vendredi 10 janvier 2020

Postures, impostures…

Il me fallut bien quelques heures pour digérer cet opéra-bouffe ou cette tragi-comédie institutionnelle des vœux qu'une Présidente d'institution publique s'est prise en pleine poire tel un boomerang venu de très très loin. À force de vouloir imposer certitudes et mantras dans des postures affligeantes, les impostures se révèlent et nous affligent…



Postures
À force de se plier aux cérémoniels les plus conventionnels, les institutions qui les pratiquent, sans discernement, doivent s'attendre à des effets induits pour lesquels elles risquent de rester… sans voix. C'est ce qu'a dû subir Sibyle Veil, ci-devant Pédégère de Radio France, mercredi 8 janvier au studio 104 de la Maison de la radio. Prononcer des vœux en plein conflit social est un exercice de haute voltige qui mérite non seulement des qualités managériales mais surtout des qualités humaines. Qualités humaines qui s'imposent quand en arrière plan de ces voeux plane le gros nuage noir des "299 départs volontaires".

Quels vœux peuvent toucher ces 299 là, non connus à cette heure ? Quels vœux peuvent toucher les autres, connus, qui peuvent imaginer en être ? Quels vœux, autres que des phrases lénifiantes et stéréotypées, peuvent détendre une atmosphère où l'inquiétude, le désarroi et le stress ont envahi les cellules, les grilles et les chaînes ? Alors désolé mais tout ça risquait de ressembler à de la roucoule de bonimenteur et le chœur, au premier rang, ne voulait pas être pris pour un pigeon.

Et le chœur entonna "Le chœur des esclaves"… Nous étions sans voix, les poils dressés sur les bras, les frissons nous parcourant le corps à la vitesse d'un météore. Les voilà les mots. Les voilà les voix. Le voilà le sens. La voilà la musique qu'il fallait jouer. La voilà la bonne partition. Voilà ce que des professionnels de haut-niveau, une partie du chœur de Radio France, peuvent produire, au débotté. Ces notes-là, et quelles notes, valaient mieux qu'un long discours. Madame Veil était K.O. debout. ET la salle (ou presque toute la salle) était en fusion.

Impostures
Le bon sens, l'empathie (minimale), la décence auraient voulu que Madame Veil descende de la scène, quitte son pupitre et fasse un "geste" vers le chœur. Qu'elle change de posture pour être à niveau de celles et ceux qui venaient de lui "parler", de celles et de ceux qui voulaient lui parler. À niveau ? Voilà l'impossible ! Quand on est Pédégère (ou Pdg) on ne se met pas à niveau. Jamais. On trône. Le roi est nu. On regarde de haut "ceux d'en bas". La voilà l'imposture suprême. 

Dans une entreprise culturelle du niveau de Radio France, au passé prestigieux, à l'utilité sociale reconnue, que va t-on désigner quelques habiles serviteurs de l'État qui n'auront de cesse de desservir l'état social, l'état culturel, l'état fraternel d'une communauté radiophonique (émetteurs et récepteurs) qu'on veut tuer. Ni plus, ni moins.

La voilà l'imposture ! 

Alors les vœux… ¡ Ya basta !

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