"Un média de service public n’est pas fait pour l’audience mais pour remplir des missions qui sont de faire vivre des valeurs de démocratie, de culture et de création." Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone)
jeudi 30 juillet 2026
Radio France : à défaut de l'écouter… la lire (la radio) !
mercredi 29 juillet 2026
France Inter : Claude Dominique… toujours et toujours !
Pour la saison 1985-1986, le samedi sur France Inter, Claude Dominique va tenter avec espièglerie, un jeu comique et littéraire, avec ses invités : leur faire rédiger leur notice dans le dictionnaire. Fidèle à sa passion des mots et leur détournement, elle réalise une jolie pirouette avec le titre de son émission. C’est dire immédiatement que Dominique ne pouvait pas ne pas télescoper rose et rousse. On est au bord de la contrepèterie et dans les eaux turbulentes de l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle).
Le principe de l’émission est très innovant. Parler d’une célébrité mais surtout lui faire parler d’elle, prétexte à une conversation pleine de fantaisie, d’humour et d’intelligences. Celle de l’invité, et surtout celle de Claude Dominique, qui, tout au long de sa carrière, dans chacune des émissions qu’elle a imaginées, aura génialement joué avec les voix, les paroles de chansons populaires, les bruits de la vie quotidienne, magnifiant toute la palette sonore, pour offrir à l’auditeur un rare et pur plaisir radiophonique.
Tiroir cœur, sur France Inter, Claude Dominique s’empare du souvenir d’un slow d’une auditrice pour y accrocher des faits, d’autres chansons, d’autres souvenirs. Séquence Le Slow de Pavlov : « Donnez-nous votre slow et nous tenterons de conditionner vos réflexes ».
Anteclip, kesako ? Dico : «Le préfixe ante signifie contre, exclusivement dans le mot Antechrist » Mazette ! Claude Dominique entre dictionnaire et bons mots. Tentons Anteclip/Contreclip. Occasion en or d’évoquer subtilement, sans rien en laisser paraître, antechrist. Le coup de pied de l’âne. Fustiger l’envahissement depuis le début des années 80, du clip vidéo dans la musique. Laisser libre cours à sa fantaisie débridée pour les mots qu’elle met si bien en musique. Premiers mots. Annonce la couleur avec le proverbe du jour. C’est parti pour une farandole vertigineuse. De mots étalés, pétris, tortillés, tirebouchonnés, tiraillés, compressés, allongés. Dans ses mains. Dans sa bouche. Sous son hachoir. Ses ciseaux de monteuse. Démonteuse de clichés. Enfonceuse de portes ouvertes. Escaladeuse d’aphorismes. Amoureuse de la langue. Tricoteuse des mots. Vertige de l’amour… Claude Dominique réalise d’astucieux et subtils collages sonores de chansons populaires. Raconte de nouvelles histoires avec les paroles des autres. Ça s’en va et ça revient !
«Toutes ses émissions se basent sur un humour à froid. Percutant ». se souvient Guy Senaux, ingénieur du son à l’ORTF et à Radio France. Il ajoute : « Claude Dominique, comme Daniel Mermet, a une très bonne oreille. Ils placent leurs mots en rythme. Dominique utilise les paroles de chansons en fonction de son texte. Mermet cherche des climats de musique, des ambiances sonores». Surtout «Claude Dominique ne lâche pas l’auditeur, elle est physiquement très proche du micro», ajoute Senaux.
Les émissions de Claude Dominique, des bijoux radiophoniques. Des perles. Elle joue, se joue des chansons. Colle. Décolle. Caracole. Juxtapose. Échantillonne. Dialogue… Joue les mots. Plus que le bon mot. Traque les non-sens. Les proverbes. Les phrases toutes faites. Les absurdités réjouissantes. Les évidences pitoyables. Claude Dominique est au verbe ce que Kriss est au jeu. Chacune tourne, retourne et détourne les mots. Claude Dominique les écrit. Kriss les dit. Et inversement. L’une cocasse, l’autre espiègle. Ces deux voix de radio magnifient l’écriture radiophonique. Jusqu’à les porter à l’excellence. Les histoires mirifiques de Claude Dominique instillent un plaisir auriculaire. Son sens aigu du montage représente des heures de travail.
Chansons plus
Raviver les refrains des chansons. Les mixer à ses propres paroles. Les malaxer. Les répéter à l’envi. En faire des slogans. À petits pas ou à petit points. Broder dessus. Au point de croix. Comme en zigzag. Tenter un point triple. Une répétition subtile. Un point d’épine. Toucher le point sensible de son sujet. Mais encore. Débusquer la rime riche. Moquer les chabada bada. Et autres la la la. Traquer les paroles surannées de refrains populaires dégoulinant de clichés. Offrir des dizaines de bouquets de chansons intemporelles. Tu me fais tourner la tête… À tant nous faire chanter, nous émouvoir, nous passionner, peut-on imaginer que ce manège puisse s’arrêter de tourner ?
