.
Et pourquoi ne venez-vous pas ?
Je ne vais pas bien, je vais mieux.
Cœurs d’andouilles et couilles de lions !
Je vais pisser, pisser avec vous
Dans les trèfles
Et cracher dans les sainfoins.
Baisers d’après minuit vous sentez la rouille
Vous sentez le fer, vous sentez l’homme
Vous sentez ! Vous sentez la femme.
Vous sentez encore mainte autre chose :
Le porte-plume mâché à quatre ans
Quand on apprend à écrire,
Les cahiers neufs, les livres d’étrennes
Tout dorés et peints d’un rouge
Qui poisse et saigne au bout des doigts.
Baisers d’après minuit,
Baignades dans les ruisseaux froids
Comme un fil de rasoir.

vendredi 13 décembre 2019

Nous qui, quinze millions d'auditeurs de la radio publique…

Les temps changent mais ce ne sont plus du tout les mêmes que ceux que Dylan décrivait dans sa chanson. La régression est totale. Le mépris absolu. La morgue un leit-motiv. Le pourrissement comme doctrine. Le renoncement comme fait d'armes. L'idéologie en sautoir. La trahison en boucle. L'histoire jugera mais, en attendant, va-t-on laisser crever la radio ? Nous citoyens, nous auditeurs ! Nous, les mêmes que Veil, Frisch, Bloch, Treiner, Voinchet, Ravache, Laforestrie (1) encensent de leurs remerciements pour les audiences de flux, de podcast, de concerts et tutti et quanti. Nous qui laissons mourir la radio publique que nous avons tant aimée. Nous qui nous résignons au manège macabre des élites gestionneuses et au déni de citoyenneté des mêmes avec la mise à mort d'un service public qui demain, davantage encore, engraissera le privé. Ce président, ce gouvernement, ces dirigeants sont en train de désespérer Radio France. Objectif : la dégrader et la laisser mourir à petit feu…

Sartre période désespoir absolu…
 de Renault-Billancourt


























Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons parader sous les fenêtres du Ministère de la Culture. 
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons éteindre le "poste", l'ordi, la tablette, le smartphone, le machin vocal, l'auto-radio et le radio-réveil,
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons écrire le "J'accuse", à la horde de bachi-bouzouks qui mangent la laine sur le dos de ceux qui font la radio quand ils se contentent d'encadrer pour mieux décadrer, dilapider, laminer. 
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons dénoncer la grosse farce du "plan stratégique" de Sibyle Veil en le démontant par le menu (c'est facile), elle nous prend pour des billes ou quoi ?
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons montrer aux médias sourds, un peu malentendants, acquis à la cause de la radio publique qu'on ne pourra plus très longtemps encore nous rouler dans la farine,
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons faire entendre aux autorités publiques que la radio publique est un patrimoine vivant et qu'il ne doit pas/plus jamais, être géré par des margoulins du marketing, des rigolos de la calculette, des pébrons (2) de la moralité,
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons sortir fissa de notre petit confort d'écoute avant qu'il ne soit trop tard,
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons ne pas laisser faire avant que l'histoire retienne que nous avons laissé faire,
Nous qui, quinze millions, 
pourrions/devons afficher sans faille notre soutien à ceux qui font la radio dans l'ombre et à ceux qui la font dans la lumière, 
Nous qui, quinze millions, 
serons demain confondus dans la masse du machin "France Médias" dans lequel la radio ne sera plus distinguée, 

Nous qui…
avant qu'elle nous quitte !

(1) Pdg, Directeur du Numérique, Directrices et Directeurs des sept chaînes de Radio France,
(2) En marseillais dans le texte qui se traduit par idiot, imbécile,