Alors voilà, je commence l'écoute de ce documentaire et tout de suite quelque chose cloche. Alexandre Heraud, entre dans le vif du sujet, dans le train pour la région d'Abitibi (Québec), sans avoir pris la peine de nous situer l'affaire. ¿ Que pasa ? J'appelle le producteur de France Culture. Ton documentaire au Québec commence par un voyage en train ,sans nous dire d'où tu pars ? Quoi me répond-il interloqué, mais si ? Ce doc il a plusieurs épisodes ? Oui, cinq. Cinq, ma doué (mon Dieu en langage autochtone breton), je te rappelle. Je fouille dans les archives disponibles de "Sur les docks" et ne trouve rien. Tu aurais les enregistrements de tout ça ? Bien sûr, je fouille mes cartons et je te les envoie. Merci Alex…
C'est sans doute une déformation mais je ne peux écouter un doc dont on a enlevé trois épisodes précédents et le suivant. Et vous allez voir ça change tout. Regrettons juste que l'équipe de "Sur les docks" de l'époque ait pu imaginer faire écouter ce doc sans le contextualiser. C'est un long voyage qu'entamait Heraud, tintin reporter, avec Yvon Croisier (réalisateur) et Éric Gérard (opérateur de son), en mars 2008. (1) Pour ce billet nous nous contenterons de l'épisode 4 "Je m'invente une famille". Et quelle famille ! Mais ne brûlons pas les étapes.
On s'installe avec Héraud dans le train qui, pendant 14 heures, les a fait voyager de Montréal à Senneterre. Un train que Claude Villers aurait adoré (peut-être l'a-t-il déjà pris) puisque chaque voyageur peut demander l'arrêt qu'il souhaite, même en dehors des gares (61 arrêts possibles). C'est valable aussi pour ceux qui, au bord des voies, peuvent arrêter le train sur un simple geste ! Un rêve non ? Ce train pour le far-west québécois fait dire à l'un des voyageurs : "Passé le premier million d'arbres vus, votre amour d'épinettes va peut-être réduire un peu". C'est dire qu'au paysage "monotone" à supporter il va bien falloir trouver de quoi occuper le voyage. Faire raconter le trappeur qui vient juste de monter dans le train est un moment à la fois fantastique et déroutant.
On découvrira que c'est le chemin de fer qui a fait s'installer les "colons" en Abitibi, quand les amérindiens, aux "origines" devaient eux y vivre . Ce pays-là n'a jamais fait partie de la Nouvelle-France. Créer ce chemin de fer national transcontinental (de la baie de Québec à celle de Winnipeg au Manitoba) a fait de l'Abitibi une terre promise, une terre de liberté disposant d'un grand territoire agricole et de nombreuses possibilités sur le plan forestier et hydraulique (et une mine d'or dans la région du lac Fortune)… Et puis le train passe La Tuque le pays de Félix Leclerc.
Arrivée de nuit, l'équipe va enfin faire connaissance avec les autochtones du bout du monde et, faire rimer Abitibi avec paradis, lieu refuge chaleureux. Et ce sera la rencontre avec Graziella Ouellet, et ses enfants, tous installés au pourtour du lac La Motte, les uns auprès des autres. On voudrait y être, on y est. Émus par autant de simplicité, d'amour familial et de symbiose avec la nature. Cette épisode complète bien sûr le panorama dressé par ce grand voyage au Québec, qui a pris le temps d'écouter, de comprendre, et de faire chanter les chanteurs et particulièrement Richard Desjardins…
Allez, on va croiser les doigts pour que Les Nuits de France Culture, rediffuse les cinq épisodes de ce voyage qui fait un bien fou pour un bon souffle d'humanité, comprendre l'histoire récente du Québec, celle des Québécoises et des Québécois des villes et des campagnes, celle des référendums perdus pour le projet de souveraineté, celle d'une nature exceptionnelle qui risquait d'être rasée par l'industrie forestière. Vous pouvez toujours en attendant fredonner "Lindberg" de Charlebois comme pour vous préparer à partir en Nouvelle-France et dire à votre tour "Je me souviens."
(1) 1. Je me souviens, 2. Je m'accomode, 3. Je suis un policier, 4. Je m'invente une famille, 5. Je pars en forêt boréale. Eh oui c'était un temps où "Sur les docks" s'entendait du lundi au vendredi à 16h !
Alors ca fouette sec ça , ces mots qui coulent comme une lampee de sirop d'erable bouillant coulée sur la neige fraiche! Merci de reactiver le rêve d'une radio voyageuse.
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