Rentrée 88. Un goût amer. Claude Dominique, renvoyée sans ménagement de France Inter. Eve Ruggieri, nouvelle directrice a tranché. Au cœur. À l’esprit. À la lettre. Choc brutal. Ondes sismiques. Chagrin profond. Que justifie un tel coup d’arrêt ? Rien. Décision injustifiée et arbitraire. Unilatérale. Pour forcer. Imposer à Claude Dominique de rompre avec l’histoire de sa vie. La plonger dans le vide. Laisser l’auditeur pantois et orphelin. Supprimer du paysage une figure aimée, reconnue, brillante. Provoquer l’extinction de voix. Rupture harmonique désastreuse. Quelques années plus tard Claude Dominique revient à la radio (1). Une ombre au tableau. Le mal a été fait. 1995. Dans un an et un slow. Quarante épisodes des Ateliers de Création Radiophonique Décentralisés. Diffusés sur France Bleu. Du souvenir d’une chanson. D’une auditrice, d’un auditeur. De son contexte. Claude Dominique tisse en quinze minutes l’histoire d’une année ou d’une époque. Elle ajoute son grain de sel. Un peu de miel. Des tonnes de tendresse.
1996. Jacques Santamaria (2), nouveau directeur de France Inter va proposer à Claude Dominique une émission le samedi. Réinterpréter/Réinventer l’actualité de la semaine à sa façon. Collages, humour, impertinence, chansons. L’émission ne verra jamais le jour. Malade, un cancer l’emporte le 23 janvier 1997. Elle a 68 ans.
Claude Dominique nous laisse une jolie petite boîte à musique. On l’ouvre sans jamais se lasser. On fredonne. On se rappelle un mot. Un autre. On lève les yeux au ciel. On plonge dans les nuages. Dis quand reviendras-tu ? Dis au moins le sais-tu ?
À partir du paragraphe "Tiroir cœur" jusqu'à "Dans un an et un slow", c'est la reprise de mes textes in "60 ans au poste. Journal d'un auditeur.", L'Harmattan, Février 2023
(1) «Un loup est caché dans le paysage», 20 épisodes, Ateliers de Création Radiophoniques Décentralisés, Radio France Puy de Dôme, à partir du 1er octobre 1990,
(2) Quand il était responsable FR3 Radio-Auvergne (1975-1982), Santamaria a proposé en 1979 à Dominique une série "Ni hommes, ni femmes, tous Auvergnats" en 20 épisodes de 30' qui seront diffusés à partir de 1980 sur l'antenne.
mardi 28 juillet 2026
Radio France : j'entends des voix…
Une lectrice m'a interpellé il y a quelques jours sur les voix de radio. Cela m'a inspiré ce billet. Un peu sous forme d'inventaire, un peu incomplet, un peu "souvenir, souvenirs"… La voix doit accrocher tout de suite. Suggérer sa présence tout près. Donner envie de sourire. Installer une complicité. Une voix est faite aussi de corps et de chair (et quelquefois il en manque cruellement). Alors, quand elle est à l'antenne à 14h, ne pas hésiter, comme pour un rendez-vous (amoureux), à être un peu en avance et "brancher le poste" à 13h55. Pour entrer en même temps dans le jeu. Pour être ensemble. L'un qui parle, l'autre qui écoute. Tout ouïe ! Un petit cérémonial autrefois naturel, répété chaque jour ou chaque fin de semaine. La radio faisait bien plus qu'accompagner. Elle était là. Enveloppant nos quotidiens et tout ce qui va avec.
| Ménie Grégoire |
lundi 27 juillet 2026
France Musique a basculé… dans le vide ! La valse des fréquences.
| Marc Voinchet |
samedi 25 juillet 2026
Harley : on n'en peut plus, on s'barre, loin, très loin…
vendredi 24 juillet 2026
Changement de décor… ils ne croyaient pas si bien dire !
1997. Patrice Gélinet est nommé Directeur de France Culture. Jean-Marie Borzeix (1941-2024) quitte le joli navire qu'il pilotait depuis 1984, à la suite d'Yves Jaigu qui avait dirigé la chaîne depuis 1975 quand Radio France était devenue autonome après la dissolution de l'ORTF par le pouvoir giscardien en 1974. Gélinet, le producteur de radio, ne va pas s'empêcher de déconstruire la grille de la radio culturelle. À commencer par le "Pays d'ici" l'émission qui, quatre jours par semaine aura sillonné la France, en long, en large et en travers depuis 1984 et fait sortir productrices et producteurs du cénacle parisien.
| Les Landes* |